Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2009
Date de sortie en France :
- 28/01/2009
Société(s) de production :
Description
Résumé
Bojena Horackova, la réalisatrice, est Tchèque, exilée à Paris en 1980. Il y a quatre ans, elle décide, non pas de retourner à Prague, mais d'aller plus loin vers l'Est : vers Moscou, vers cette Russie à la fois honnie et fascinante qui a envahi sa ville en 1968, et donc provoqué par répercussion son départ du pays. Accompagnée de la chef opératrice Caroline Champetier, avec une caméra et un micro, elle prend des trains, des cars, rencontre des hommes et des femmes qui lui parlent de départs maintenant possibles, pas forcément souhaités, de l'exil de leurs enfants pour raisons économiques. Confrontant ainsi les motivations de son propre exil aux propos recueillis, elle se souvient de son arrivée à Paris, à 17 ans, sans rien en poche. Elle se souvient de sa soif de liberté intellectuelle et politique, des petits boulots pour survivre (modèle aux Beaux Arts, stripteaseuse...), des hommes de passage. Elle revoit aussi son mariage blanc avec Adrien, qui la poussa à faire des études de cinéma, les fins de nuits au Palace, la drogue, son grand amour, Lionel, mort d'une overdose. Son "moi" d'alors est incarné par Marta, jeune fille impassible, comme en vacance d'une vie qu'elle a pourtant désirée, et pour laquelle elle a pris le risque de l'arrachement. Tricoté une maille à l'envers du passé, une maille à l'endroit du présent, entre fiction rétro-biographique et rencontres d'aujourd'hui, ce film combine avec bonheur deux dispositifs intimement intriqués, unifiés par une même réalisation distanciée. Une sorte de retrait du personnage central (en elle-même pour le passé, de l'écran pour le présent) rend compte, à la manière d'une plaque sensible, de la difficulté et de l'intense nostalgie de l'exil. Marta est interprétée par une jolie actrice amateur tchèque, Patricia Chraskova, avec un minimalisme, presque une absence d'elle-même, qui dit l'attente d'un accomplissement. Cette partie, reconstitution poétique (souvent désenchantée) du départ et des premières années de la réalisatrice à Paris, met surtout en oeuvre, délicatement, des plans fixes et des ellipses qui s'articulent en glissandos permanents avec l'itinéraire présent. Le voyage, qui évoque parfois Les Rendez-vous d'Anna de Chantal Akerman, se partage entre défilement de paysages d'hiver derrière les vitres, gares et villes enneigées et entretiens en plans fixes. Filmée de dos, en profil fuyant, en bord de cadre, Bojena Horackova écoute. Le décalage entre les années 1980 (la résistance au communisme écrasant, la Charte 77, les départs sans retour, la liberté rêvée) et le ressenti des Russes (anciens oppresseurs, restés au pays, les changements qu'ils ont vécus, la rancoeur parfois), émergent par touches au fil des témoignages. La voix off de la cinéaste assure des bribes de narration. Il se dégage de ce projet très personnel et courageux, un charme poignant et une mélancolie aiguë portés par une réalisation modeste mais assez originale.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 85
Couleur/NB : Couleur