Sans frapper
Film
Sans frapper
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Date de sortie en France :
- 09/03/2022
Société(s) de production :
Description
Résumé
style="font-size: 10.0pt;font-family: 'Liberation Sans' , serif;color: black;">Ada avait 19 ans le soir où elle a accepté de dîner avec l’ex-petit ami de sa colocataire. Elle ne pouvait pas savoir que ce soir-là, aussi banal qu’il puisse paraitre, allait marquer sa vie. Ni les deux autres fois où elle déciderait de revoir celui qui l’avait anéantie, en s’appropriant son corps comme si c’était un objet, comme s’il n’y avait pas de différence entre elle, le canapé, l’abat-jour, ou le plafond depuis lequel elle regardait la scène. Parce qu’Ada, en réalité, n’était plus là. Ada n’est pas non plus dans le film, et pour autant elle est présente dans toutes les femmes et tous les hommes qui récitent son histoire, pour finir par raconter la leur. C’est dans cette ambiguïté, dans l’interchangeabilité des récits et des visages, et dans l’unicité de chacun, que le documentaire de la cinéaste belge Alexe Poukine puise sa force. Sans frapper interroge cette zone grise qui fait peur, parce qu’elle dévoile un monde où il n’y a ni bourreaux ni victimes au sens propre (ou, du moins, pas tels qu’on les représente d’habitude). Les bourreaux peuvent être des gens apparemment aimables, tandis que les victimes, souvent, ne parviennent pas à se considérer en tant que telles, ou ne pourraient pas supporter que leur soit en plus collée une telle étiquette. Dans le film, comme dans la plupart des histoires d’abus sexuels, le mot “viol” tarde à être prononcé. Il doit sortir de la bouche d’une institution, ou être écrit en caractères bien lisibles sur un bout de papier pour trouver sa légitimité. Souvent, il faut des années pour surmonter la honte, l’insécurité, ou pour que les souvenirs reviennent, pour comprendre que le mal qui vous ronge n’est plus supportable. Et lorsqu’on trouve enfin le courage de se rendre au commissariat, c’est pour finalement s’entendre dire : “Il ne faut pas dire que vous aviez flirté avec lui, parce que vous vous disqualifiez complètement”, ou encore : “Ce sera votre parole contre la sienne”. Le film interroge les notions de consentement et de responsabilité en partant du scepticisme initial lié à l’histoire d’Ada, qui nous amène à reconnaître l’absurdité qu’il y a à se questionner moins sur le viol que sur le choix de revoir celui qui l’a commis. Sans juger, les témoignages récoltés par Poukine ne sont que le reflet d’une société basée sur la domination et la soumission, et qui considère le corps, et pas seulement celui des femmes, mais des êtres humains en général, comme séparé de l’esprit, c’est-à-dire comme un bien à posséder et à exploiter, à l’instar de tous les autres. À travers ses cadrages, la cinéaste met en scène une sorte de banalité du mal : douze femmes et deux hommes filmés dans l’intimité de leurs appartements, où la lumière douce qui vient des fenêtres nous plonge dans une atmosphère faussement rassurante. Sans frapper, nous dit le titre : c’est-à-dire entrer sans demander la permission, et partir sans avoir laissé de blessures visibles, mais dont les cicatrices resteront pour toujours. Le dispositif du film n’est finalement que la métaphore de l’importance qu’il y a à se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre, pour comprendre que cette histoire aurait pu être la nôtre, que “ça aurait pu être moi”.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 83
Couleur/NB : Couleur