Laurent Cantet
Personnalité
Réalisateur, scénariste, dir. de la photo... : années 1980-2020
Nationalité : France
Naissance : 11/04/1961 - France - Melle, Deux-Sèvres
Décès : 25/04/2024 - France - Paris, Paris
Identité
Genre : homme
Fonctions : Réalisateur, Assistant réalisateur, Scénariste, Dialoguiste, Collaborateur au scénario, Acteur, Directeur de la photographie/Chef opérateur, Auteur
Biographie
Formation :
Après une année d'études d'anglais à l'université de Poitiers, Laurent Cantet passe une maîtrise de sciences et techniques au département audiovisuel de l'université de Marseille. Il entre ensuite à l'Idhec à Paris. Entre 1983 et 1986, il s'y forme à la réalisation et à la mise en scène. Son film de fin d'études se nomme Les Chercheurs d'or . Durant cette période, Cantet côtoie Thomas Bardinet, Vincent Dietschy, Dominik Moll et Gilles Marchand. Ensemble, ils fondent la société Sérénades Productions, où chacun se voit lié aux projets des autres. Cantet travaille ainsi comme directeur de la photographie sur L'Étendu (1988) et Joyeux Noël (1993) de Gilles Marchand, ainsi que sur Cette nuit de Vincent Dietschy (id.). Cantet se lance ensuite dans la réalisation de courts métrages, qui se verront couverts de prix aux festivals de Pantin et de Belfort, notamment.Carrière :
Laurent Cantet est l’un des cinéastes français majeurs du cinéma social contemporain, connu pour son attention aux rapports de classe, aux conflits générationnels et aux mécanismes d’exclusion. Récompensé par la Palme d’or pour Entre les murs, il a construit une œuvre réaliste et humaniste, toujours attentive aux tensions entre destin individuel et mouvement collectif.
Laurent Cantet est un réalisateur remarqué dès son premier long métrage, Ressources humaines (1999). Ce film, qui a pour cadre une usine qui permet au cinéaste d'aborder les thèmes des relations père-fils, sur fond de réduction de temps de travail, mêle habilement les registres du social et de l'intime. La critique et le public accueillent cette œuvre avec enthousiasme. Succès également aux Etats-Unis, où le film est présenté au Festival du cinéma indépendant de Sundance. Certaines entreprises le projettent dans le cadre de stages de formation. Afin d'éviter de se voir coller l'étiquette de réalisateur politiquement orienté, Cantet choisit, pour son second opus, de s'inspirer d'un fait divers : un faux médecin qui a bâti toute sa vie sur le mensonge. Dans L'Emploi du temps (2001), il suit le destin d'un père de famille qui cache à ses proches son licenciement et s'engage dans une double vie qui devient rapidement difficile à gérer. Cette œuvre glaçante, onirique par moment, est inspirée par l'histoire du mythomane Jean-Claude Romand. Avec Vers le Sud (2006), son troisième opus, le cinéaste se confronte à une terre lointaine, Haïti, et met en scène une actrice renommée : Charlotte Rampling. Selon ses propres termes, le film "met en regard la misère sociale des uns et la misère sexuelle des autres", nouvelle manière pour lui d'articuler l'intime et le politique. Adaptation du roman éponyme de François Bégaudeau, qui y joue son propre rôle, Entre les murs (2007), remporte la Palme d'or au Festival de Cannes 2008. Mi-fiction mi-documentaire tourné avec des enfants non professionnels, le film nous plonge dans le quotidien d'une classe de collège parisien, à travers une chronique chaleureuse, émouvante et pleine de drôlerie. Après la Palme d’or, Laurent Cantet élargit son regard au-delà du cadre français avec Foxfire, confessions d’un gang de filles (2012), adaptation du roman de Joyce Carol Oates. Tourné au Canada, le film suit, dans les années 1950, une bande d’adolescentes qui s’organisent contre les violences et les humiliations d’une société dominée par les hommes. Deux ans après sa participation au film collectif 7 jours à La Havane (2011), pour lequel il réalise le segment La Fuente, le réalisateur revient à Cuba pour tourner Retour à Ithaque (2013). Réuni sur une terrasse de La Havane, un groupe d’amis se retrouve autour d’un homme revenu d’exil après plusieurs décennies. La conversation, d’abord chaleureuse, fait peu à peu resurgir les désillusions, les rancœurs et les blessures laissées par la Révolution cubaine. Avec L’Atelier (2016), le réalisateur revient en France et s’intéresse à un groupe de jeunes en insertion réunis à La Ciotat autour d’un atelier d’écriture. Sous la direction d’une romancière incarnée par Marina Foïs, les participants doivent élaborer un récit inspiré de l’histoire ouvrière de la ville. Le projet fait progressivement apparaître les fractures sociales, les colères identitaires et les violences qui traversent cette jeunesse, tout en prolongeant la réflexion de Cantet sur les vertus et les limites du collectif. Présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, le film confirme la finesse d’un cinéaste attentif aux paroles minoritaires et aux tensions de groupe. Dans Arthur Rambo (2019), son dernier long métrage, Laurent Cantet s’empare des ravages de l’exposition numérique. Inspiré par un fait divers contemporain, le film observe la mécanique du lynchage médiatique et la difficulté de séparer une œuvre de celui qui l’a produite. Cantet y poursuit son exploration des contradictions individuelles et collectives, mais dans un monde où les réseaux sociaux accélèrent la condamnation et rendent toute rédemption incertaine. Avec neuf longs métrages réalisés entre 2000 et 2021, Laurent Cantet laisse une œuvre exigeante, profondément ancrée dans le réel, qui relie l’intime aux bouleversements sociaux. Mort en 2024, il travaillait sur Enzo, finalement réalisé par Robin Campillo en 2025 à partir d’un scénario qu’ils avaient conçu ensemble.