L'Aventure Toni, le tournage de Jean Renoir aux Martigues

31/08/2026

Résumé de l'article

À gauche, Jean Renoir pendant le tournage de Toni / À droite,Toni (Charles Blavette, Jenny Hélia, Edouard Delmont)

Comme en écho au dossier portant sur le néo-réalisme publié dans le numéro d’été, la ville de Martigues organise une exposition [1] consacrée au tournage de Toni. Une centaine de documents, dont quelques raretés, racontent les conditions de production et de réalisation de ce « film pivot » (dixit Sadoul). Doublement pertinente, l’exposition confirme que le scénario est né d’une réalité tangible (partie 1 : L’histoire vraie) et que le tournage s’est inscrit dans le biotope « martégal » (partie 2 : La production et les acteurs). Trois auteurs ont été associés au scénario : Jean Renoir, Carl Einstein (sous contrat en qualité de « conseiller artistique ») et Jacques Mortier, ami d’enfance de Renoir.

L’exposition met surtout en avant le travail de ce dernier, auteur de polars connu sous le pseudo de Jacques Levert et commissaire de police ayant enquêté quatre ans plus tôt sur le fait divers dont le film est inspiré. « C’est l’évocation d’un drame des Martigues dont les péripéties tragiques ont tant ému notre population voici quatre années », annonce une publicité de l’époque. Jean Renoir confirme cette thèse dans un courrier : « Le sujet du film est tiré d’un fait divers qui s’est réellement passé dans un coin du midi de la France resté suffisamment sauvage pour me permettre une photographie dramatique. »

Pour la première fois, grâce aux recherches opiniâtres de l’équipe de la Cinémathèque, le fait divers de référence a été identifié : il s’agit du meurtre perpétré en janvier 1930 de Venturino Guliani, un manœuvre italien. Plusieurs détails issus de l’enquête conduite par Mortier se retrouvent dans le film (même arme du crime, même portefeuille relié au cou par une cordelette…). Dans une lettre adressée au producteur Pierre Gault, Mortier s’inquiète de sa rémunération et de sa place au générique. Gault lui promet que son script sera édité, mais le roman ne paraîtra jamais. Au-delà de l’anecdote, on constate que le film a été préparé avec soin quant à son récit, le côté improvisé de l’œuvre relevant davantage du tournage que de l’écriture.

« J’ai vécu avec les gens de Martigues, j’ai amené une caméra, nous avons tourné comme ça avec les gens du pays et en respirant l’air du pays, en mangeant la nourriture du pays et en vivant absolument la vie de ces ouvriers », confiait Jean Renoir.

La deuxième partie de l’exposition confirme cette assertion. La production bénéficie du « système » Pagnol, offrant ainsi à Renoir une logistique qui lui permet de trouver là une grande liberté d’action. Dans la lignée de l’étude de la production de Toni minutieusement décrite par Charles Tesson (Cinémathèque nos 1 à 3, 1992-1993), plusieurs documents attestent que toute l’économie locale a été sollicitée. La facture de la pièce montée servie au mariage de Josefa et d’Albert mais aussi les notes de restaurant, d’hôtel, de quincaillerie, de bonneterie, de broderie ou de garagistes témoignent d’un réel ancrage local.

Outre les magnifiques photographies de plateau de Roger Corbeau et les souvenirs d’habitants de Martigues, de nombreux documents retiennent l’attention comme ce serment de l’acteur Michel Kovachevitch :

« Je donne ma parole d’honneur que je ne boirai pas d’alcool pendant huit jours. »

Dans le film de Renoir, la ville de Martigues n’existe qu’au travers de quelques plans (l’église, le pont de Caronte, le cimetière, le lavoir) puisque c’est sa périphérie qui est filmée. L’exposition permet de remettre au cœur de la ville un fragment de son histoire, comme si Renoir avait eu l’intuition que ce morceau de Provence allait être métamorphosé par l’industrie. La réplique d’un ouvrier italien fraîchement débarqué reste ainsi d’une étonnante actualité : « Ça sent autre chose que le pétrole, ça sent le boulot aussi. »

[1] Cinémathèque Prosper-Gnidzaz de Martigues jusqu’au 27 octobre dans le cadre du dispositif « Écrans voyageurs », manifestation coproduite par Marseille et le cinéma Jean-Renoir de Martigues. Une autre partie de l’exposition présente des aquarelles contemporaines qui revisitent les paysages de Toni (renseignements : 04 42 10 91 30).

L'Aventure Toni, le tournage de Jean Renoir aux Martigues

Une exposition organisée dans le cadre des « Ecrans voyageurs », Marseille Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture. 

Réalisée par la Cinémathèque Gnidzaz- Martigues  
Sylvie Morata, Chargée de développement en cinéma & Commissaire d’exposition 
Sophie Bertran de Balanda, création originale « Les paysages de TONI revisités en 2013 »
Maud Blasco, Archiviste de la ville 

Partenaires de l’exposition 

Cinémathèque française 
Gaumont- Musée Gaumont 
Ministère de la Culture et de la Communication- Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine 
INA- Institut National de l’Audiovisuel 
CNC- Centre National du Cinéma et de l’Image Animée- Images de la Culture 
La Communauté d'Agglomération du Pays de Martigues 
La ville de Martigues 
Archives Départementales des Bouches-du-Rhône 

Contenu : Plus de 100 documents comprenant le fonds Pierre Gaut, les photographies de tournage et de plateau, les aquarelles, textes et cartels. 

Prêt de l'exposition à titre gratuit et conventionné après l' accord des ayants-droits. 
Contact : Cinémathèque Prosper Gnidzaz 
cinematheque.gnidzaz@ville-martigues.fr
04 42 10 91 30