Credo ou La Tragédie de Lourdes
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1924
Date de sortie en France :
- 01/08/1924
Société(s) de production :
Description
Résumé
Générique
Dans la presse
Panorama critique
Yves Desrichard :
Prélude à un grand succès public, la critique est pourtant partagée, mais les clivages sont plus idéologiques que cinématographiques. On passera rapidement sur les excès de certains, comme L’écho de Paris, qui proclame sans sourciller : « C’est un miracle de plus, après tous ceux que l’on a constatés depuis 60 ans, au pays de Bernadette Soubirou ». Pour Hebdo-Film, « Il [Duvivier] a merveilleusement présenté le combat de la science dressée devant la religion. Il a très habilement su tirer parti de l’étalage de toutes les misères que la douleur engendre. Certains tableaux sont poignants, où tous ceux que la science a abandonnés viennent brûler des feux de l’espoir et de la foi… tandis que majestueuse, la procession se déroule, composée de trente mille hommes recueillis ! ». De même, Jean-Louis Croze dans Comédia salue l’habileté du cinéaste : « L’action que réalise M. Julien Duvivier groupe adroitement autour du pèlerinage et de la grotte célèbres, des personnages représentant les opinions extrêmes ; science et foi s’affrontent, alors que de petites âmes simples, élevées en liberté sous l’œil de la nature font leur vie à travers le dévouement, la famille et l’amour… M. Julien Duvivier revient de sa prise de vues riche de beaux paysages, de grandioses cérémonies où la note mystique à l’humaine se mêle sans heurts, intéressant le regard et l’âme, et produisant une saine émotion, comme le moindre spectacle par l’art ou la nature fourni ». C’est que Credo s’efforce de provoquer chez le spectateur le moins disposé des réactions spécifiques, ce que note de manière posée Le cinéopse : « M. Duvivier nous donne la preuve qu’il est possible de réaliser des films de propagande religieuse qui, sans froisser aucune opinion, seront acceptés et applaudis dans tous les milieux. Il était bon que cette épreuve fut tentée… Il se propose ouvertement de donner raison au croyant et d’amener l’incroyant à subir l’ascendant du fait religieux le plus démonstratif : le miracle… ». Pour beaucoup néanmoins, le scénario jugé éhontément propagandiste est un obstacle majeur à l’appréciation du film - ou une condition de sa réussite, ainsi pour Cinémagazine : « Il est bien difficile de dire qui a fait les premiers pas : ou bien un metteur en scène industrieux, habile à faire sortir les capitaux des sources les plus surprenantes, ou bien des ecclésiastiques audacieux sentant tout le prix d’un moyen inédit à mettre au service de la propagation de la foi. Quoi qu’il en soit, on ne peut que se féliciter de voir le cinéma sacrifier à la propagande sous de tels auspices. Le premier pas du cinéma dans la voie de la propagande religieuse s’intitule Credo, sans doute pour que l’on ne puisse se méprendre à aucun moment sur le but poursuivi. Il semble même que l’écran se soit tenu à honneur de ne prendre personne en traître, qu’il ait voulu se mettre délibérément dans les conditions les plus défavorables pour mener à bout une besogne extrêmement délicate et, en somme, assez rebutante. Le réalisateur se borne, en effet, à développer ce lieu commun du grand médecin athée dont la science se trouve en défaut lorsqu’il s’agit de sauver la vie de sa propre fille et qui, après une lutte morale presque tragique, se rend devant une manifestation miraculeuse de la Toute-Puissance divine… Ce miracle, c’est lui seul qui est capable de donner au film sa force persuasive. Aucune faute de goût n’aurait été tolérable alors que l’on se trouvait cependant dans la nécessité « d’emmancher » un morceau joué par des comédiens dans un ensemble pris sur le vif… On ne pouvait faire nulle preuve meilleure de la valeur de l’écran comme prédicateur, et, à plus forte raison, comme avocat ou comme commis-voyageur. ». Plus d’un an plus tard, alors que le film a déjà connu le succès, le même Cinémagazine sera encore moins enthousiaste : « C’est un film de propagande pour Lourdes et je reconnais que les moyens employés, pour si directs qu’ils soient, peuvent avoir une action sur certains esprits. Si pourtant le film avait été meilleur, son influence aurait pu être considérable. Mais le scénario manque d’originalité et de force… En résumé, un film de conception faible et de technique fort inégale. Il sera mieux à sa place dans les patronages que partout ailleurs ». Paris-Soir reprend aussi à son compte, scrupuleusement, la notion de « film à thèse », mais ce sont des arguments plus prosaïques qui expliquent sa déception : « M. Julien Duvivier a joué la difficulté en choisissant un scénario qui ne peut manquer de rencontrer auprès d’un grand nombre de spectateurs une résistance sérieuse. M. Duvivier a pris la précaution de faire précéder la première des images de son film de quelques lignes chargées de nous avertir qu’il n’a pas pris parti pour l’un de ses personnages plutôt que pour l’autre et que la réalité s’est chargée de lui fournir les éléments de son œuvre. Malgré cela, certains ne pourront s’empêcher de voir en ce film le développement d’une thèse, ne serait-ce que parce que M. Duvivier n’a pas pu faire autrement que de terminer sa bande par un geste précis qui lui donne un sens difficilement niable… Il est… regrettable que M. Duvivier n’ait pas toujours très bien manié la lumière dont il disposait, car les visages de ses personnages sont souvent noirs et de ce fait perdent une partie de leur puissance expressive ».
01/01/2001