1827. Beethoven meurt. Karl, son neveu, se souvient. Douze ans plus tôt, à la mort de son père atteint de tuberculose, le musicien, déjà célèbre, s'était battu pour avoir sa garde. Car aux yeux du compositeur, il n'était pas question que Johanna, sa belle-soeur, qu'il estimait femme de mauvaise vie, puisse faire l'éducation d'un enfant. De procès en procès, Ludwig avait gagné contre Johanna, et Karl avait donc vécu avec son oncle. Un oncle irascible et génial, veillant jalousement sur lui, capable de le mettre en pension et de venir s'installer juste en face pour être présent à chaque instant. Karl, pourtant, s'arrangeait toujours pour avoir des instants à lui, ne serait-ce que pour assouvir sa passion pour les femmes, passion violemment condamnée par son oncle, arguant de la syphilis jadis contractée par lui pour s'être comporté de la même façon dans sa jeunesse. Mais Karl s'en était moqué. Il avait même vécu le grand amour avec l'actrice Leonore avant que son oncle ne vînt provoquer la rupture et, par là-même, sa tentative de suicide. Une fois rétabli, Karl s'était engagé dans l'armée. Plus tourmenté que jamais, Beethoven était devenu presque insupportable, souffrant de sa solitude et de sa surdité. Et puis il était mort. Karl, aujourd'hui, est son légataire universel.