La Divine croisière

Film

Julien Duvivier

Année de production :  1928

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 1929

Date de sortie en France :

  • 14/06/1929

Description

Résumé

Le riche et puissant armateur Claude Ferjac habite dans un petit village de Bretagne, un immense château, et inspire aux villageois, par sa cruauté, une grande peur. Possédant leurs maisons, leurs biens, Ferjac tient à sa merci ses employés qui n'osent pas se plaindre. Jacques de Saint-Ermont, capitaine sur l'un des navires de Ferjac, est lui issu d'une famille de nobles ruinés, et s'oppose aux méthodes de l'armateur. Jacques est amoureux de Simone, la fille de Ferjac, en tous points l'antithèse de son père, mais ni l'un ni l'autre n'osent se déclarer. Jacques et ses hommes résistent à Ferjac, qui veut les faire appareiller sur La Cordillière
, un bateau qui a besoin de réparations, pour l'Australie, avec un chargement d'alcool. Jacques cède finalement, car son devoir lui ordonne d'obéir aux ordres de son armateur. Pendant ce temps, Kerjean, l'un des anciens employés de Ferjac, a été rendu fou par la saisie de ses biens. Il menace de tuer Simone, mais celle-ci parvient à le calmer. Plus tard, alors qu'on vend ses meubles aux enchères, la femme de Kerjean meurt. Au village, la colère gronde. Alors que Kerjean pleure sa femme, Simone propose de mettre leur enfant en pension chez le curé. Le jour du départ de La Cordillière
, certains marins refusant d'embarquer, Jacques est obligé d'engager Mareuil, un dangereux repris de justice. Une fois en mer, désirant s'approprier la cargaison d'alcool, Mareuil organise avec ses complices une mutinerie et jette par-dessus bord un marin qui menace de le dénoncer. Au village, Simone se propose de restaurer le tableau de la Sainte Vierge qui orne l'église. Mareuil s'empare du navire, et emprisonne Jacques de Saint-Ermont et les marins qui lui sont restés fidèles. Alors que les mutins sont ivres, La Cordillière
s'échoue au cours d'une tempête, et sombre. Au port, on est sans nouvelles du bateau et de son équipage. Ferjac a une violente altercation avec sa fille, à laquelle il veut faire épouser Estève, un aventurier sans foi ni loi, mais dont les relations dans les milieux financiers pourraient lui être très utiles. Le jour des fêtes de fiançailles, on vient rapporter à Jeanne Le Guiven (la femme de l'homme assassiné par Mareuil) la nouvelle de la mort de son mari. Le village en conclut que La Cordillière
a sombré corps et biens. Excités par Jeanne, les villageois se rendent au château, y mettent le feu et se livrent à des pillages. Simone se réfugie chez madame de Saint-Ermont, la mère de Jacques, effondrée par le chagrin. Elle continue son travail de réfection à l'�0glise. Un soir, harassée de fatigue, elle s'est endormie. Soudain, la fresque s'anime, et la Madone lui dit de fréter un navire pour retrouver ceux de La Cordillière
. Frappée par cette apparition, Simone demande à son père un bateau. Ferjac la traite de folle et refuse. Elle réussit à convaincre les villageois d'affréter un navire pour partir à la recherche d'éventuels survivants, et on embarque sur la Maris Stella
. Le temps passe, et le découragement saisit ceux de la Maris Stella. Au village où Ferjac est rendu à sa solitude, on finit par croire que le bateau a lui aussi fait naufrage. Les marins de La Cordillière
sont naufragés sur un îlot du Pacifique, sans possibilité de communiquer avec l'extérieur. Tous se sont retrouvés sous l'autorité de Jacques, même si Mareuil et un de ses complices font encore bande à part. Bientôt abandonné par ce dernier, Mareuil met le feu au campement. Alors qu'il prie pour un signe divin, l'équipage de la Maris Stella
aperçoit les lueurs de l'incendie, et retrouve Jacques et ses compagnons. Simone et Jacques tombent dans les bras l'un de l'autre, alors même que Mareuil meurt, pris dans des sables mouvants. Le bateau rentre au port le jour du Pardon, alors que tout le monde croyait les deux équipages disparus. Ferjac, brisé, consent au mariage de Simone et de Jacques et demande pardon à ceux auxquels il a fait du mal.

Générique

Réalisation :

