Dans les collections des papes du musée du Vatican sont exposées, et ce depuis le début du XVIe siècle, les statues antiques exhumées du sol de Rome. Presque toutes étaient mutilées aux endroits des articulations, soit par la négligence des générations précédentes soit par le vandalisme. Le torse de la cour du Belvédère y est depuis 1520 ; idéal du beau durant des siècles, les académies en feront des copies pour voir leurs élèves s'exercer à les compléter. Partant du fragmentaire, Rodin en fait de l'achevé. "L'Homme qui marche" puis "Les Bourgeois de Calais", oeuvre de la maturité, procèdent par compositions de parties vers un tout. C'est sur maquettes de plâtre qu'il complète, rapproche, dispose, pour parvenir à une disposition et vision d'ensemble. Il crée de multiples groupes, par un procédé de composition de compositions : ainsi "Ugolin et ses enfants", qu'il incorpore dans "La Porte de l'Enfer". A l'inverse il décompose, crée par mutilations : "L'Homme qui tombe" ou "La Méditation", issue d'un monument à Victor Hugo, seule, sans bras, au corps partiel. Outre les torses, il utilise têtes et mains, mis en scène de manière symboliste. Il pratiquera les assemblages, créant par contiguïtés, après 1900.