Carrière :
Dans les années 1960, Christian Broutin est un affichiste reconnu et signe plusieurs affiches célèbres du cinéma de cette période.
Il est remarqué par Fernand Rivers, distributeur et futur réalisateur, qui lui commande alors, pendant deux ans, plusieurs affiches pour des westerns ou des films d'aventures. Fernand Rivers l'engage vivement à travailler pour Gaétan de Boissière (agence DEB), qui truste alors 80 % de la production d'affiches de cinéma en France. C'est à ce moment-là qu'il rencontre Clément Hurel, Guy Jouineau et Guy Bourduge, ou encore Jean Mascii. Christian Broutin adopte au début de sa carrière un style qui doit beaucoup à l'art de la plume. Ses dessins sont construits comme des gravures, avec des lignes précises, ciselées comme sur l'affiche de Gervaise
(René Clément, 1956). Une de ses compositions fait scandale : l'affiche "préventive" conçue pour le film de Marc Allégret Sois belle et tais-toi
(1957), un pastiche d'un tableau de Picasso qui propose un rapprochement détonnant entre une œuvre du Maître et le titre du film. Au début des années 1960, Christian Broutin travaille pour René Ferracci, alors chez Cinédis, autre agence de publicité pour le cinéma. René Ferracci se retrouve être le seul interlocuteur des producteurs et distributeurs de cinéma quand Cinédis disparaît, et prend alors l'habitude de solliciter des collaborateurs extérieurs. Les affiches sont ainsi signées de plusieurs noms (Yves Thos, Vanni Téaldi, Christian Broutin…). Broutin se lie d'amitié avec Ferracci, qui lui confie en 1963 les deux affiches du Jules et Jim
de François Truffaut. Après une première ébauche, qui reprend l'idée de papiers découpés montrant les trois protagonistes du film, Ferracci lui suggère : "non, maintenant Truffaut c'est devenu quelqu'un d'important, il faut faire un truc plus classique". Résultat : une maquette recentrée sur Jeanne Moreau. Avant de réaliser l'affiche, Broutin avait aussi visionné le film (contrairement aux pratiques de l'époque) et Truffaut avait donné son accord sur le visuel retenu. L'affichette, au départ sur fond rouge, sera finalement éditée sur fond blanc. C'est l'une des affiches les plus célèbres de Christian Broutin et elle obtiendra le prix Toulouse-Lautrec en 1963. Après 1966, Christian Broutin s'éloigne du métier d'affichiste, malgré une dernière composition en 1976 pour Chantons sous l'Occupation
(André Halimi).