Anna Karenina

Film

Anna Karénine

Julien Duvivier

Année de production :  1947

Pays de production : Royaume-Uni

Identité

Autres titres :

  • Anna Karenina (Titre de l’œuvre adaptée) (Russie)

Type d'oeuvre : Cinéma

Unité documentaire : Unitaire

Année de sortie dans le pays d'origine : 1948

Date de sortie en France :

  • 25/05/1949

Société(s) de production :

Numéro RCA / VISA : 7429

Classification :

  • Tous publics - 03/08/1948

Première : 22/01/1948 - Royaume-Uni

Sortie en salle : 27/09/1948 - Royaume-Uni

Description

Résumé

L'héroïne du roman de Tolstoï, Anna Karénine, est l'épouse sensible et jolie d'un haut personnage uniquement préoccupé de sa carrière. Aucune tendresse n'existe entre les époux ; leur enfant n'arrive même pas à attirer l'affection de son père. Anna s'affiche bientôt avec un parent, le comte Alexis Wronsky. Le mari, informé par la rumeur publique, songe à divorcer. Il pardonne à la vue de sa femme en danger de mort, mais n'en devient pas plus affectueux pour autant. Nouvelle rechute de la jeune femme. Elle revient plus tard voir son enfant et demande le divorce pour épouser son amant. Le mari refuse. Elle se jette sous un train.

Mots clés : Adultère, Relation conjugale, Suicide, Chantage, Noblesse, Divorce, Amour contrarié

Genre : Fiction

Genre(s) précis : Drame

Forme de l'oeuvre adaptée : Roman

Lieu(x) de tournage : Monterey

Date de tournage :

  • 01/05/1947 - 01/08/1947

Générique

Réalisation :

Écriture :

Musique :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 126

Métrage d'origine : 3429

Couleur/NB : Noir et blanc

Sonore/muet : Sonore

Procédé sonore : RCA Sound System (Mono)

Format d'origine : 35 mm (1,37)

Dans la presse

Panorama critique

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la critique n'est pas tendre. Le film était attendu, le tournage avait été largement médiatisé. Le résultat déçoit. « Le film de Sir Alexander Korda est un "film de prestige". Il a coûté près de 700.000 livres, et son tournage a pris presqu'un an. Quoi que le résultat soit techniquement irréprochable, que costumes et décors soient magnifiques, cela ne justifie pas le temps passé et l'argent dépensé », écrit, lapidaire, un critique.

Si un autre loue la « concentration » de l'action au tour du personnage d'Anna, il fait part du même sentiment déceptif : « Inévitablement, judicieusement, c'est Anna qui est en point de mire, et il faut admettre que, si, ce faisant, des pans entiers de l'histoire sont oubliés, cette focalisation volontaire ne semble ni déplacée, ni malvenue. Duvivier aime à montrer les aléas complexes de la vie, la cruauté fondamentale de la société et la solitude tragique de l'individu. Alors, pourquoi a-t-il transformé Anna Karénine en une histoire tristement dépourvue d'émotion, quoi que racontée avec élégance, entre une jolie dame et un grand jeune homme ? Le film de Korda est le parfait exemple de ce que la conjugaison de talents indéniables peut malgré tout échouer. Le film entier est une grande déception, qu'on pourrait aussi bien appeler "Saint Pétersbourg Express" ou "Escapade à Venise" sans choquer grand monde. Il n'y a là ni effroi, ni larmes. »

The Observer juge, avec un flegme tout britannique, que « Les scènes d'amour sont filmées avec autant d'émotion qu'un flirt dans un club de tennis, mais dans des costumes beaucoup moins hygiéniques. On est tenté de dire que même le meilleur réalisateur français ne peut pas dominer une troupe d'acteurs britanniques ».

Justement, les acteurs sont, dans cette production, les principaux accablés : « Cette nouvelle production est filmée avec goût et élégance. Elle a beaucoup de qualités, et certaines caractéristiques dont on peut se demander s'il s'agit de défauts ou de qualités. Mais elle a un défaut flagrant : M. Kieron Moore, un bon acteur irlandais, aux talents variés, mais complètement déplacé dans le rôle de Vronsky. Son Vronsky, pour son malheur, ressemble à un mur de pierres irlandaises, impossible à déplacer, difficile à contourner ou à franchir, et, sur ce mur, le reste de l'interprétation – Anna par-dessus tout – s'esquinte les tibias et se coupe les mains [sic]. C'est de la bel ouvrage. On ne se soucie pas de savoir si la reconstitution de la vie d'une famille russe, ou les extérieurs de Moscou ou de Saint-Pétersbourg, sont de parfaites copies de la réalité. Pour l'œil occidental, c'est de bout en bout convaincant. Mais, justement, tout cela reste froid, simplement du bon travail, singulièrement dépourvu d'émotion. Le vrai défaut est dans cette honnêteté, dans les excès de ce "bon goût". Le réalisateur s'efforce tout du long d'être fidèle à la lettre du roman de Tolstoï, il n'en restitue pas l'esprit ».

