Le Mystère de la tour Eiffel
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1928
Date de sortie en France :
- 06/01/1928
Société(s) de production :
Description
Résumé
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Dans la presse
Panorama critique
Même si la réputation de Duvivier n'est pas encore celle d'un des « quatre grands » du cinéma français, la critique est parfois surprise de voir le nom du réalisateur de Poil de carotte accolé à cette production, où la part d'Alfred Machard lui semble décisive, ainsi de Cinégraphie : « Pour une fois que l'on demande à un homme, dont c'est le métier d'inventer des histoires, un scénario pour le cinéma, cet homme ne trouve rien mieux que de nous construire une trame d'aventure qui nous reporte à quinze ans en arrière ! L'expérience est vraiment malheureuse... mais ceci ne diminue en rien le mérite de Duvivier qui s'est débattu très honnêtement et souvent très adroitement - je pense à ces excellentes vues en mouvement qui donnent tant de vie - parmi ces nouveaux Mystères de New-York... M. Duvivier, vos frères Mironton sont peut-être amusants, mais je ne veux pas que vous gâchiez votre talent en amusettes pour le public. Si j'étais dictateur de cinéma, vous comparaîtriez devant mon tribunal ». Comoedia est comme toujours moins abrupt et l'on qualifierait aujourd'hui la critique de Jean-Louis Croze de « consensuelle » : « L'écueil des films à épisodes, c'est leur renouvellement même, l'inévitable répétition d'un scénario où l'on rencontre un traître, un héros dévoué, etc. Le mystère de la Tour Eiffel renouvelle très agréablement le genre, tout en étant une belle et intéressante production française. M. Alfred Machard a écrit le scénario, et l'on sait que M. Alfred Machard est l'un des écrivains qui comprennent et qui aiment le mieux le cinéma. La plupart de ses romans sont "adaptés" et il a même écrit des œuvres "cinéoptiques". Il devait donc construire un scénario adroit et vivant, quant au metteur en scène… il est superflu de rappeler ses productions, toutes animées d'un sens profond de la technique, d'une recherche de forme nouvelle, bref, des œuvres de haute classe, qu'il s'agisse du Miracle de Lourdes ou de Poil de carotte. Il eût donné vie à un scénario qui n'ait pas été ce qu'il est. L'intrigue est agréable et légère et, tout en s'inspirant des derniers perfectionnements de la science, est une spirituelle parodie des romans d'aventures… [L'histoire] est vive, amusante, volontairement puérile. Parodie spirituelle, disions-nous, et cependant originale pour le rôle qu'y jouent les inventions les plus modernes. La technique absolument remarquable de M. Julien Duvivier s'est donnée libre cours. Nous avons parlé des scènes qui furent réalisées sur la Tour Eiffel : rarement virtuosité fut plus éclatante, les prises de vues frappent par leurs angles audacieux. La première partie du film est légère, humoristique ; la seconde tranche par son étourdissante habileté. Et le tout forme une œuvre excellente ». Et Le Cinéopse de surenchérir dans la célébration patriotique : « Ce film à épisodes, plein d'une gaieté ironique, d'aventures surprenantes, de péripéties cocasses et merveilleuses, est admirablement construit pour faire longtemps la joie pleine et entière des populations. Le scénario est d'Alfred Machard... Tramel est, dans son double rôle, éblouissant de verve. La force populaire de son talent a de quoi s'exercer ici, et donner tous ses meilleurs effets... Peu de prétention, pas de pédantisme, mais de l'originalité, de la fantaisie, du goût, du mystère et du comique : un bon acteur pour mener le jeu ; avec cela nous disons que les foules internationales seraient bien sottes si elles boudaient leur plaisir. C'est en faisant de tels films, bien conformes au génie de notre nation, que d'une part nous gagnerons au cinéma l'immense majorité du public français et que tôt ou tard surpris de voir qu'on s'amuse et qu'on se plaît à nos productions, le reste du monde y viendra aussi. C'est le bon travail qui finalement est vainqueur de toutes les difficultés ». Même coup d'œil du côté de la production comique américaine dans Ciné pour tous : « Le réalisateur y [au scénario] a ajouté force détails et inventions secondaires qui rapprochent un peu Le mystère de la Tour Eiffel des pochades d'Harold Lloyd ou de Buster Keaton… Le mystère de la Tour Eiffel est un bon film gai. On lui fera fête dans tous les établissements populaires où Tramel est roi ». René Jeanne souligne que « c'est une véritable parodie des films policiers, genre Mystères de New-York, qui nous est ici présentée », tandis que Paris-Soir note qu'« il est difficile de distinguer nettement la parodie du roman filmé que l'auteur a voulu traduire à l'écran même », avant de mettre les choses au point : « En dépit de l'invraisemblance de certaines situations, on est pris dès le début entraîné malgré soi ; et ce n'est qu'au dénouement que l'on s'aperçoit qu'il ne s'agit en réalité que d'une aimable satire ».
(Yves Desrichard, 2001)