Cette rêverie délirante, volontairement antirationnelle, ne peut en aucun cas être résumée. Disons qu'il s'agit des aventures imaginaires d'un personnage exhibitionniste et narcissique qui semble vouloir attirer sur lui l'attention à la manière d'un enfant. On le voit d'abord s'agiter dans sa chambre, les mains liées, alors qu'un incendie menace de tout brûler dans son appartement. Puis il participe à un duel au pistolet près de la mer. Il se jette par la fenêtre, ce qui est, paraît-il, son habitude. Du reste nous le verrons constamment entouré de bandages, parfois portant des béquilles. Un jour, il se fait une piqûre à la fesse en pleine rue devant la terrasse d'un café. Mais surtout sa personnalité est dominée par une obsession mystique. Il ne cesse de rêver aux martyrs du patriotisme et de la foi massacrés par les Turcs il y a cinq cents ans. Car, sa maison jouxte un palais maure. Une sainte lui apparaît, dont il fait sa maîtresse. Ce personnage complexé a des velléités littéraires ; il présente des lettres sans destinataire à un éditeur, habillé en explorateur colonial, qui lui fait une petite avance d'argent, et aussi des avances d'une autre sorte. Notre héros a par ailleurs des velléités d'acteur ; on le voit, grimé en Pierrot, répéter des scènes de théâtre. Plus tard, il mimera ses rapports conflictuels avec son père, en jouant les deux rôles. Enfin, habillé en cavalier du Moyen Age, il nous fera part avec une grande trivialité de ses amours ancillaires. Mais le palais maure et tous les rêves qu'il véhicule vont bientôt disparaître. Et le héros se retrouve, éperdu d'amour et d'admiration, mourant aux pieds de la sainte qu'il a toujours adorée : Notre-Dame des Turcs.