• Autour d'une œuvre

Les voyages filmés du peintre Tsugouharu Foujita

23/09/2026

Résumé de l'article

Mondialement connu pour sa pratique picturale au croisement de l’Orient et de l’Occident, le peintre franco-japonais Tsugouharu Foujita rend compte à partir de 1929 de plusieurs voyages autour du monde par le cinéma. Cette part cinématographique de son œuvre, plus confidentielle, s’incarne dans plusieurs films conservés dans les collections du CNC. L’un d’entre eux, "Voyages de Tsuguharu Foujita au Mexique, au Japon et en France dans les années 1930", a été confié au CNC en 2025 par le Conseil Départemental de l'Essonne - Maison atelier Foujita. Il révèle la relation de l’artiste avec la caméra qui prolonge son geste de peintre.

Portrait de Foujita

Une riche carrière artistique 

Tsugouharu Foujita nait le 27 novembre 1886 à Tokyo. Formé aux Beaux-Arts de cette ville, il s’installe à Paris en 1913 où il rejoint l’avant-garde artistique de Montparnasse. Il côtoie Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, Fernand Léger, et devient l'une des figures marquantes de l’École de Paris. Son style se distingue par un mélange de traditions japonaises et de techniques occidentales. Il est célèbre pour ses chats réalistes et ses femmes au teint d'opale, dû au « blanc Foujita », une teinte nacrée unique.  

Dans les années 1920, il connaît un grand succès. Personnalité excentrique et médiatique, il fréquente des femmes artistes comme Fernande Barrey ou Youki. Durant la Seconde Guerre mondiale, il reste au Japon et collabore à la propagande du régime impérial, ce qui lui vaut des critiques. Naturalisé français en 1955, il revient en France où il se convertit au catholicisme. En 1966, il crée pour la ville de Reims la chapelle Foujita. Il est inhumé dans cette même ville à sa mort en 1968

Un cinéma amateur en développement au cours des années 1930 

Au cours de cette riche carrière, Foujita effectue plusieurs voyages autour du monde à partir de 1929. L’artiste a fait l’acquisition l’année précédente d’une caméra Kodak. Si cette pratique du cinéma demeure bien sûr marginale en regard de son œuvre peinte, elle s’inscrit pleinement dans le développement du cinéma amateur au cours des années 1930. Celui-ci est favorisé par l’arrivée sur le marché de caméras et de formats plus accessibles et légers comme le 16mm, qu’utilise Foujita, ou le 9.5 mm.

Proche du journal filmé, ce type de films montre des instants de vie familiale, des fêtes, des villes ou encore des paysages. Ces moments capturés par la caméra peuvent s’inscrire dans le cadre de vacances, de voyages touristiques... Pour de nombreux artistes et voyageurs, la caméra amateure accompagne une expérience du déplacement et du tourisme international

Du Mexique à la France : itinéraires d’un peintre 

[Voyages de Tsuguharu Foujita au Mexique au Japon et en France dans les années 1930] est un montage qui documente trois voyages de Foujita : au Mexique en 1933, dans son pays natal l’année suivante et enfin en France en 1939. Les images filmées au Mexique et au Japon sont introduites par plusieurs cartons-titres. 

Au Mexique, pays déjà connu de Foujita, il est accompagné par sa compagne de l’époque, la danseuse Madeleine Lequeux. Un premier séjour, effectué en 1929 aux côtés de l’artiste Lucie Badoud, rencontrée au cœur de Montparnasse, est documenté dans un autre film du peintre intitulé Le Tour du monde, également conservé dans les collections du CNC. Durant ce second périple, le couple assiste à plusieurs corridas dans les arènes de Tijuana, visite des communes rurales et la cité aztèque de Teotihuacán. 

Le Japon est le second voyage de l’artiste représenté par [Voyages…]. Effectué en 1934, ce retour au pays natal est l’occasion pour Foujita et Madeleine Lequeux de visiter Kyoto et Nara. Les images montrent notamment les temples shintoïstes de Kyoto, des paysages et des cérémonies traditionnelles. A Tokyo, Foujita retrouve son père, Tsuguakira Fujita. 

Enfin, [Voyages…] comporte quelques images filmées à l’hiver 1939 à Paris, où il effectue un bref séjour en compagnie de sa dernière épouse Kimiyo Horiouchi. Aux images convenues tournées aux pieds de la tour Eiffel succèdent celles d’une soirée passée avec des amis du couple. 

De Mexico à Paris en passant par Kyoto, la caméra de Foujita prolonge son geste de peintre : attentive aux visages, aux paysages et aux instants fugaces, elle compose le journal sensible d’un artiste en mouvement entre plusieurs cultures et plusieurs mondes.

Une exposition à découvrir en ce moment

Le musée Bourdelle à choisit l'artiste Tsugouharu Foujita pour incarner l'affiche de leur nouvelle exposition : "L'étoffe de l'artiste", à découvrir du 23 septembre 2026 au 24 janvier 2027.

Le musée Bourdelle explore, dans une nouvelle exposition, les représentations et les stratégies de mise en scène des artistes à travers leurs habits, de la fin du 19e siècle au milieu du 20e siècle. Le parcours de "L’étoffe de l’artiste" est ponctué de vêtements méconnus portés par des figures emblématiques ou plus confidentielles, hommes comme femmes – notamment Gustav Klimt, Rosa Bonheur, Foujita, Sonia Delaunay, Camille Bernier –, en dialogue avec des peintures, sculptures, arts graphiques et photographies.