Kwon-taek Im
Personnalité
Réalisateur, scénariste, monteur : années 1960-2010
Naissance : 02/05/1936 - Changsong, Corée
Identité
Genre : homme
Naturalisation : Corée du Sud
Fonctions : Réalisateur, Scénariste, Adaptateur, Monteur
Biographie
Formation :
Im Kwon-Taek grandit à Gwangju (aujourd'hui en Corée du Sud). Ses parents sont des petits paysans imprégnés de tradition mais attentifs aux idées sociales qui se diffusent avec la partition de la Corée en 1948. Il connaît une enfance difficile. Sa famille, suspectée de sympathies communistes, est persécutée par le pouvoir politique de Corée du Sud. La Guerre de Corée, qui prend fin en 1953, laisse un pays en ruine. Fuyant la misère, Im Kwon-Taek quitte les siens et s'installe dans le grand port de Pusan, sur le Pacifique, où il passe d'un métier à un autre pour survivre. C'est par hasard qu'il entre dans le cinéma, en suivant à Séoul une équipe de tournage rencontrée en 1956. D'abord chargé des décors, il devient en 1958 l'assistant réalisateur de Chong Chang-hwa, spécialiste du film de genre.Carrière :
Im Kwon-Taek s'impose depuis plus de six décennies comme la figure majeure du cinéma sud-coréen, reconnu pour avoir façonné un imaginaire national mêlant tradition et modernité, et pour ses œuvres profondément ancrées dans l'histoire culturelle et sociale de la Corée. Lauréat de nombreuses récompenses internationales, il est célébré pour son art du récit qui mêle mélodrame, fresque historique et réflexion spirituelle.
Cinéaste prolifique, Im Kwon-Taek est l'auteur d'une œuvre plurielle qui a su capter la nature profonde de la Corée, saisie dans son passé et son présent. Im Kwon-Taek réalise en 1962 son premier long métrage, Au revoir, rivière Duman, un film d'action dont le succès lui ouvre les portes des puissants studios de cinéma coréens. Pendant plus d'une décennie, jusqu'à la fin des années 1970, il apprend son métier " sur le tas ", enchaînant à un rythme soutenu les productions de genre à petit budget (il tourne plus de 50 films de 1962 à 1973). Il est alors un " artisan de studio ", formé à la fabrication industrielle de divertissements populaires, mélodrames, films d'action ou de guerre, comédies ou reconstitutions historiques. En l'absence de télévision, le cinéma est à cette époque l'unique divertissement populaire. Mais c'est aussi et avant tout une entreprise commerciale : l'industrie cinématographique coréenne est alors déterminée par un système protectionniste et produit en masse des films à petit budget, tournés à toute vitesse pour remplir les quotas fixés par la loi. Im Kwon-taek participe à l'éclosion de ce cinéma national, à cette frénésie de production, en enchaînant westerns " mandchous " (L'Aigle des plaines, 1969), films de sabre (La Nuit de la pleine lune, 1969), mélodrames (La Seconde mère, 1971), ou films de gangsters (La Spirale des trahisons à Myeongdong 1971). Au milieu des années 1970, il est devenu l'un des fabricants de films les plus réputés de Choong Moo-ro, le quartier des studios de cinéma de Séoul. Le cinéaste avouera plus tard n'avoir eu, à cette époque, aucune ambition pour le cinéma, qualifiant d'" essais " ses 50 premiers films. Néanmoins, c'est au cours de cette période que son cinéma va connaitre une inflexion vers plus de créativité : en témoigne en 1972 Les Mauvaises herbes, un film déjà plus personnel, mais dont il ne reste que quelques photogrammes. Son inventivité s'exprime par une volonté de subvertir les conventions, d'imaginer des dramaturgies originales, et par une attention portée à des personnages qui transcendent leur nature de stéréotypes. Wangsimni (1976), du nom du quartier de Séoul où se rassemblent les déracinés et les marginaux, marque un tournant vers un cinéma d'auteur, de même que Généalogie (1978), dans lequel Im Kwon-taek accorde plus d'importance au regard qu'à l'histoire elle-même.
L'œuvre d'Im Kwon-taek ne se déploie pleinement qu'à l'aube des années 1980 avec la fin de la dictature militaire du président Park Chung-hee. Jusqu'ici technicien efficace, il va devenir un artiste à part entière, en bénéficiant de l'assouplissement du système cinématographique et politique sud-coréen qui se détache de la prescription des genres et de la fabrication en masse de programmes pour les salles. Au cours des années 1980, le réalisateur construit son univers en prenant ses distances par rapport au cinéma coréen traditionnel, sans le renier totalement. En effet, une des dimensions fondamentales de son œuvre est l'inclusion du passé dans le présent, la "friction" de l'archaïque et du moderne, du monde urbain et des campagnes ( Angemaeul, 1982). ll s'interroge sur le poids du bouddhisme et de la tradition confucéenne dans la société coréenne contemporaine. Dans Deux moines en 1981, la caméra d'Im Kwon-taek, dont les mouvements à la concision presque ascétique prennent plus de place que la trame du scénario, suit le parcours d'un moine bouddhiste, en lutte contre lui-même et contre son entourage. Gilsoddeum en 1985, et Le Ticket en 1986, sont deux films emblématiques de sa préoccupation sociale. À la fin des années 1980, la notoriété d'Im Kwon-taek commence à dépasser les frontières de la Corée. En France, le Festival des Trois Continents à Nantes contribue à sa reconnaissance en organisant une rétrospective de ses films. Mais c'est La Chanteuse de pansori (1993), sorti en France en 1995, qui révèle véritablement le cinéaste en Occident. S'inspirant, dans la forme, du pansori, un art vocal, narratif et musical traditionnel coréen, le cinéaste signe un vibrant mélodrame, doublé d'une fresque sur la Corée des années 1930. Im Kwon-taek analyse les souvenirs inconscients d'une chanteuse maltraitée par son père. Il construira sur le même modèle Le Chant de la fidèle Chunhyang (1999). Ce film est présenté au Festival de Cannes en 2000. Deux ans plus tard, Im Kwon-taek y connait la consécration en remportant le Prix de la Mise en scène pour Ivre de femmes et de peinture (tourné en 2001), portrait sensuel du peintre coréen Chiwaeson, qui tenta au XIXe siècle de briser la tutelle féodale de l'académie. Im Kwon-taek semble changer de registre en quittant les séductions du film à costumes avec La Pègre (2003), fresque intimiste qui dépeint un moment d'histoire de la Corée, des années 1950 à la fin des années 1970, à travers le portrait d'un petit truand. Loin des clichés de la reconstitution historique et avec une stylisation presque théâtrale, Im Kwon-taek expose les liens qui ont uni les milieux du banditisme et les différents gouvernements et partis politiques de la Corée du Sud depuis 1953. Le cinéaste poursuit son œuvre, avec Papier traditionnel coréen en 2010. Dans une tonalité plus intimiste, il tourne en 2014 Revivre, où il s'attache à l'aventure amoureuse extraconjugale d'un cadre d'une entreprise de produits cosmétiques confronté à la mort prochaine de sa femme légitime. Plus que jamais, son cinéma demeure porteur d’un imaginaire national entre passé et modernité, traversé par le regard d’un auteur libre et toujours prolixe. Unique pas sa longévité et son amplitude, l'œuvre d'Im Kwon-taek est l'ambassadrice du cinéma coréen dans le monde. Reliant monde moderne et tradition, celui qui a déclaré : " je cherche le mouvement dans l'immobilité " a construit pour sa génération un imaginaire collectif coréen moderne tissé de références historiques.