Carrière :
Oubliée pendant des années, l'oeuvre d'Albert Capellani est l'une des plus importantes du cinéma muet des années 1910, en France et aux Etats-Unis. Longtemps invisibles, ses films ont refait surface, notamment grâce au festival du cinéma retrouvé de Bologne.
Ses premières réalisations pour Pathé ne se démarquent guère de la masse des courts métrages produits par la firme au coq. Il alterne tous les genres, comédies burlesques avec Boireau, mélodrames (Pauvre mère
, 1906), fééries (Aladin ou la lampe merveilleuse
, 1906 ; La Légende de Polichinelle
, 1907, avec Max Linder).
En 1908, Charles Pathé le propulse à la tête d'une nouvelle société chargée de porter à l'écran les grandes oeuvres de la littérature française : la Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres. Dans ce cadre, il se charge lui-même de réaliser certains de ces films de prestige dont le métrage est très supérieur à celui des bandes habituelles, adaptant de nombreux auteurs classiques dont Alphone Daudet (L'Arlésienne
, 1910), Emile Zola (L'Assommoir
, 1909, Germinal
, 1913), Alexandre Dumas (Le Chevalier de Maison-Rouge
, 1913) et surtout Victor Hugo. Le tout premier essai de mise en scène par Capellani, en 1905, est d'ailleurs un épisode des Misérables
intitulé Le Chemineau
. Il filmera ensuite Notre-Dame-de-Paris
(1911) et sa version en quatre épisodes des Misérables
(1912) lui vaut un triomphe international. Jusqu'à la redécouverte de Capellani dans les années 2000, ce film sera d'ailleurs avec Germinal
l'un des rares souvenirs subsistant de son travail, de la modernité de son art et de son importance dans le cinéma français. Son dernier film en France, à la veille de la Première Guerre mondiale, est encore une adaptation d'Hugo, Quatre-vingt-treize
(1914). Mais en raison de son sujet (la guerre civile pendant la Révolution), la censure bloque le film durant toute la durée du conflit, et ce n'est qu'en 1921 qu'il sortira, dans une version achevée par André Antoine.
Car dans l'intervalle Capellani, réformé en raison de sa santé, est parti s'installer aux Etats-Unis avec les encouragements de Charles Pathé. Sur place, il retrouve rapidement son rôle de superviseur artistique auprès de la petite colonie cinématographique française qui compte entre autres Maurice Tourneur et Emile Chautard. Dans le même temps, il repasse lui-même derrière la caméra pour tourner Camille
(1915), une adaptation de La Dame aux camélias
dans laquelle il dirige la star Clara Kimball Young. C'est la reconnaissance de son talent de directeur d'acteurs déjà éclatant en France où il a su tirer le meilleur d'un comédien de théâtre comme Henry Krauss, de son propre frère, Paul Capellani, ou de la reine du music-hall, Mistinguett, dont il a fait une superbe Eponine dans Les Misérables
. Il devient ensuite le réalisateur attitré d'Alla Nazimova. En trois films (L'Occident
, 1918 ; La Lanterne rouge
, 1919 ; Hors de la brume
, 1919), il fait de l'actrice russe la star incontestée de la Metro, utilisant au mieux son génie tragique et son extravagance.
Capellani collabore ensuite à diverses compagnies dont la Cosmopolitan, la société de William Randolph Hearst. Il y dirige en particulier la compagne du milliardaire, Marion Davies, dans La Vierge folle
(1922). Ce sera son dernier film.
De retour en France, il ne parvient pas à trouver sa place dans un monde du cinéma qui a profondément changé. Il envisage de retourner aux Etats-Unis mais son état de santé le lui interdit. La maladie l'emporte en 1931.