Alexander Kluge

Réalisateur, scénariste, producteur... : années 1960-2020

Nationalité :  Allemagne

Naissance :  14/02/1932 - Allemagne - Halberstadt

Décès :  25/03/2026 - Allemagne - Munich, Bavière

Personnalité

Identité

Genre : homme

Fonctions : Réalisateur, Acteur, Voix off, Scénariste, Auteur de l'histoire, Producteur, Conseiller artistique, Monteur, Auteur, Collaborateur

Biographie

Formation :

Après des études de droit, d'histoire et de musique religieuse, Alexander Kluge aborde le cinéma en devenant l'assistant de Fritz Lang sur Le Tombeau hindou (1959), expérience qu'il juge décevante. Il réalise ensuite plusieurs courts métrages qui préfigurent les transformations à venir du cinéma allemand, en particulier en se confrontant au passé nazi du pays (Brutalität in Stein , 1960) là où les productions traditionnelles l'ignorent. En 1962, il est (avec Werner Herzog, Wim Wenders ou Rainer Werner Fassbinder) l'un des 26 jeunes réalisateurs signataires du Manifeste d'Oberhausen qui, dans la foulée de la Nouvelle Vague française, annonce le renouveau du cinéma allemand en proclamant : " Le cinéma de papa est mort, nous croyons au Nouveau Cinéma ". Kluge ne reniera jamais la critique acerbe du cinéma commercial portée par les signataires du Manifeste, en faisant même un des moteurs de son oeuvre. L'année suivante, il fonde et dirige l'Institut du cinéma de l'université d'Ulm avant de créer Kairos Films, sa société de production, en 1964.

Carrière :

Alexander Kluge est une figure emblématique du Nouveau Cinéma Allemand, dont il est l’un des pionniers et des voix les plus engagées. Son œuvre se caractérise par une critique sociale et politique aiguë, un questionnement profond sur l'identité allemande et un style cinématographique innovant, mêlant collage, voix-off et montage expérimental.
Le Nouveau Cinéma Allemand doit beaucoup à Alexander Kluge dont Anita G. (1966), est une des premières et des plus représentatives manifestations. A rebours d'une production qui, jusqu'alors, semblait déconnectée du réel avec ses histoires de terroir et ses comédies folkloriques, Anita G. s'ancre dans une réalité sociale et politique très forte, mais aussi dans un intense questionnement de l'identité allemande au regard de l'Histoire : ce sera une des marques de fabrique de ce mouvement qui permet à une nouvelle génération de cinéastes (dont Volker Schlöndorff, Jean-Marie Straub, Hans Jürgen Syberberg, Werner Schroeter), d'émerger. A travers le portrait d'Anita G., jeune allemande de l'Est passant à l'Ouest et ne parvenant pas à y trouver sa place, Kluge pose les bases esthétiques et thématiques de son œuvre à venir. Tourné dans un noir et blanc illustrant la désespérance du monde urbain moderne, ce film-dossier très critique sur la société allemande est aussi un brillant exercice de style