Homo Sapiens

Film

Homo Sapiens

Nikolaus Geyrhalter

Année de production :  2015

Pays de production : Autriche

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Date de sortie en France :

  • 19/10/2016

Description

Résumé

Au cours d'une interview accordée au quotidien Libération à l'occasion de la sortie de Hana-Bi, Takeshi Kitano avait confié à son interlocuteur rêver de faire un long métrage seulement constitué de dix diapositives et sans musique. Il n'est pas interdit de penser qu'avec Homo sapiens, Nikolaus Geyrhalter (Notre pain quotidien) vient, à quelques réserves près, de donner corps à ce désir, ou ce fantasme, resté inassouvi à ce jour dans l'oeuvre du réalisateur japonais. Mais où l'auteur de Sonatine le pensait probablement encore en termes de récit, d'épopée au point mort, il n'en est rien dans Homo sapiens. Ici, le vent de l'histoire a passé, nous voici arrivés après. Après la débâcle, après ce qui ressemble, sans qu'en soient jamais données les raisons, à de répétitifs et incompréhensibles exodes, d'un autre temps déjà. En une longue succession de plans fixes, plus splendides les uns que les autres, et dont la durée, très égalitaire, avoisine les trente secondes, le film met en oeuvre une succession d'espaces autrefois publics, voire grouillant d'agitation - grandes surfaces et parkings, bibliothèque, bureau, usine, bowling, salles de théâtre et de cinéma, piscine, parc de loisirs, gymnase, et ainsi de suite... - et totalement abandonnés par l'Homme, architecte et usager de ces lieux, si vastes et si nombreux qu'ils se confondent désormais avec des villes devenues spectrales et sur lesquelles plane, d'une certaine manière, l'ombre apocalyptique de Fukushima. Des vestiges, donc. Des ruines. De gigantesques poubelles de béton ouvertes à tout vent. Un état des lieux des désertions en cours. Un legs en somme, celui que feraient les hommes, une fois partis, aux archéologues et anthropologues du futur, à d'hypothétiques visiteurs d'outre-espace qui viendraient voir qui nous avons été. Mais avant d'en arriver là, à la nature bien sûr, laquelle reprendrait méthodiquement, sinon ses droits, la main. Ce dont témoigne le film - serait-ce même son objet en définitive ? - où s'invitent, ici et là, de rares oiseaux, l'herbe sauvage, l'eau de pluie qui n'en finit pas de dégoutter des plafonds éventrés, le vent, les courants d'airs, des sons qui n'en donnent que plus de relief au silence, ce qu'on ne voit pas aussi bien, ce qu'on ne fait que deviner. Si Homo sapiens, cependant, ne laisse planer aucune équivoque quant à la radicalité de ses partis pris esthétiques, si sa beauté plastique et sonore reste incontestable, il ne cesse pas moins de jouer avec les frontières de l'ennui. Comme s'il nous était demandé de nous émouvoir, ou de nous insurger, à l'évocation des guerres puniques. Parce que l'état de sidération dans lequel il peut plonger ne varie pas d'un iota, des tout premiers plans aux tout derniers. D'une certaine manière, on pourrait arguer que, tout à son obsession de rendre compte de ce qui reste quand il ne reste rien, Homo sapiens, en relevant moins du cinéma que d'une archéologie contemplative, court le risque de se prendre les pieds dans le tapis de son propre devenir muséologique.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 94

Couleur/NB : Couleur

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