Le parquet d'une des salles de l'Opéra national de Paris craque sous les pas des jeunes danseuses. Comme bercés, leurs corps suivent les instructions données par une femme qui s'échauffe avec elles. Cette femme, c'est Lisa Kraus, ancienne collaboratrice de Trisha Brown. La célèbre chorégraphe américaine, décédée en mars dernier, a laissé une trace indélébile dans le monde de la danse post-moderne et contemporaine. Ses mouvements à la fois fluides et saccadés, sa connexion au sol et son énergie corporelle si singulière marquent une telle évolution dans la technique chorégraphique que l'on parle de « mouvement brownien ». Parmi les pièces qui constituent sa prolifique carrière, une création est particulièrement caractéristique de ce mouvement : Glacial Decoy. Créée en 1979 et régulièrement reprise par la Trisha Brown Dance Company, cette oeuvre-phare est entrée au répertoire de l'Opéra. Aidée de Carolyn Lucas, actuelle co-directrice artistique de la compagnie, Lisa s'attelle à la reconstruction de la pièce, puis à sa transmission. Car c'est bien le sujet du film : la transmission. D'un savoir, d'une technique, d'un héritage. Il s'agit d'ailleurs du principal axe de travail de sa réalisatrice, Marie-Hélène Rebois, qui signe depuis presque vingt ans de nombreux documentaires sur la danse, tant pour le cinéma que pour la télévision (Dialogue avec les fauves, 2006 ; Merce Cunningham, la danse en héritage, 2012). Accompagnée d'Hélène Louvart, qui avait travaillé sur Pina de Wim Wenders (2011), elle filme les danseuses en plans fixes, sur lesquels apparaissent et disparaissent leurs corps, de la même manière que dans Glacial Decoy. Sans accorder une grande importance à la chronologie, le documentaire va et vient entre les séances de répétition, les discussions sur les concepts de Trisha Brown et les quelques témoignages en aparté de Lisa, Carolyn et Brigitte Lefèvre, alors directrice de la danse (avant Benjamin Millepied). Ces séquences, sans être inintéressantes, ralentissent l'énergie du film et altèrent son harmonie globale. Sur ce point, on ne peut s'empêcher d'opérer une comparaison avec Relève, histoire d'une création (2016), dont le thème était différent mais qui véhiculait une énergie communicative jubilatoire, et que l'on aurait aimé retrouver ici. Mais c'est là le seul bémol du film. On observe l'évolution du travail de Lisa et Carolyn avec une certaine tendresse. Calmes et passionnées, elles transmettent leur savoir aux danseuses de demain. Lisa se définit par la métaphore du « disque rayé », qui répète sans cesse la même chose à ses élèves pour que le message soit bien compris. Les mouvements sont si viscéraux et imprévisibles qu'il est impossible de les noter sur papier pour enseigner la chorégraphie, qui plus est totalement dépourvue d'accompagnement musical - ce que respecte le film, qui ne comporte aucune bande sonore. Efficace sur le plan pédagogique - un novice trouvera là un parfait document d'initiation au travail de la chorégraphe -, Dans les pas de Trisha Brown est un documentaire pertinent et fidèle à son ambition de départ : poser la question de la survie de la danse en l'absence de son créateur.
Informations techniques
Métrage :
Long
Durée d'origine :
79
Couleur/NB :
Couleur
Exploitation
Exploitation Paris :
2 salles,
926 entrées la première semaine,
1 962 entrées totales
Exploitation France :
2 salles,
926 entrées la première semaine,
1 855 entrées totales