Carrière :
Il ne faut qu'un seul film, Un trou dans la lune
(1964), pour qu'Uri Zohar s'impose comme le représentant majeur de la génération qui va révolutionner le cinéma israélien en lui ouvrant d'autres horizons que les films nationalistes et exaltant le sionisme qui faisaient son quotidien jusqu'alors, films et idéologie dont les tenants de la Nouvelle sensibilité - et Zohar au premier chef - vont prendre le contrepied. C'est pourtant dans certains de ces films que Zohar fait ses premières armes dès 1960, comme acteur, tenant de petits rôles dans plusieurs d'entre eux, ainsi que dans la fresque Exodus
d'Otto Preminger. Il se lance en parallèle dans la mise en scène via des courts métrages institutionnels puis collabore à la réalisation de Pile ou face
(1962), film de montage d'images d'actualité tournées sur plusieurs décennies par un pionnier, Nathan Axelrod. Sa touche personnelle se trouve dans les commentaires décalés et ironiques qu'il distille en voix off sur ces documents aux forts accents patriotiques. Dans le contexte très corseté du cinéma israélien, Un trou dans la lune
apparaît comme une brillante remise en cause de ces dogmes. Très influencé par la Nouvelle vague française, le cinéma moderne européen et le cinéma indépendant américain d'Adolfas Mekas, Zohar - qui y tient également le rôle principal - s'y livre à la mise en abîme caustique du tournage d'un film sioniste. Sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes, Un trou dans la lune
devient le signal de l'émergence d'un cinéma d'auteur en Israël, et Zohar le porte-drapeau de celui-ci. Le pic de sa carrière au plan international est atteint avec son film suivant, Trois jours et un enfant
(1966), qu'il adapte d'une nouvelle du grand romancier israélien Avraham B. Yehoshua, et qui vaut un prix d'interprétation à Cannes à son acteur principal, Oded Kotler. Au fil des huit films qui suivent ce récit intimiste à la mise en scène quasi abstraite, il va alterner films exigeants et plus grand public, notamment Chaque bâtard est un roi
(1968), grosse production plus académique retraçant plusieurs épisodes liés à la guerre des Six jours. Il aborde ensuite le cinéma-vérité avec Escargot
(1969), dont les héros sont des personnalités du milieu culturel israélien, avant de constituer avec Les Voyeurs
(1972), Les Yeux plus gros que le ventre
(1974) et Sauvez le maître nageur
(1977) une trilogie quasi autobiographique, où des quadragénaires (incarnés par le réalisateur lui-même) ont bien du mal à assumer leur rôle d'adultes. Visions désenchantées d'une société israélienne bien en peine de dépasser ses repères fondateurs (notamment place de l'armée dans l'apprentissage de la masculinité), ces films regroupés sous le vocable de "trilogie de la plage" sont des comédies amères qui n'en finissent pas de rencontrer un fort écho parmi les spectateurs. Uri Zohar abandonne ensuite le monde laïc ainsi que le cinéma pour se consacrer à ses études religieuses. Il signe pourtant Poulailler
en 1988, adaptation pour le grand écran d'une série télévisée à grand succès qu'il avait réalisée entre 1969 et 1972. Il fut le premier homme de cinéma à recevoir en 1976 le prestigieux Israel Prize, couronnant l'ensemble de sa carrière. Prix qu'il s'empressa de refuser.