Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1927
Date de sortie en France :
- 08/04/1927
Société(s) de production :
Description
Résumé
Générique
Dans la presse
Panorama critique
Yves Desrichard :
Venant après Credo, mais surtout après Poil de carotte, L’Agonie de Jérusalem consacre Duvivier metteur en scène, même si Duvivier scénariste en laisse plus d’un sceptique. Pour Jean-Louis Croze, dans Comoedia, « M. Julien Duvivier se place décidément au premier rang de nos metteurs en scène… L’agonie de Jérusalem (…) est l’une des œuvres les plus marquantes de la saison cinématographique. C’est un sujet bien difficile que celui auquel s’est attaqué M. Duvivier et qui, traité avec moins de sûreté, eût couru le risque soit du ridicule, soit de l’exagération. Nous n’avons pas ici à juger la pensée confessionnelle qui a pu présider à la formation du scénario. Constatons seulement que ce scénario est vivant, dramatique, bien mené… L’histoire du Christ s’enlace… et se confond avec la moderne histoire du héros. Un moment même, Jean-Louis [Verdier] est mêlé, dans son hallucination, au Calvaire et aide le Christ à porter sa croix. Le symbole est audacieusement réaliste et chrétiennement mystique. C’est d’un art puissant et fort. La technique du réalisateur a atteint un grand souffle. Certaines pages sont de toute beauté, notamment l’émeute dans la réunion anarchiste… ».
Cinémagazine est plus circonspect, qui note que « Ce sujet a permis à Julien Duvivier de réaliser un film des plus curieux où toutes les ressources de la technique ont été mises à contribution. Si l’on peut demeurer insensible aux épisodes modernes du drame, la partie biblique n’en demeure pas moins extrêmement curieuse ». René Jeanne, dans Le Petit journal, évoque lui aussi la carrière montante de Duvivier, qu’il met en balance avec les faiblesses du scénario : « Il y a dans ce scénario autant d’ingénuité que de parti pris, et par là il ressemble à beaucoup d’autres qui ne peuvent pas avoir comme lui des prétentions morales. Mais du moins son auteur… ne cherche-t-il pas à dissimuler ses intentions au service desquelles il met un métier très sûr. Et c’est ce métier - notamment au sens dramatique indiscutable que possède M. Julien Duvivier - que le spectateur le plus hostile à la thèse développée dans ce film en supporte la projection sans gêne et y prend même intérêt… De quelque point de vue qu’on se place, L’Agonie de Jérusalem est proche parent du Miracle de Lourdes et le tempérament de M. Julien Duvivier s’y épanouit beaucoup plus librement et beaucoup plus avantageusement que dans un film mondain comme L’Homme à l’Hispano (…). Quant aux tableaux qui, au cours de la procession du Vendredi Saint, sont chargés d’évoquer pour le héros du film, le drame du Calvaire, ils sont composés avec une louable discrétion et ne rappellent pas trop le style des images de piété ».
Le Cinéopse ne juge pas le caractère dichotomique du film comme un de ses défauts, y voyant au contraire une preuve des ambitions du cinéaste : L’Agonie de Jérusalem se double d’un parfait documentaire des Lieux Saints. Il a fait pour son œuvre ce que fit Tissot pour l’illustration de sa Bible, il a revécu en quelque sorte l’action, il l’a reconstituée fidèlement aux endroits précis, s’inspirant de l’âme des choses pour en imprégner ses acteurs et la répandre sur toutes les visions merveilleuses surgissant sur l’écran (…) Pour L’Agonie de Jérusalem, il [Duvivier] a voulu tout composer du scénario et de la mise en scène afin de s’en tenir à une remarquable unité, de prendre plus d’aises pour intercaler dans son récit moderne l’évocation des pages anciennes narrées par l’Evangile et de celles des temps futurs, comme le Jugement dernier dans la vallée de Josaphat, qui relevait de l’Apocalypse… Il y a plus et mieux qu’un drame, qu’une étude de vie, qu’une profonde psychologie, c’est un hommage à l’art, un hymne superbe de foi, la glorification du sublime Evangile et cela vaut les plus éloquents sermons ».
Paris-Soir est plus œcuménique, qui considère le film comme « poignant, vigoureux, dont la poésie étrange nous émeut, à quelque confession qu’on appartienne ».
Enfin, on n’échappe pas à l’inévitable comparaison avec les cinématographies « ennemies », avec lesquelles, bien sûr, L’Agonie de Jérusalem se compare plus que favorablement. Dans L’œuvre, on indique curieusement que « L’artifice va parfois loin, mais sans le paraître ; c’est ainsi qu’un pugilat, du genre que pratiquent les filmeurs américains, paraît naturel. D’ailleurs, les mécréants de cinéma, susceptibles de conversion, se ressemblent tous ». Même supériorité dans La Cinématographie française, où l’on signale que « Certaines scènes atteignent le pathétique et dépassent par le grandiose les plus fameuses productions américaines », tandis que Paris-Midi gratifie Duvivier d’un compliment bien propre à le rasséréner : « La technique est remarquable. Duvivier s’est véritablement surpassé et il est allé bien au-delà de ce que l’art allemand avait pu nous donner ».
01/01/2001