Les journées s'écoulent, semblables, éternellement, dans le village : les femmes cultivent le riz, les hommes s'occupent du mil et de l'arachide, cet arachide qui use leur terre sans leur apporter les bénéfices qu'ils pourraient espérer. Souvent, les jeunes aident les faibles et les vieux à labourer les champs et à les semer. La fraternité fait supporter la sourde misère, dont les habitants se plaignent sous « l'arbre des palabres ». Réunis autour des ancêtres qui évoquent le passé, les hommes attendent, imperturbables, le prochain coup du sort : la visite du percepteur qui exige le paiement des dettes ou, plus grave, la persistance de la sécheresse qui empêche l'« hivernage », tue les récoltes et annonce la famine. Lasse de voir son mariage avec Coumba sans cesse repoussé, Ngor part pour la ville dans l'espoir d'y faire fortune. Isolé, exploité par les citadins qui le méprisent, le jeune homme est renvoyé de plusieurs places et se désespère. Enfin la chance lui sourit : non content de gagner sa vie, il peut envoyer quelques modestes subsides à sa famille. Lorsque s'annonce le temps des récoltes, Ngor revient chez lui ; il épouse Coumba. Le jour des noces, comme il ne peut se permettre le sacrifice d'un boeuf, le père du jeune homme tue un mouton. A l'aise parmi les siens, Ngor sent bouillonner dans le village un mécontentement diffus : ses compagnons s'interrogent et leurs réflexions encore minimes annoncent pourtant dans l'avenir des jours meilleurs.