Abdellatif Kechiche
Personnalité
Réalisateur, scénariste, interprète... : années 1980-2020
Nationalité : Tunisie
Naissance : 07/12/1960 - Tunisie - Tunis
Identité
Genre : homme
Naturalisation : France
Pseudonyme(s) :
- Abdel Kechiche
Fonctions : Réalisateur, Acteur, Scénariste, Adaptateur, Dialoguiste, Producteur délégué, Producteur
Biographie
Formation :
Il apprend son métier d'acteur au conservatoire de Nice, ou il suit des cours de comédie en 1977 et 1978. Assez vite il est engagé au théâtre et fait ses débuts sur les planches dans une adaptation de Fédérico Garcia Lorca Sans titre mis en scène par Muriel Channey à Nice en 1978, expérience qu'il poursuit avec Un balcon dans les Andes d'Eduardo Manet au Théâtre national de l'Odéon.Carrière :
Abdellatif Kechiche s’impose depuis vingt ans comme l’un des cinéastes les plus exigeants et exigeants du cinéma français, mêlant avec une rare force l’intensité émotionnelle, la représentation sociale fine et une esthétique naturaliste et sensuelle profondément ancrée dans la réalité humaine. Ses films, souvent longs et minutieux, explorent la complexité des corps et des sentiments avec un attachement particulier aux marges et aux voix minoritaires.
Après de nombreuses expériences comme comédien au théâtre, Abdellatif Kechiche débute au cinéma en 1984 en tenant le rôle d'un immigré algérien vivant de petits trafics dans Le Thé à la menthe d'Abdelkarim Bahloul, qu'il retrouve dans Un vampire au paradis (1992), un film fantastico-humoristique. Depuis il alterne les rôles au cinéma et au théâtre. On le voit notamment en gigolo dont Jean-Claude Brialy tombe fou amoureux dans Les innocents (1987) d'André Téchiné, dans Le secret de Polichinelle (1996) de Franck Landron, et tient le rôle principal dans Bezness (1992) de Nouri Bouzid, interprétant un jeune tunisien qui vit de ses charmes. Sa prestation est récompensée par le prix du meilleur acteur au Festival International de Damas et au Festival Francophone de Namur. En 2000, Abdellatif Kechiche passe derrière la caméra avec La Faute à Voltaire, une histoire d'amours contrariées sur fond d'immigration, et remporte le Lion d'or de la meilleure première œuvre à la Mostra de Venise. Il réalise avec peu de moyens son second film, un scénario qui dormait depuis treize ans dans ses cartons L'Esquive (2002), couronné par 4 Césars (dont meilleurs film, réalisateur et scénario), ou des jeunes des banlieues s'emparent d'un classique du théâtre français, "Le Jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux. En faisant se télescoper les mondes de Marivaux et celui des banlieues, il dévoile la dimension artistique de la cité et de sa langue. Il tient en 2003 le premier rôle dans La boîte magique de Ridha Behi. Tourné en 17 semaines avec un petit budget Sorry, haters (2005), de Jeff Stanzler, traite de la haine de soi avec en toile de fond les attentats du 11 septembre 2001. Après avoir évoqué la dureté de l'immigration dans La Faute à Voltaire, puis les quartiers populaires des banlieues avec L'Esquive, Abdellatif Kechiche donne avec La Graine et le mulet (2006), une représentation juste et réaliste des Français d'origine arabe de la classe ouvrière, dont les médias et le cinéma donnent une vision très étriquée. Le réalisateur y dépeint avec délicatesse des liens familiaux complexes et dessine des personnages forts, servis par d'impressionnants acteurs, pour certains non professionnels. Présenté à la Mostra de Venise, il obtient le prix spécial du jury, le prix Fipresci et le prix de la révélation pour l'actrice Hafsia Herzi. Le film qui obtient un vif succès auprès du public, se voit décerner le prix Louis Delluc récompensant le meilleur film français de l'année 2007, et remporte 4 Césars dont celui du meilleur réalisateur. Dans Vénus noire (2009), le cinéaste raconte l'histoire véridique de la Vénus hottentote, de son vrai nom Saartjie Baartman. Née en Afrique du Sud à la fin du XVIIIe siècle, cette jeune femme noire fut d'abord esclave puis emmenée en Europe où elle fut exhibée comme une bête de foire à cause de son physique singulier (fessier hypertrophié et appareil génital surdimensionné), avant d'être utilisée comme prostituée et sujet d'étude pour les scientifiques. Elle symbolise les ignominies perpétuées par l'occident. Après Vénus noire, Abdellatif Kechiche confirme son statut de cinéaste majeur avec La Vie d'Adèle - Chapitres 1 & 2 (2012), qui lui vaut la Palme d'or au Festival de Cannes. Ce long film explore avec une intensité rare une histoire d'amour entre deux jeunes femmes, portée par des interprétations puissantes d'Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. En 2016, il entame une fresque plus personnelle avec Mektoub, My Love : Canto Uno, premier volet d'une trilogie semi-autobiographique, mêlant jeunesse, quête identitaire et portraits humains dans un style naturaliste. Ce film marque une immersion dans un cinéma centré sur le détail et le temps suspendu. En 2018, il poursuit cette entreprise avec Mektoub, My Love : Intermezzo, suscitant débats et controverses quant à sa longueur et son montage, mais confirmant l'implication de Kechiche pour un cinéma exigeant et profond. Ces œuvres, à la fois sensibles et provocatrices, témoignent d'un artiste fidèle à son engagement cinématographique, explorant la complexité des corps, des sentiments et des trajectoires sociales.