Dans un jardin parisien Michel Carrière, le petit-fils du peintre Eugène Carrière, évoque la vie et l'oeuvre peint de son grand-père. Il lui fut beaucoup reproché à l'époque d'être le peintre du "flou envahissant", lui qui se réclamait de Rodin, "amoureux de la chair" quand il sculptait. Son ami écrivain Jean Dolent l'incite à faire le portrait de Paul Verlaine. Il ne connut le succès qu'après 1890, mais pas chez le peuple, qu'il aimait pourtant. Il passe des soirées dans le Grenier des Goncourt avec Daudet. Il avait en horreur les modèles professionnelles et les mondaines. L'essentiel du modèle, le reflet de sa pensée et de ses sentiments priment pour lui - à l'occasion du portrait d'Edmond de Goncourt il s'exclamera : "Vas-tu avouer ?" Il s'engage pour Dreyfus, signe des pétitions, manifeste avec les pacifistes ; Forain et Degas ne lui pardonnent pas. Nommé président du Salon d'Automne, qui révèle Matisse et Derain, il peint des paysages isolé, à l'abri des regards. A l'inverse de Munch, expressionniste de sentiments violents, la peur, la douleur, il se réclame, malgré le reproche de sentimentalisme, d'un expressionnisme de sentiments tendres.