Identité
Autres titres :
- d'après le roman "L'Homme à l'Hispano" (Titre de l’œuvre adaptée)
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1926
Date de sortie en France :
- 18/12/1926
Société(s) de production :
Description
Résumé
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Dans la presse
Panorama critique
La critique, dans son ensemble, célèbre sans arrière-pensée le raffinement et le bon goût français dont, d’une certaine manière, le film témoigne. Pour Le Cinéopse, « L’homme à l’hispano répond… à ce que les intellectuels réclament du cinéma ; cela ne signifie pas que ce film ne soit compris que de l’élite, tout le monde en témoignera grande admiration et ce sera le clou des programmes de toutes les salles ». Comœdia s’y attarde longuement : « Le public s’est fait à l’art muet, il l’a étudié non dans ses moindres détails mais dans ses moyens principaux : la foule est sensible à l’habileté comme à la sincérité, manifestées par le metteur en scène, quant à ce tour de main du bon constructeur, le réalisateur ajoute le talent de l’imagier qui excelle à grouper en les opposant ses tableaux et ses paysages. La foule adopte et comme maître salue, applaudit celui qui traduit la vie, les âmes et les choses. D’où le succès très net de L’homme à l’hispano que… Julien Duvivier, le « miracle man » de L’agonie de Jérusalem, a tourné avec autant de bonheur que d’audace ; L’homme à l’hispano devait plaire, il plaît à Marivaux qui le passe en exclusivité. Le personnage imaginé par Pierre Frondaie a été conçu pour le cinéma, visiblement, c’est le mot. De même qu’on a prétendu, en matière d’impôts, nous taxer sur les « signes extérieurs de richesse », on admet parfaitement qu’une femme mal mariée, jeune et belle, se laisse prendre aux charmes d’un homme, maître d’une auto de luxe, voiture dont le propriétaire ne peut pas ne pas être, lui aussi, fastueux, élégant… Je ne dis pas que la blonde Stéphane, éprise de Georges Dewalter, est banale, matérielle simplement, non : son cœur et ses sens, sa jeunesse ennuyée et dédaignée, l’eussent jetée quand même dans les bras d’un amant même si ce dernier n’eût point paru au volant d’une auto blanche, rapide et puissante. La raison déterminante de l’aventure est psychologique mais la tentation, l’occasion est matérielle, visuelle, et cela est admirablement rendu par Julien Duvivier. Cette auto devient le supplice de celui qui la mène et qui va sur elle, par elle, à cause d’elle, vers un destin tragique dont la grandeur et l’émotion sont saisissantes. La machine comme un symbole traverse, anime, précipite l’action et tous les caractères des autres personnages sont comme agrippés à son capot ou à son marchepied dans une course trépidante… Enfin, L’homme à l’hispano double son intérêt dramatique d’une valeur technique remarquable. Il y a des photos et des photos splendides, dont la moindre fait pousser des ah ! d’admiration. Rarement la manivelle des opérateurs a capté de si magiques, de si féeriques lumières dans des paysages choisis ». Même éblouissement dans Cinéma-Ciné pour tous : « Voici une belle victoire pour le film français. Victoire significative gagnée sur le terrain des élégances modernes et du goût parisien, où nul étranger, quoi qu’on dise, ne peut nous combattre avantageusement quand nous disposons des armes indispensables. Ces armes, dans l’occurrence pacifique qui nous occupe, sont le scénario, l’argent, les moyens matériels. Je ne parle ni du talent des réalisateurs, ni de l’habileté des interprètes sans lesquels la plus belle aventure est niaise et la plus grosse capacité financière stérile… Techniquement, le film de Duvivier est d’ordre supérieur. Le milieu de grand luxe et de folle élégance où évolue l’action rendait l’entreprise particulièrement malaisée. Un film de demi-luxe et d’élégance moyenne n’eût rien donné. Mais on risquait aussi de tomber dans le poncif, dans le clinquant tapageur et brutal du cosmopolitisme nouveau riche. Duvivier… évita cet écueil tout en nous communiquant une vertigineuse impression de luxe… Trop rarement le film français nous livre de tels cadres, où l’élément richesse se dissimule derrière l’élément esthétisme décoratif, et notre plaisir de raffinés exigeants fut sans mélange ». Dans Le Cinéopse toujours, on regrette cependant que cette perfection technique ne soit pas complète : « Quelques photographies pèchent par des grisailles non voulues, mais elles sont rachetées par d’autres merveilleuses, des contre-jours, des silhouettes, des effets de vagues et tant de tableaux délicieux de certain manoir tapissé de glycine, aux balcons où les roses cousent des fresques. Il est ravissant ce château de Coulevac. Non moins dignes de compliments les intérieurs qu’il faut signaler par leur sobriété, leur souci de n’être que le décor exact et non des étalages de grands magasins, comme on nous en montre trop souvent… Peut-être eût-on pu trouver un Dewalter plus élégant et de dehors plus… aventurier encore, bien que M. Galli s’emploie en conscience et non sans talent à incarner son personnage ingrat. En tout cas il a su mourir en beauté, ce qui lui valut des applaudissements à la présentation de Marivaux… » Le public semble plus circonspect pour ce qui est d’apprécier « ce que les intellectuels réclament du cinéma », ainsi que le rapporte Cinémagazine : « L’homme à l’hispano vient de faire salle comble à l’Alhambra… Les passages les plus remarquables : la notion de vitesse rendue par l’image, les surimpressions évoquant le sujet musical transposé visuellement, certaines prises de vues effectuées sous un angle spécial, ces passages-là n’ont pas tous été compris par le public, même celui des premières. Il s’est trouvé en effet des gens pour croire et dire tout haut « qu’on avait tourné trop vite » ; pour rire parce que les images se superposaient à l’écran en une synthèse ; pour faire la remarque qu’on avait « pris trop près », lorsqu’il s’agissait en l’occurrence d’une expression quasi-symbolique (par exemple la scène où lord Oswill se carre dans un fauteuil et apparaît, dans toute sa force brutale, à Georges Dewalter qui reconnaît alors en lui l’homme du bar) ! » Enfin, il fallait bien quelques esprits chagrins - ou lucides - pour dénoncer le milieu décrit, quelques années avant David Golder : Il [Georges Galli] allume les cigarettes avec un chèque de 300.000 francs comme s’il n’avait fait que ça toute sa vie » rapporte, persifleur, L’écho de Paris, mais l’interprétation « orthodoxe » viendra bien sûr de L’humanité : « Une suite de cartes postales mondaines fort médiocres qui s’essaient au chiqué de la haute technique. Une psychologie (?), une peinture de mœurs (?) d’une insuffisance énorme. Un développement sommaire des pauvres passions du « grand monde ». Et au fond, un film qui fait d’excellente publicité [sic] à tous les hôtels, bars, boîtes de nuit de la côte basque, et spécialement de Biarritz, sans oublier le Chapon fin de Bordeaux, le Ritz de Paris… et - naturellement - l’Hispano-Suiza qui joue le rôle principal - contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant l’affiche qui annonce Huguette Duflos. Le type de film que nous dénonçons. À siffler ».
(Yves Desrichard, 2001)