Allo Berlin ? Ici Paris !

Film

Julien Duvivier

Année de production :  1931

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 1932

Date de sortie en France :

  • 19/11/1932

Société(s) de production :

Description

Résumé

Le téléphone étend son réseau dans le monde entier, et il n'est pas interdit d'y parler d'amour. Opérateurs et opératrices font partie de la machine, reliés par un casque à leur combiné, et aux fils qu'ils changent sans cesse sur les tableaux. Erich, opérateur berlinois, a une romance à distance avec Lily, une jeune opératrice française. Il lui annonce sa visite à Paris. Erich et Lily, au même instant, se font tancer par leurs chefs pour avoir tenu des conversations privées pendant leur travail. Erich doit repousser son voyage à Paris, et en avertit Annette, une amie de Lily. Mais celle-ci se fait passer pour Lily, et ne la prévient pas du retard d'Erich. Max, l'ami d'Erich, profite de la défection de ce dernier pour partir à Paris, accompagné de Karl. Lily vient accueillir Max, qu'elle croit être Erich, et Karl, à la gare. Elle les emmène en balade dans Paris. Ils visitent la ville dans un car en folie conduit par un chauffeur passablement ivre. Le guide qui commente la visite et les monuments est dans le même état. Max fait une cour pressante à Lily. ì la suite d'un malentendu, Karl est " embarqué " par une prostituée, quelque part devant les Halles. Il se perd et erre dans Paris, tandis que Max ne parvient pas à ses fins avec Lily. Erich arrive à Paris, accueilli par Annette qui l'emmène coucher dans son appartement, en tout bien tout honneur. Annette est effrontée, Erich plutôt intimidé. Ils vont ensuite au " Lapin agile ", puis au " Bal nègre ". Max poursuit Lily de ses assiduités, tandis qu'Annette essaie d'attirer Erich dans son lit. Un certain Durand fait irruption dans la chambre d'Annette, semble-t-il très jaloux. Il finit par s'en aller, et Erich, écoeuré, quitte Annette, tandis que Lily finit par chasser Max de son appartement. M. Jacques Dumont part pour Berlin, assister " à la réception en l'honneur du Président des républiques transocéaniennes ". Erich, de retour à Berlin, et Lily sont renvoyés, pour avoir encore tenu des conversations privées. Erich trouve un nouvel emploi de réceptionniste dans un hôtel de luxe, tandis que Lily accompagne Dumont à Berlin. Le président reçoit, sous une pluie diluvienne, un accueil triomphal. Ses mauvaises manières étonnent à la réception donnée en son honneur, dans l'hôtel où travaille Erich. C'est là que Lily rencontre par hasard ce dernier, et le suit, avec M. Dumont, dans un cabaret où il se rend avec des amis. Le cabaret est équipé de téléphones de table, et ce sont les dames qui y choisissent leurs cavaliers. Lily appelle Erich et ils finissent par se rejoindre sur la piste de danse. Comprenant qu'on l'a trompé, Erich se bat avec Max, et la confusion est bientôt générale. Mais l'amour finira par triompher devant un téléphone pour une fois décroché.

Générique

Réalisation :

Écriture :

Musique :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 89

Couleur/NB : Noir et blanc

Dans la presse

Citations


Panorama critique

Pour un film longtemps attendu, et même en retrait par rapport au chef-d’œuvre unanimement reconnu qu’était David Golder, la critique est plutôt élogieuse, et fort sensible aux aspects formels toujours aussi novateurs de Duvivier, ainsi dans Pour vous : « Le film qu’on nous a présenté aux Miracles est une comédie alerte et gaie qu’une musique trop copieuse eût alourdie inutilement, aussi se borne-t-elle en général à un accompagnement discret qui n’attire pas particulièrement l’attention du spectateur, mais qui, cependant, crée une atmosphère et ajoute encore au mouvement de la pièce. Sa tendance dominante est nettement humoristique, l’orchestration est souvent amusante, tel, par exemple, le dialogue franchement cocasse de deux instruments soulignant le dialogue parallèle d’une jolie Française et d’un jeune Allemand ».

Alors que René Clair triomphe, le rapprochement entre Allô Berlin ? Ici Paris ! et certaines de ses œuvres semble inévitable, ce que ne manque pas de souligner Lucien Wahl, toujours dans Pour vous : « M. Julien Duvivier a utilisé à bon escient l’invention des paroles non perçues parce que prononcées dans un local fermé et vitré, qui est due à René Clair. Les trouvailles, les traits que M. Julien Duvivier a semés dans son film ne dépassent jamais leur but, mais l’atteignent tous, et ce qui contribue encore à la valeur de Allô Berlin ? Ici Paris ! c’est l’égalité de ton. S’il y a des surprises, des éclats, ils n’ont pas l’air de morceaux de bravoure, ce ne sont pas des raccords, des intercalations, des “images d’auteur”. Unité de ton, diversité de faits et d’expression, mouvement continu en harmonie avec le sujet, acteurs excellents, tous serviteurs d’un film qui est un bloc ».