dans lequel Kluge expérimente divers procédés narratifs qu'il réutilisera par la suite (mix montage-collage, distanciation via la voix-off, utilisation de la musique, intertitres, etc.). Remarqué à la Mostra de Venise où il récolte huit prix, Anita G. consacre internationalement son auteur. Cette reconnaissance est confirmée avec son film suivant, Les Artistes sous le chapiteau : perplexes (1968), couronné par un Lion d'or à Venise. Plus symbolique et radical formellement qu'Anita G., le film a pour héroïne une jeune trapéziste qui rêve de faire renaître le cirque et se heurte à la réalité, notamment économique. Film à thèse plus basé sur une idée politique que sur une histoire, Les Artistes sous le chapiteau : perplexes est une des meilleures illustrations du cinéma intellectuel et engagé qui fleurit alors à travers l'Europe, dans le sillage godardien.
On retrouvera cette dimension politique et sociale - sur un mode plus direct - dans la plupart des mises en scène suivantes d'Alexander Kluge. Travail occasionnel d'une esclave (1973), à nouveau centré sur un personnage féminin, évoque ainsi à la fois les avortements clandestins auxquels se livre l'héroïne pour faire vivre sa famille, mais aussi la situation des femmes, l'exploitation économique, la lutte et la solidarité de classe... Deux femmes, une voleuse et une espionne, sont une fois de plus au cœur de In Gefahr und größter Not bringt der Mittelweg den Tod [Dans le danger et la plus grande détresse, le juste milieu apporte la mort] (1974) où parade du carnaval et manifestations d'étudiants se mêlent et se répondent. Ferdinand le radical (1976), pour sa part, lui permet de porter un regard corrosif sur une société obnubilée par l'ordre, par l'intermédiaire d'un commissaire de police, fanatique de la sécurité se transformant en chef de milice puis en menace directe pour la démocratie.Même les films d'anticipation de Kluge (Der große Verhau [Le grand désordre], 1971) et ses documentaires (Der Kandidat, 1983) sont porteurs de cet esprit protestataire et anticapitaliste qui a toujours habité leur auteur, tout comme les épisodes qu'il signe pour le film collectif L'Allemagne en automne (1978). Ce n'est donc pas un hasard si Kluge a signé en 2008 une "adaptation" fleuve (9 heures !) du Capital de Karl Marx : Nachrichten aus der ideologischen Antike. Marx - Eisenstein - Das Kapital. Etonnant assemblage de fragments (images d'archives, reconstitutions, entretiens avec des intellectuels, enquête...) et brillante réflexion politico-philosophico-économique sur notre époque, Das Kapital, tourné en vidéo, apparaît comme la quintessence du travail et de la pensée d'Alexander Kluge. Avec Cosmic Miniatures (2024), le cinéaste expérimental retravaille, à l’aube de ses 91 ans,  ses premières œuvres par le prisme de l’Intelligence Artificielle.

