La Corse ; île de roc et de sévérité entre ciel et mer, avec ses rivages de granit où la pierre éternelle s'oppose comme un défi à l'homme, à son effort, à son orgueil, dans un duel renouvelé sans répit au cours des siècles pendant lesquels l'homme primitif a dressé vers le ciel ces masses granitiques, symbole de victoire, que le temps a tenté d'ensevelir. Désormais l'insulaire poursuit son effort architectural, il érige des églises à la naissance de la ville et la chrétienté imprègne chaque manifestation du simple labeur quotidien, le clocher domine ce pays où tout est durement compté. Comme une pauvre récompense, l'eau coule à la fontaine des villages puis arrose alentour les vallons morcelés, au long des générations, par mille barrières rocailleuses qui limitent chaque propriété où la vigne donne un air d'abondance. Au-delà, une vie libre se dresse, le maquis et les pierres, les gorges sauvages parcourues d'une eau maigre réaffirment leur maîtrise. Devant tant d'affront la main de l'homme s'agrippe à la montagne, dans un corps à corps il tente de sculpter son île et les villages en nid d'aigle se réfugient vers le ciel car la mer arrête toute fuite. Une croix de miséricorde porte la paix sur la Corse et les luttes ancestrales font place à la trêve, une vieille femme apaisée va son chemin parmi les chapelles et les champs brûlés.