Le pauvre Kieron Moore est la cible de presque tous les commentateurs, même si « Melle Leigh » n'est pas épargnée. Le Sunday Times concède que « Tant de talent, de goût, de travail, de peine, ont été mis en œuvre pour réaliser Anna Karénine, qu'il est dommage d'avoir à écrire que le résultat est beau, magnifique même, mais ennuyeux », et ajoute : « Le roman est une étude monumentale sur une femme amoureuse, peut-être la plus parfaite jamais écrite. Le film n'est qu'un élégant drame en costumes, l'histoire d'une femme qui quitte un mari pharisaïque pour un bel officier, est rejetée par la société, et se suicide quand elle croit que son amant va l'abandonner. Vivien Leigh, tout à la fois poupée de porcelaine et très soupe au lait, qui fit merveille en Scarlett O'Hara, ne correspond pas au caractère universel, au contraire si adulte et si féminin, d'Anna ».

La froideur est reprochée dans presque toutes les chroniques, qui tout à la fois louent et déplorent le luxe de la reconstitution. Le critique du Sunday Graphic est l'un des moins virulents : « Pour moi, cette luxueuse production commence quand Kieron Moore, l'amant de Vivien Leigh, est projeté à bas de son cheval lors d'une course. Hélas, le réalisme et la vivacité de cette scène ne se manifestent qu'après une heure de film. Avant cela, je n'ai vu que des scènes somptueusement captées. Les lumières. Les danseurs. La caméra parcourant avec délectation de vastes et charmants décors, à la lueur des candélabres, peuplés de femmes habillées avec grâce échangeant des méchancetés. Si seulement le réalisateur en était venu au fait un peu plus tôt ! Regardons les choses en face : le récit de Tolstoï tourne autour de l'éternel triangle amoureux, qui hérisse tant les crétins d'Hollywood. Le film est imposant, beau, mais décousu. Il restitue fidèlement les grandes lignes du récit de Tolstoï, fait d'amours illicites et de châtiments, mais il ne va jamais très loin, et laisse curieusement de marbre. Vivien Leigh apporte à tout ce qu'elle fait une intelligence aiguë, et son interprétation est si belle et si achevée que ce n'est qu'avec réticence qu'on est obligé de constater que, tout simplement, elle n'est pas Anna. Cette beauté acérée qu'elle possède est faite de coups de colère plutôt que de véritables mouvements de l'âme. Elle est trop calculatrice, trop loin de la simplicité, pour incarner la détresse d'Anna ».

D'autres, comme le New Chronicle, sont plus brutaux : « Duvivier, avec Tolstoï, semble s'être égaré dans les batailles fantastiques auxquelles le tournage du film a donné lieu. Le décor domine. La profusion des détails propre à la reconstitution accable les acteurs, et fatigue le nerf optique. Le brio minutieux de la production, et notamment les costumes de Cecil Beaton, réussissent à créer un sentiment d'authenticité précieuse. Pourtant, Anna Karénine échoue complètement à rendre crédible l'époque et le lieu, là où un film plus modeste y parvient facilement. En parallèle à cet écœurement visuel, il y a l'échec de l'histoire, superficiellement fidèle, mais qui ni ne nous touche ni même ne nous intéresse qu'en de rares moments. On dirait que personne, dans le film, n'a compris (ou n'a pu montrer) le sujet même d'Anna Karénine. Les simplifications outrancières du scénario, et l'incapacité de Vivien Leigh à faire ressentir la moindre émotion rendent le dénouement complètement invraisemblable ».

Chacun y va de ses considérations sur la trahison de ou la fidélité au roman éponyme, et les avis peuvent être diamétralement opposés. L'un écrit : « Le film se déroule comme un poème dramatique, austère et didactique dans sa façon de montrer les faiblesses de la nature humaine. Je pense que le spectateur moyen, habitué aux conformismes du cinéma américain, trouvera que ce poème garde jalousement ses secrets, peut-être sans suffisamment d'émotion. L'histoire est racontée objectivement, sans se soucier d'impliquer le spectateur. Pour sa part, Melle Leigh traite le nouveau venu [Kieron Moore] non comme quelqu'un pour lequel elle brûle de passion, mais comme une mère de famille un jeune garçon qui se serait entichée d'elle. Pour moi, ils n'ont absolument rien en commun. Je voudrais les voir tous les deux "donner" plus. J'aurais voulu pleurer quand Anna est obligée de se séparer de son petit garçon. Je ne peux trancher pour savoir si ce marbre froid, inanimé, est complètement ou seulement en partie raté. Mais j'y retournerais encore et encore pour voir le visage de Melle Leigh si admirablement filmé, goûter une fois de plus à son sourire de Scarlett O'Hara et entendre sa si parfaite diction ».