Autres activités :

Brillant intellectuel, ami et disciple du philosophe Adorno, reconnu comme un des penseurs majeurs de l'Allemagne d'après-guerre, Alexander Kluge est l'auteur de nombreux ouvrages de diverses natures (essais politiques ou théoriques, fiction) parmi lesquels la nouvelle éponyme dont il tira Anita G. Son oeuvre littéraire lui a d'ailleurs valu de recevoir en 2004 le prestigieux Prix Büchner. Partisan de formes artistiques transcendant les disciplines, il a toujours oeuvré en ce sens, s'associant par exemple en 2009 avec le peintre, plasticien et photographe Gerhard Richter, pour co-signer Décembre , un recueil d'histoires et de photographies. Théoricien du cinéma, il a également publié de nombreuses analyses et critiques consacrées au Septième art. Depuis 1988, il se consacre essentiellement à la production et à la réalisation d'émissions culturelles pour la télévision allemande tout en continuant à signer des courts métrages.

Filmographie

Courts métrages

Réalisation

Monteur

Longs métrages

Conseiller artistique

Réalisation

Auteur de l'histoire

Voix off

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : Alexander Kluge / a cura di Sergio Toffetti e Giovanni Spagnoletti. - Torino : Museo Nazionale del Cinema : Goethe Institut : Lindau, 1994.
  • Ouvrage : Alexander Kluge / par Daniel Sauvaget avec la participation d'Ute Kirchhelle. - Paris : Goethe Institut : La Cinémathèque française, 1984.
  • Ouvrage : Alexander Kluge, Geschichten vom Kino / Suhrkamp Verlag - Frankfurt am Main, 2006
  • Ouvrage : Cinéma du réel, Paris, 29, 2007 : 29e festival international de films documentaires, du 9 au 18 mars 2007 / Bibliothèque publique d'information ; Centre Georges Pompidou. - Paris : Centre Georges Pomp
  • Ouvrage : Die Filme von Alexander Kluge / Rainer Lewandowski. - Hildesheim ; New-York : Olm Presse, 1980.
  • Ouvrage : Die Filmemacher : zur Neuen deutschen Produktion nach Oberhausen 1962 / Barbara Bronnen und Corinna Brocher ; mit einem Beitrag von Alexander Kluge. - München ; Gütersloh ; Wien : C. Bertelsmann, 1973
  • Ouvrage : From Hitler to Heimat : the return of history as film / Anton Kaes. - Cambridge : Harvard Univ. Press, 1989.
  • Ouvrage : Good bye Fassbinder ! : le cinéma allemand depuis la réunification : essai / Pierre Gras. - [Paris] : J. Chambon ; Arles : Actes Sud, 2010.
  • Ouvrage : Herzog, Kluge, Straub / mit Beiträgen von U. Gregor, R. Hohlweg, P.W. Jansen,... [et al.]. - München ; Wien : Carl Hauser, 1976.
  • Ouvrage : Jünger Deutscher Film (1960-1970) : il Nuovo cinema tedesco negli anni sessanta / a cura di Giovanni Spagnoletti. - Milano : Ubulibri ; [Torino] : Festival Internazionale Cinema Giovani, 1985.
  • Ouvrage : Le cinéma allemand aujourd'hui / Bernard Eisenschitz. - Paris : Documents, 1976.
  • Ouvrage : Lebensläufe / Alexander Kluge. - Frankfurt am Main ; Hamburg : Fischer, 1964.
  • Ouvrage : New German filmmakers : from Oberhausen through the 1970s / ed. by Klaus Phillips. - New-York : Frederick Ungar, 1984.
  • Ouvrage : Repubblica Federale Tedesca. - Venezia : La Biennale, 1982.
  • Ouvrage : Schule im Kino : Autorität und Erziehung vom "Blauen Engel" bis zur "Feuerzangenbowle" / F. Koch. - Weinheim ; Basel : Beltz Verlag, 1987.
  • Périodique : "Kluge, Karmaker, Nestler, etc. / Cyril Neyrat", Cahiers du cinéma n° 621, mars 2007
  • Périodique : "Le cinéma d'auteur / Dominique Bergouignan ; Laurence Gavron", Cahiers du cinéma n° 308, février 1980
  • Périodique : Cineforum, n° 162, février 1977
  • Périodique : Cinema e Cinema, v.13 n° 45, juin 1986
  • Périodique : Cinema Scope, n° 32, octobre 2007
  • Périodique : Cinema Sessanta, n° 156, mars 1984
  • Périodique : Film Comment, v.44 n° 3 , mai 2008
  • Périodique : Film Comment, v.10 n° 6, novembre 1974
  • Périodique : Filmfaust, n° 20, novembre 1980
  • Périodique : Filmfaust, n° 6, décembre 1977
  • Périodique : Filmfaust, n°7, janvier 1978
  • Périodique : Filmkritik, n° 240, décembre 1976
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 110, avril 1978
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 145, septembre 1982
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 154, novembre 1983
  • Périodique : Sight and Sound, v.18 n° 2 , février 2008
  • Périodique : Wide Angle, v.2 n° 1, janvier 1977
  • Périodique : Wide Angle, v.3 n° 4, janvier 1980
  • Site Internet : Alexander Kluge sur Filmportal.de (en allemand)
  • Site Internet : Kluge Retrospektive Paris 2013
  • Site Internet : Site Officiel de Alexander Kluge

Récompenses et nominations

  • 2008 - Prix pour l'ensemble de l'oeuvre - Deutscher Filmpreis (Berlin) - Obtenu
  • 1982 - Prix pour l'ensemble de l'oeuvre - Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica (Venezia) - Obtenu

Ressources média

Collections liées