Allo Berlin ? Ici Paris !
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1932
Date de sortie en France :
- 19/11/1932
Société(s) de production :
Description
Résumé
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 89
Couleur/NB : Noir et blanc
Dans la presse
Citations
Panorama critique
Pour un film longtemps attendu, et même en retrait par rapport au chef-d’œuvre unanimement reconnu qu’était David Golder, la critique est plutôt élogieuse, et fort sensible aux aspects formels toujours aussi novateurs de Duvivier, ainsi dans Pour vous : « Le film qu’on nous a présenté aux Miracles est une comédie alerte et gaie qu’une musique trop copieuse eût alourdie inutilement, aussi se borne-t-elle en général à un accompagnement discret qui n’attire pas particulièrement l’attention du spectateur, mais qui, cependant, crée une atmosphère et ajoute encore au mouvement de la pièce. Sa tendance dominante est nettement humoristique, l’orchestration est souvent amusante, tel, par exemple, le dialogue franchement cocasse de deux instruments soulignant le dialogue parallèle d’une jolie Française et d’un jeune Allemand ».
Alors que René Clair triomphe, le rapprochement entre Allô Berlin ? Ici Paris ! et certaines de ses œuvres semble inévitable, ce que ne manque pas de souligner Lucien Wahl, toujours dans Pour vous : « M. Julien Duvivier a utilisé à bon escient l’invention des paroles non perçues parce que prononcées dans un local fermé et vitré, qui est due à René Clair. Les trouvailles, les traits que M. Julien Duvivier a semés dans son film ne dépassent jamais leur but, mais l’atteignent tous, et ce qui contribue encore à la valeur de Allô Berlin ? Ici Paris ! c’est l’égalité de ton. S’il y a des surprises, des éclats, ils n’ont pas l’air de morceaux de bravoure, ce ne sont pas des raccords, des intercalations, des “images d’auteur”. Unité de ton, diversité de faits et d’expression, mouvement continu en harmonie avec le sujet, acteurs excellents, tous serviteurs d’un film qui est un bloc ».
Et Pour vous de surenchérir : « On avait déjà vu des personnages de nationalités différentes parlant chacun sa langue et de telle sorte que le spectateur comprenait toutes les paroles, mais reconnaissons que le procédé fut rarement employé, car il exige, non seulement un sujet propice, mais une adresse et un tact peu fréquents chez les auteurs de film (…). Réussite gentille et comique et intelligemment sentimentale dans Allô Berlin ? Ici Paris ! (…). La comédie (…) n’est pas du cinéma approximatif, mais absolu. Entendons bien qu’on y parle et que des bruits y éclatent, mais jamais d’une façon plate ni avec prodigalité. Le mouvement y crée du rythme. Aucune bavure, et si, à deux ou trois endroits, les images menacent de faire longueur, elles se reprennent à temps. À d’autres moments, on effleure le scabreux et avec adresse on l’évite en amusant. Les épisodes se marient avec l’action individuelle. Par exemple, une réception grotesque à Berlin d’une personnalité caricaturale surprend d’abord par sa drôlerie et on la trouve aussitôt naturelle… Le film est un perpétuel tour de force où l’on ne remarque pas les efforts, où la virtuosité s’efface, où la sincérité s’affirme, où un style personnel subsiste… Les teintes obtenues par certains éclairages, des clairs-obscurs, les figures de personnages intermittents qui ne font que passer donnent une couleur particulière, une expression générale curieuse à ce film qui ne procède que d’une école – l’école cinématographique…
Même son de cloche dans Hebdo-Film : « Le film tout entier a été réalisé sur un ton humoristique très agréable ; certaines scènes atteignent même la grosse farce… mais elles conservent cependant dans les moments les plus cocasses, un style et une tenue qui prouvent suffisamment la maîtrise du réalisateur. On appréciera aussi beaucoup, je crois, la visite de Paris en autocar, renouvelée du film de Rimsky, Paris en cinq jours, et qui renferme quelques passages réellement irrésistibles ».
Et, déjà, c’est Alexandre Arnoux qui, analysant dans Les Nouvelles littéraires, en parallèle, Allô Berlin ? Ici Paris ! et Poil de carotte, livre la plus pertinente analyse du film : « Le muet, rattrapé par un hardi saut périlleux arrière, renaît de ses cendres, avec ses dogmes de la recherche de l’angle de prise de vues, de la séquence rigoureusement enchaînée, du chant et du contre-chant silencieux, le muet enrichi de bruits et de paroles, mais demeuré essentiellement lui-même…. Je me réjouis fort que Julien Duvivier ait lancé à travers le monde, de sa droite et de sa gauche qui s’ignorent, ces deux frères ennemis, qu’il ait accouché, en personne, fécondé par l’esprit d’une époque contradictoire, de deux jumeaux voués peut-être à s’exterminer, qu’il ait manifesté si clairement, à son insu sans doute, le paradoxe où vit le cinéma, proclamé, en servant Jules Renard, la suprématie immortelle de la littérature et de la syntaxe, et confessé, en imaginant les aventures graphiques de la téléphoniste parisienne et de son collègue berlinois, la défaite du vocabulaire oral et écrit, l’existence actuelle d’un univers d’images et la possibilité de communiquer par les formes, l’ombre, la lumière et leurs combinaisons innombrables, qu’il se soit montré si persuasif avocat, et de bonne foi, du pour et du contre, du Diable et de Dieu ».
(Yves Desrichard, 2001)
Bibliographie éditoriale
Consultation
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