Au contraire ou presque, un autre rapporte que : « Mes principales objections à Anna Karénine sont son coût et son caractère trop spectaculaire. Julien Duvivier peut admirablement filmer de miteux immeubles parisiens, et y faire vivre à ces personnages amours et tragédies, mais son art se révèle inefficace quand il s'agit de luxueux hôtels particuliers à Saint-Pétersbourg, ou de courses de chevaux, dans la Russie du 19e siècle. Par ailleurs, le film fait la part belle à la première partie du livre, aux dépens de la seconde. Vers la fin, les écarts par rapport au livre sont si nombreux qu'ils précipitent la désintégration du couple d'amants, qui survient presque trop rapidement. Kieron Moore n'est définitivement pas Vronsky. Quant à Vivien Leigh, elle n'est pas l'Anna de Tolstoï, mais reste – magnifiquement – Vivien Leigh d'un bout à l'autre du film. Elle échoue à dominer l'histoire aussi bien que le faisait l'Anna du roman, et parcourt le film avec une beauté et une aisance qui n'émeuvent guère ».

En bref, ils sont peu nombreux à parier sur son succès commercial, à l'instar de The Schoolmaster and Woman Teacher's Chronicle, journal bien-pensant qui « exécute » le film en croyant lui faire un compliment : « Une partie au moins de l'inintérêt ressenti pour le personnage d'Anna est due au manque de diversité de l'interprète, au-delà de l'attraction quasi-animale qu'exerce cette sorte de Cléopâtre à la George Bernard Shaw. Il est dû, encore plus, à la façon plutôt désinvolte dont le réalisateur traite les premières scènes, qui, pour certaines, se succèdent sans solution de continuité, en cela en contraste avec le rythme sûr du roman, et même avec le reste du film. On passe rapidement sur la présentation de la vie domestique d'Anna, et on dirait que Duvivier n'a pas laissé libre cours à son imagination, en voulant rester trop fidèle au roman. Sans aucun doute, ceux qui iront voir le film, parmi les vingt-cinq millions de spectateurs réguliers, le trouveront lent et plutôt ennuyeux, et blâmeront le réalisateur. Ils auront tort. Ce n'est pas le rythme qui manque au film, car au contraire, sa qualité essentielle est qu'il s'achemine lentement, mais inexorablement, vers son dénouement tragique. L'échec, il est dans l'incapacité d'utiliser les artifices cinématographiques pour magnifier l'histoire. Malgré toutes ses imperfections, Anna Karénine a pour autant cette classe qui le maintiendra à l'écart de ces productions à la mode, à base de crimes et de violence, plus excitantes, plus divertissantes ».

(Yves Desrichard, 2001)

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : CHURCHILL (Clarissa). - Julien Duvivier. - in : World of neighbours. - Contact Publications, 1947.
  • Ouvrage : ROULHAC (G. A.). - De Anna Karénine à la scène et à l'écran. - in : TOLSTOI (Léon). - Anna Karénine. - Bordas, 1948.
  • Périodique : Action, n° 244, 02/06/1949.
  • Périodique : BESSY (Maurice), Cinémonde, n° 682, 26/08/1947.
  • Périodique : BILLINGS (Josh), Kinematograph weekly, n° 2126, 29/01/1948.
  • Périodique : CHARENSOL (Georges), Les nouvelles littéraires, n° 1135, 02/06/1949.
  • Périodique : Cinémonde, Hors-série, 12/1947.
  • Périodique : GENOVA (Yvonne), Ce soir, 29/05/1949.
  • Périodique : JEANDER, Libération, 01/06/1949.
  • Périodique : Julien Duvivier tourne à Londre un film russe en hélicoptère, France-dimanche, 03/08/1947.
  • Périodique : LAGARDE (Pierre), Ciné-miroir, n° 946, 13/06/1949.
  • Périodique : LEJEUNE (C. A.), The observer, 20/01/1948.
  • Périodique : London Film Productions bulletin, n° 8, 22/08/1947.
  • Périodique : Monthly film bulletin, vol. 15 (170), 02/1948.
  • Périodique : MOORE (W. G.), The schoolmaster and woman teacher's chronicle, 05/02/1948.
  • Périodique : Motion picture herald, n° 171 (5.1), 01/05/1948.
  • Périodique : QUEVAL (Jean), L'écran français, 31/05/1949.
  • Périodique : RERY, Le franc-tireur, 28/05/1949.
  • Périodique : Sunday graphic, 25/01/1948.
  • Périodique : The sunday times, 25/01/1948.
  • Périodique : To-day's cinema, vol. 70 (5600), 23/01/1948.
  • Périodique : WINNINGTON (Richard), New chronicle, 24/01/1948.

Versions du film

Type de version :

  • Version étrangère / Version doublée - Anna Karénine - Français
  • Version sous-titrée - Anna Karenina - Français

Consultation

État dans les collections : Déposé

Lieux de consultation du film et conditions d'accès :

  • La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre