L'inconstance de l'Isère, qui connaissait son plus faible débit au moment des plus forts besoins énergétiques, a justifié l'édification du barrage de Tignes. Le site choisi, verrou naturel en entrée de gorge, a sacrifié une cuvette cultivable, le village de Tignes et quelques hameaux. Après jalonnement, dérivation de la rivière, détournement de la route nationale et dynamitage du pont du Chevril, des routes de chantier et des murs de soutènement sont construits. Le quarzite d'une carrière et les alluvions de l'Isère sont utilisés pour les assises du barrage, la conduite de vidange et la tour de prise d'eau. Une galerie d'amenée, qui captera les eaux des torrents entre les usines de Brévières et de Malgovert, est percée, et un canal de fuite creusé. Une carrière à grands sautages alimente les concasseurs. Le ciment est acheminé par quatre téléphériques, puis en blondins guidés par radio. Des cités ouvrières et des cantines accueillent les milliers de travailleurs. Parallèlement, l'usine des Brévières sort de terre. Trois vannes-wagons sont mises en place et une conduite forcée installée. La mise en eau est le signal du départ pour les derniers Tignards. La route de crête vient parachever l'ouvrage, qui augmentera bientôt la production d'énergie d'un tiers.