Carrière :
Avec sa frimousse blonde et piquante, avec sa voix de music-hall aux merveilleuses sonorités faubouriennes, Florelle a l'énergie de son innocence. Mais face aux vamps du cinéma muet, elle n'est que la Parigote qui n'a guère de chance de percer. Son jour de gloire arrive pourtant. En 1923, elle tourne avec Maurice Chevalier deux comiques d'Henri Diamant-Berger, Jim Bougue boxeur
et L'Affaire de la rue de Lourcine
. Puis partie rejoindre Henri Garat à Berlin, elle rencontre Georg Wilhelm Pabst qui l'engage après un bout d'essai pour L'Opéra de quat'sous
(1930) à la place de Madeleine Renaud d'abord pressentie pour le rôle. Et pour cause : non seulement Florelle chante à ravir les airs de Kurt Weil, mais elle illumine d'une incroyable présence un opéra. L'actrice devient une vedette. Encore dans un film de Pabst, L'Atlandide
(1932), elle exécute un inoubliable cancan. Vive, fraîche et insouciante, elle participe à une collection de films à l'image de sa bonne humeur (Ma tante d'Honfleur
, 1931, d'Henri Diamant-Berger ; Mariage à responsabilité limitée
, 1933, de Jean de Limur) et à des comédies musicales sorties tout droit de l'univers d'Albert Willemetz (Gagne ta vie
, 1931, de Berthomieu ; Les Surprises du sleeping
, 1933, de Karel Anton). Mais Florelle possède également une grande intensité dramatique. Petite femme de rien, vouée au sacrifice (Autour d'une enquête
, 1931, d'Henri Chomette et Robert Siodmak), elle s'enlaidit pour devenir Fantine, prise au piège de ses erreurs dans Les Misérables
(1933) de Raymond Bernard, une des meilleures adaptations de l'oeuvre de Victor Hugo. Enfin, elle incarne Valentine, la petite blanchisseuse qui, animée du courage de l'amour, sauve la vie de son homme (Le Crime de M. Lange
, 1935, de Jean Renoir) et s'enfuit à sa suite. Amants et voleurs
(1935) de Raymond Bernard la retrouve au côté d'Arletty en femme pétillante, tapageuse et ingénue, très proche de La Dame de chez Maxim's
(1931) d'Alexandre Korda. Mais Florelle, à force d'être sollicitée, gâche son talent dans un tourbillon de rôles insipides. Sixième étage
(1939) de Maurice Cloche achevé, elle connaît progressivement la disgrâce auprès des studios. Après un Maigret de Richard Pottier (Les Caves du Majestic
, 1944), elle part pour l'Afrique du Nord. A la suite d'une brève éclipse, elle revient à l'écran, mais désormais pour des apparitions éphémères qui la relèguent à l'arrière-plan (Oasis
, 1954, d'Yves Allégret). Gervaise
(1955) de René Clément, son dernier film avant une retraite définitive, témoigne pourtant de son talent demeuré intact.