Carrière :
De 1928 à 1930, il mène des recherches à la section du cinéma pour enfants de l'Institut des méthodes du travail extra-scolaire (Institut metodov vneshkol'noy raboty), où il est chargé d'étudier les réactions d'enfants devant la caméra. À partir de 1931, il travaille aux studios Mosfilm, comme assistant réalisateur Dela i Lioudi
(Alexandre Matcheret, 1932) et scénariste Riadom is Nami
(N. Bravko, 1931), Revanch
(V. Jouraviev, 1931) et Konveyer Smerti
(Ivan Pyriev, 1933). Mikhaïl Romm illustre, parfois avec talent, divers aspects du cinéma soviétique : le drame intimiste, l'hagiographie, le documentaire ou encore le film de questionnement. Romm entame sa carrière cinématographique en 1934 en réalisant une version muette de Boule-de-suif
. Considéré comme l'une des meilleures adaptations de Maupassant à l'écran, le film le place d'emblée parmi les réalisateurs soviétiques de premier plan. En 1937, il réalise Les Treize
, inspiré de The Lost Patrol
(La Patrouille perdue, 1933) de John Ford. Couronné à l'Exposition internationale de Paris, le film, qui raconte un affrontement de gardes-frontières et de pillards contre-révolutionnaires dans le désert du Turkestan, confirme sa recherche d'un cinéma intimiste. Lénine en octobre
(1937)et Lénine en 1918
(1938), qui évitent l'hagiographie, lui valent la consécration. En juillet 1940, Romm et les réalisateurs Trauberg, Kozintsev, Ermler et Alexandrov écrivent une lettre à Staline qui critique le fonctionnement du Comité du cinéma, une centralisation excessive et le règne de la bureaucratie. Metchta
, interrompu le 2 juin 1941 et terminé à Tachkent en 1943, raconte la vie des habitants d'un meublé de Lviv en 1939. Après la guerre, il se tourne vers un cinéma à caractère politique. Matricule 217
(1945), qui aborde le drame des travailleurs soviétiques déportés en Allemagne, est accueilli favorablement à l'étranger. Suivent des oeuvres de moindre importance, marquées par la guerre froide (La Question russe
, 1948 ; Mission secrète
, 1950), par le mythe du "héros positif" (Amiral Ouchakov
, 1953 ; Les navires attaquent les bastions
, id.), et une intrigue politico-policière dans le cadre de la résistance en France (Meurtre dans la rue Dante
, 1956). En 1961 réalise Neuf Jours d'une année
, une oeuvre ambitieuse qui aborde le problème du couple et celui du progrès scientifique dans une société socialiste. Il renouvelle son intérêt pour les grands thèmes de réflexion dans Le Fascisme ordinaire
(1965), un documentaire de montage d'archives cinématographiques d'origines diverses (russes, allemandes, polonaises), ainsi que des photographies amateures, qui décrit l'emprise progressive de l'idéologie fasciste sur le peuple allemand et s'interroge également sur les origines du fascisme. Les images sont commentées par le réalisateur lui-même et on y repère aussi les parallèles avec le stalinisme. A la veille de sa mort, Romm préparait une vaste fresque politique sur les errements idéologiques du XX° siècle. A la base du film, des extraits d'archives et d'actualités. Après son décès, ce sont ses élèves Marlen Khoutsiev et Elem Klimov qui ont mené ce travail à bien sous le titre Et pourtant je crois
, 1974.