Et Pour vous de surenchérir : « On avait déjà vu des personnages de nationalités différentes parlant chacun sa langue et de telle sorte que le spectateur comprenait toutes les paroles, mais reconnaissons que le procédé fut rarement employé, car il exige, non seulement un sujet propice, mais une adresse et un tact peu fréquents chez les auteurs de film (…). Réussite gentille et comique et intelligemment sentimentale dans Allô Berlin ? Ici Paris ! (…). La comédie (…) n’est pas du cinéma approximatif, mais absolu. Entendons bien qu’on y parle et que des bruits y éclatent, mais jamais d’une façon plate ni avec prodigalité. Le mouvement y crée du rythme. Aucune bavure, et si, à deux ou trois endroits, les images menacent de faire longueur, elles se reprennent à temps. À d’autres moments, on effleure le scabreux et avec adresse on l’évite en amusant. Les épisodes se marient avec l’action individuelle. Par exemple, une réception grotesque à Berlin d’une personnalité caricaturale surprend d’abord par sa drôlerie et on la trouve aussitôt naturelle… Le film est un perpétuel tour de force où l’on ne remarque pas les efforts, où la virtuosité s’efface, où la sincérité s’affirme, où un style personnel subsiste… Les teintes obtenues par certains éclairages, des clairs-obscurs, les figures de personnages intermittents qui ne font que passer donnent une couleur particulière, une expression générale curieuse à ce film qui ne procède que d’une école – l’école cinématographique…

Même son de cloche dans Hebdo-Film : « Le film tout entier a été réalisé sur un ton humoristique très agréable ; certaines scènes atteignent même la grosse farce… mais elles conservent cependant dans les moments les plus cocasses, un style et une tenue qui prouvent suffisamment la maîtrise du réalisateur. On appréciera aussi beaucoup, je crois, la visite de Paris en autocar, renouvelée du film de Rimsky, Paris en cinq jours, et qui renferme quelques passages réellement irrésistibles ».

Et, déjà, c’est Alexandre Arnoux qui, analysant dans Les Nouvelles littéraires, en parallèle, Allô Berlin ? Ici Paris ! et Poil de carotte, livre la plus pertinente analyse du film : « Le muet, rattrapé par un hardi saut périlleux arrière, renaît de ses cendres, avec ses dogmes de la recherche de l’angle de prise de vues, de la séquence rigoureusement enchaînée, du chant et du contre-chant silencieux, le muet enrichi de bruits et de paroles, mais demeuré essentiellement lui-même…. Je me réjouis fort que Julien Duvivier ait lancé à travers le monde, de sa droite et de sa gauche qui s’ignorent, ces deux frères ennemis, qu’il ait accouché, en personne, fécondé par l’esprit d’une époque contradictoire, de deux jumeaux voués peut-être à s’exterminer, qu’il ait manifesté si clairement, à son insu sans doute, le paradoxe où vit le cinéma, proclamé, en servant Jules Renard, la suprématie immortelle de la littérature et de la syntaxe, et confessé, en imaginant les aventures graphiques de la téléphoniste parisienne et de son collègue berlinois, la défaite du vocabulaire oral et écrit, l’existence actuelle d’un univers d’images et la possibilité de communiquer par les formes, l’ombre, la lumière et leurs combinaisons innombrables, qu’il se soit montré si persuasif avocat, et de bonne foi, du pour et du contre, du Diable et de Dieu ».

(Yves Desrichard, 2001)

Bibliographie éditoriale

  • Périodique : AUSCHER (Janine), Pour vous, n° 211.
  • Périodique : CHAMPEAUX (Georges), La revue de France, 16/05/1933.
  • Périodique : Die Filmwoche, n° 12, 23/03/1932.
  • Périodique : Die Filmwoche, n° 13, 30/03/1932.
  • Périodique : FAURE (Jacques), Allô Berlin Ici Paris : roman ciné complet, Mon ciné, n° 566, 22/12/1932.
  • Périodique : Hebdo-film, n° 46, 26/11/1932.
  • Périodique : Illustrierter Film-Kurier, n° 1750, 1932.
  • Périodique : Kinematograph, n° 53, 16/03/1932.
  • Périodique : Kinematograph, n° 60, 26/03/1932.
  • Périodique : Kinematograph, n° 60, 26/03/1932.
  • Périodique : Morgenpost, 00/02/1932.
  • Périodique : Paimann's Filmlisten, n° 834, 01/04/1932.
  • Périodique : THOMASSON (Robert de), Pour vous, n° 214.
  • Périodique : WAHL (Lucien), Pour vous, n° 210.

Consultation

Lieux de consultation du film et conditions d'accès :

  • La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre