Tasio n'aime pas l'école. Son univers à lui, c'est les arbres et les nids. Et s'il « buissonne » volontiers quitte à se faire tirer les oreilles par le curé, il sait respecter la nature et n'« estropie » jamais les nichées : la moitié des oisillons doit conserver sa liberté. C'est à la sienne aussi que pense le garçonnet. L'adolescence le trouve encore plus indépendant. Quand il lui faut surveiller la charbonnière que son père entretient dans la montagne, il n'a pas de mal à faire ses preuves. Sans aide aucune, il abat le travail, périlleux d'ailleurs, des adultes. Il a la main pour ça. Du coup, son père lui donne ses premiers pantalons d'homme. Le voilà bientôt tel, robuste et fier. Moins décidé que jamais à s'échiner au service des autres pour presque rien. La charbonnière et la chasse lui suffisent pour vivre et lui conviennent mieux. Une fête villageoise lui permet de retrouver des yeux et un sourire qui l'avaient subjugué quelques années plus tôt. Sa sauvagerie vaincue, viennent les épousailles. Avec Paulina, Tasio est heureux. Mais un garde-chasse a été nommé et la partie est rude. De chasseur, le voilà braconnier. Même pour alimenter sa charbonnière, il doit ruser. Les arbres comme les bêtes lui sont interdits. Entre l'un qui ne le paie pas et l'autre qui le pourchasse, la vie n'est guère facile. Pourtant rien ne l'entame. Pas plus les gendarmes qui le gardent une nuit que les intempéries. N'est-il pas père d'une jolie petite fille ? Fragile du coeur mais dure à la tâche, Paulina, dicrètement, quitte la vie. Tasio continue. Il grisonne. Sa fille est grande, elle est femme. Un jour qu'elle lui monte son déjeuner, elle lui annonce qu'elle va se marier, partir. Et Tasio rit. Appelant son ennemi de garde-chasse qui encore l'épie, lançant ses pièges au ciel, il boit à la vie qui se poursuit.