- Portraits
Paul Carpita
27/01/2026
Paul Carpita (1922-2009) est un réalisateur marseillais fortement engagé qui n’a cessé dans ses films de dénoncer les injustices sociales et les guerres, de militer pour la paix, les ouvriers, l’enfance… À l’occasion du centenaire de sa naissance, en 2022, le CNC entreprend la restauration du film "Le Rendez-vous des quais", sorti en 1953, puis censuré en 1955. La version restaurée a été présentée lors de la 76e édition du Festival de Cannes. Ce travail de restauration, réalisé par le Laboratoire du CNC, s’inscrit dans un projet de mise en valeur de la filmographie de Carpita en partenariat avec la Cinémathèque française.
Des films engagés politiquement et localement
Né à Marseille le 12 novembre 1922, d’un père docker et d’une mère poissonnière, Paul Carpita s’engage dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d’adhérer au Parti communiste français. Devenu instituteur à Marseille, il fonde la société Cinépax et tourne des reportages de contre-actualités, qui montrent, sur un ton militant, les mutations de sa ville et les luttes sociales qui la traversent alors.
Ses premiers courts et moyens métrages, prolongements de son engagement politique, évoquent des sujets de société sensibles comme Nous voulons vivre (1947) qui dénonce les dangers de la bombe H. Ses films ont toujours un ancrage local constant : le documentaire Vers la lumière (1946) s’organise autour de la reconstruction du port de Marseille par les ouvriers et la série de courts-métrages Pourvu que nos joues soient toujours roses (1948) met en lumière les conditions difficiles des enfants dans les taudis de la ville.
Un premier long-métrage longtemps frappé par la censure : Le Rendez-vous des quais
En 1953, Paul Carpita réalise son premier long-métrage, Le Rendez-vous des quais. Le film met en scène l’histoire d’amour naissante entre un docker, Robert, et une employée d’usine, Marcelle, à Marseille, alors que la France est engagée dans la guerre d’Indochine et qu’une grève des dockers se prépare en opposition au conflit. En août 1955, la Commission de contrôle des films cinématographiques interdit la diffusion du film au prétexte d’un « risque de trouble à l’ordre public en raison de son propos social et antimilitariste ». En effet, le film évoque sans ambages l’opposition des dockers à la guerre d’Indochine à travers leur grève. (Affiche du Rendez-vous des quais lors de la distribution du film en salles en 1990, © Doriane Films)
L’engagement politique de Paul Carpita est notamment décelable dans l’insertion, au cœur de cette fiction, d’extraits de contre-actualités et de reportages militants, réalisés dans le cadre de sa société Ciné-Pax. Des images des grèves des dockers et de manifestations à Marseille y sont visibles. En mars 1983, l’œuvre bénéficie d’un second passage devant la Commission. Dans un contexte géopolitique totalement transformé, ce nouveau regard favorise l’autorisation de sa diffusion, effective seulement en 1990, soit trente-cinq ans après sa réalisation.
Photogrammes du Rendez-vous des quais de Paul Carpita, source : Doriane Films
Après Le Rendez-vous des quais : d’autres films engagés
Dans les années soixante, Carpita poursuit le même objectif : documenter par la fiction comme par le documentaire les grandes tensions sociales et politiques de son époque. Ainsi, les trois courts-métrages La Récréation (1958), Marseille sans soleil (1960) et Demain l’amour (1962) évoquent la guerre d’Algérie. Avec Des lapins dans la tête et Graines au vent, tous deux réalisés en 1964, le réalisateur revient à la question de l’enfance et celle de l’enseignement, en écho à son métier d’instituteur. Sa carrière de cinéaste se poursuit durant les années soixante-dix. La reconnaissance tardive que lui apporte la sortie du film Le Rendez-vous des quais en 1990 lui permet de réaliser un nouveau long-métrage de fiction : Les Sables mouvants.