« On a tous besoin d’un but dans la vie et de liens. Le tennis ça vous aide à vous lever le matin », s’émeut Christine Baron (73 ans) par ailleurs indéfectiblement amoureuse de son époux Tom. Pour son premier long métrage, Dan Lobb nous offre un documentaire solaire et tonifiant autour de quatre seniors âgés pour les hommes de 95 ans (Leonid Stanislavskyi), 90 ans (King van Nostrand) et 87 ans (John Powless), Etty Marouani préférant taire son âge avec une délicieuse coquetterie. « Être vieux c’est un état d’esprit », explique Taylor, petit-fils de Powless. On en ressort convaincu. Unifiant ses talents de tennisman et de réalisateur à travers l’alternance dynamique des séquences de matches des divers championnats du monde seniors auxquels ils/elle participent comme de leurs entraînements, les témoignages du quatuor, de leurs intimes et de leurs amis, jouant sur les cadrages (ainsi ces images d’archives en noir et blanc de Powless adolescent), le tout vivifié par les musiques électro, pop, folk... de Dave Rowntree et de Mike Smith, le film tisse une symbiose parfaite entre vie privée et vie sportive, entremêlant liens familiaux et amicaux sur fond de joie de vivre, d’état d’esprit fair-play et de simplicité. « Je me rends compte de ma chance d’avoir tout ce que j’ai », confie ainsi en stoïcien John Powless, moult fois numéro un mondial et qui jouera jusqu’à sa mort, en 2021, des suites d’un cancer. Tout comme King van Nostrand aura trouvé dans les compétitions et sa famille le courage de surmonter le décès accidentel de son fils John puis de sa petite-fille Sally des suites d’une longue maladie. « J’ai l’impression d’être aidé. Ils sont toujours avec moi, là-haut », remercie-t-il après sa victoire en finale. Moment poignant. « Quand tu veux, tu peux », assène Etty pour justifier leur rage commune de se battre toujours et partout. Car c’est une des grandes offrandes de ce documentaire que de parvenir à mettre en métonymie l’esprit de compétition dans et hors des cours. Comme il se doit en matière d’existence, l’humour est le formidable contrepoint des moments de drame. Des enfants de l’introduction, pour qui on est vieux et inapte à jouer dès 25 ans, à Powless confiant : « J’ai l’impression d’avoir 50 ans sur un court et 100 le lendemain tellement mes muscles me font mal ». Sans oublier Leonid Stanislavskyi se laissant draguer par une prostituée aux Pays-Bas ou quand, s’étant égaré, il est sauvé par l’équipe du film à 90 secondes de son éviction du tournoi pour retard à l’inscription ! « Le règlement c’est le règlement, pas d’exception même s’il est le plus âgé », lâche l’arbitre en souriant. Règles, règlement et discipline, tels sont les secrets de leur longévité, que ce soit pour se lever, s’entraîner, compter leurs médicaments, etc. Comment s’en étonner quand on sait que l’année du tournage, les championnats du monde ont représenté plus de 500 tournois super seniors disputés par 585 joueurs de 41 nations soit 858 matches. Plus qu’à Wimbledon ! Un bain de jouvence dont on ressort vivifié et profondément heureux sans qu’il soit nécessaire d’aimer « la petite balle ronde ».