Carrière :
Jean-Marie Courreye a réalisé plusieurs affiches au cours des années 1980, notamment celles des films de Nicolas Philibert.
À la fin des années 1970, il rencontre Maurice Tinchant, directeur d'une agence chargée de la publicité des films. En échange de locaux gracieusement prêtés, Jean-Marie Courreye réalise pour lui quelques travaux de maquette et de mise en page. Il va ainsi rencontrer ses futurs clients. En 1975, il conçoit une affiche pour la ressortie de Vivre
, d'Akira Kurosawa, tourné en 1952. Réalisée à partir d'une photo, cette affiche montre le personnage principal du film de dos, sous la pluie. Le titre, par l'utilisation de la couleur verte, s'oppose à cette image sombre. Gerrick Distribution, société de distribution de Frédéric Mitterrand, lui commande une affiche pour la ressortie du film de Federico Fellini Il Bidone
(1955), au début des années 1980. C'est Frédéric Mitterrand qui lui suggère d'utiliser les dessins de Fellini. Le nom du réalisateur est placé en haut de l'affiche. La maquette de cette affiche est composée de plusieurs superpositions de cellophane, certaines comprenant les photos, d'autres les textes. Tous les découpages se font à l'aide d'une paire de ciseaux. Jean-Marie Courreye appelle cela des "maquettes sandwiches". Il conçoit l'affiche du film qui fera connaître Andrzej Wajda à un large public : Le Bois de bouleaux
(1970). En 1975, Il conçoit l'affiche de ressortie de One+one
(Jean-Luc Godard), un visuel très proche de la bande dessinée. En 1981, il réalise aussi celle de Passion
(id.). La collaboration avec Godard reste cependant inachevée pour Prénom Carmen
. Pour le film de Pierre Zucca, Rouge-Gorge
(1985), Jean-Marie Courreye réalise une affiche conçue à partir de plusieurs superpositions : Philippe Léotard au premier plan, le motard avec les billets dans la bouche au second plan (une idée de Pierre Zucca), le portrait de la jeune actrice au troisième plan. Il exprime ainsi le "rythme" du film. Trois films jalonnent la collaboration de Jean-Marie Courreye avec Nicolas Philibert. Pour La Moindre des choses
en 1996 Nicolas Philibert retourne à La Borde, l'institution psychiatrique où a été tourné le film. Courreye crée un atelier de réalisation d'affiches avec des pensionnaires, sans succès. Il essaye ensuite de proposer des maquettes qui pourraient correspondre au film mais aucune n'aboutit. Il explique lui-même : "le projet me tenait trop à coeur et je n'avais pas assez de recul pour faire l'affiche, c'est important d'avoir une certaine distance avec le film pour pouvoir faire l'affiche. (...) Je n'ai pas fait l'affiche mais l'expérience humaine que j'en ai gardée est unique". Cette distance, il l'avait pour Un animal, des animaux
en 1994, pour lequel il a conçu trois projets, dont un est retenu : texture entre les rayures des zèbres, le titre du film jouant sur l'irrégularité du singulier et du pluriel et la photo qui fait la mise au point sur le premier animal et laisse le deuxième dans le flou. Le projet est immédiatement identifiable, puis se laisse "décortiquer". Pour Courreye, une bonne affiche est une image qui arrête le passant mais qui, au bout de cinq secondes, l'amène à voir autre chose que ce qu'il a vu au premier regard. Pour Le Pays des sourds
(1992), enfin, il fait réaliser des photos avec le professeur de langue des signes, et utilise ces gestes qui restent si énigmatiques pour le monde des parlants.