Écriture :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Dans la presse

Panorama critique

La critique est miséricordieuse, mais pas franchement enthousiaste. « Sur un thème déjà très utilisé, écrit Cinémagazine, Julien Duvivier a brodé des images d'une belle tenue cinématographique. La mer avec ses colères, ses apaisements sournois, les bateaux aux voiles gonflées de brise et les habitants rudes, croyants, d'un petit port de pêche. Voilà la toile de fond, toile de fond qui, souvent, par sa beauté, prend le premier plan. L'Océan, pour nous, citadins, perdus dans l'agitation d'une vie fiévreuse, l'Océan, n'est-ce pas le dernier appel de l'aventure ? Et le dernier aventurier n'est-il pas un marin ? (…) Un souci constant du choix des plans et des éclairages ». Le Cinéopse est plus disert, quoique involontairement méchant : « Par quoi ce film sort-il des chemins battus ? D'abord, retenez ceci, pas de dancings, pas de bouges, de nudités, d'accolements de lèvres et c'est presque une gageure par la mode qui sévit. Ensuite de très beaux paysages, des scènes de la (…) nature, autre mérite à noter. Enfin un scénario qui ne vise pas au compliqué, ne tombe jamais dans l'incroyable et ne se farcit pas de hors-d'œuvre. Sur le tout, mettez une agréable suite de visions, une dose de moralité, sans la moindre recherche de complication, quelque chose de parfaitement honnête et de parfaitement beau, sans oublier des photographies d'un artiste et la mise en scène de Julien Duvivier opérant lui-même sur son thème et voilà ce qu'est l'excellent film La Divine croisière. Pas de trouvaille sensationnelle au sens des avant-gardistes ou des ciné-puristes. Duvivier prétend avec raison : rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est valable (…). Il serait coupable de passer sous silence une figuration très réaliste, puisque composée des habitants des lieux où l'on tourna. M. Duvivier sait choisir ses figurants et en un tournemain les éduquer avec bonheur ». La Cinématographie française fait aussi dans l'élégie : « Avec La Divine croisière, c'est un idéalisme délicat et attendrissant, une noblesse hautaine qui imprègnent à la fois le scénario et l'œuvre toute entière (…). Julien Duvivier a donné comme cadre à sa légende les plus beaux sites de Bretagne, et Paimpol et son beau port apparaissent dans de lumineuses photographies, où resplendit l'harmonie de cette côte sauvage (…). Toute une figuration indigène prêta au drame le visage même de la Bretagne, par des masques émouvants et rudes ». La même revue ne peut pas, cependant, cacher ses réticences : « Cette nouvelle production de Julien Duvivier ne peut renier son inspiration religieuse. Cela n'est pas un défaut et les aventures pittoresques et mouvementées qui nous sont contées dans un but louable sont à la fois distrayantes et édifiantes. Il y a, dans ce film, des scènes très attrayantes qui compensent les invraisemblances et les longueurs existant dans d'autres parties (…). La mise en scène est bonne et l'atmosphère bretonne fidèlement reproduite à l'écran. Le tout ne va pas, évidemment, dans un tel tissu d'aventures, sans exagération, ni invraisemblance, mais il y a des scènes excellentes et de superbes tableaux de mer ». De fait, c'est plus Duvivier que son argument qu'on salue, témoin Pour vous : « Le jour où M. Julien Duvivier aura un très bon scénario, je crois qu'il nous donnera du très bon cinéma. Comme dans beaucoup de ses anciens films, il fut ici encore trahi par son sujet. Sa réalisation est bonne, il a l'intelligence de l'image et il semble bien diriger ses interprètes. Malgré ces qualités, son film ne peut pas nous intéresser jusqu'au bout (…). De belles photos. De très beaux ciels dont on a abusé ». Abus que souligne aussi Comoedia, sous la plume de M. Lebreton [sic] : « La Divine croisière (…) contient d'excellents morceaux, principalement au début, où le metteur en scène a très joliment rendu la poésie qui émane de la mer et des landes bretonnes. Son sujet est très moral, avantage appréciable dont peuvent se prévaloir peu de films. Il est dommage que les beaux tableaux, et les bons sentiments que le film renferme, soient gâtés, les premiers par l'abus des teintes, les seconds par une action assez touffue ». Avis contrastés donc, que Cinémonde, une fois n'est pas coutume, résume de manière lapidaire : « Film à tendances religieuses, La Divine croisière, qui nous semble bien fabriqué, a du moins le mérite de nous faire connaître des ports bretons aux belles voiles, aux maisons pittoresques, aux ciels tourmentés (…). Un film à tendances très long et très lent ».

(Yves Desrichard, 2001)

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : REYNAUD (Jean-Charles). - La divine croisière : Maris-Stella. - J. Tallandier, cop. 1930.
  • Périodique : Cinémagazine, n° 36, 06/09/1929.
  • Périodique : Cinémagazine, n° 36, 07/09/1928.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 172, 20/07/1928.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 174, 03/08/1928.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 175, 10/08/1928.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 179, 07/09/1928.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 184, 12/10/1928.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 218, 07/06/1929.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 232, 13/09/1929.
  • Périodique : DAIX (Didier), Comoedia, n° 5682, 30/07/1928.
  • Périodique : Excelsior, 14/06/1929.
  • Périodique : FRONVAL (Georges), Comoedia, n° 5691, 08/08/1928.
  • Périodique : GORDEAUX (Paul), L'écho de Paris, 19/04/1929.
  • Périodique : La cinématographie française, n° 547, 27/04/1929.
  • Périodique : Le figaro, 23/06/1929.
  • Périodique : LEBRETON (René), Comoedia, n° 5893, 28/02/1929.
  • Périodique : OLIVET (René), Cinémonde, n° 35, 20/06/1929.
  • Périodique : Pour vous, n° 31.
  • Périodique : REGENT (Roger), Pour vous, n° 23, 25/04/1929.
  • Périodique : ROUX-PARASSAC (E.), Le cinéopse, n° 117, 01/05/1929.
  • Périodique : SAINT-VILMER (L. de), La cinématographie française, n° 547, 27/04/1929.
  • Périodique : SARLAT (Philippe), Paris-soir, n° 2079, 15/06/1929.

Collections liées