David Golder

Film

Julien Duvivier

Année de production :  1930

Pays de production : France

Identité

Autres titres :

  • d'après le roman "David Golder" (Titre de l’œuvre adaptée)

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 1931

Date de sortie en France :

  • 06/03/1931

Ressortie : 26/02/2025 - France

Description

Résumé

David Golder, grand brasseur d'affaires à la santé chancelante, travaille d'arrache-pied pour combler de luxe sa femme, sa fille et le vieil amant accepté par indifférence. La nouvelle que sa fille n'est pas de lui le révolte, il précipite sa ruine, entraînant avec lui tous ceux qui lui ont fait confiance. Repris d'affection pour sa fille qui pourtant ne le mérite guère, il repart vers la Russie traiter un important marché, mais meurt en route.

Genre : Fiction

Générique

Réalisation :

Écriture :

Musique :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 86

Couleur/NB : Noir et blanc

Sonore/muet : Sonore

Dans la presse

Panorama critique

La critique est quasi-unanime pour qualifier de « révélation » ce premier Duvivier parlant, comme le résume parfaitement Filma : « Pour un début dans la nouvelle formule, le consciencieux cinéaste du silence se révèle sans crier gare un des réalisateurs ayant le mieux compris et le plus habilement restitué ce style imagé qui cherche si diversement sa voie (…). Son découpage [du film] ne nous heurte nullement, car le roman qui se déroule sous nos yeux est distribué absolument comme un film muet. Nous passons d’une scène à l’autre sans qu’à aucun moment le scénariste n’ait recours à un de ses subterfuges si répandus dans bien d’autres films ». Cinémagazine n’est pas en reste : « Une œuvre puissante, âpre, dure. Une œuvre éminemment intéressante, réussie. Un très heureux compromis entre ces deux choses si dissemblables : le théâtre et le cinéma. Le livre d’Irène Nemirovsky possède tout ce qui pouvait tenter un homme de cinéma (…). La bande, que Duvivier a composée avec une rare intelligence, est d’une technique parfaite. On n’y parle que pour dire des choses nécessaires, et c’est encore du cinéma avec une grande variété d’angles, des mouvements, de l’air et de très beaux extérieurs ! La fin de Golder sur le bateau est d’une beauté poignante. Harry Baur a composé de Golder une silhouette merveilleuse. C’est un très grand artiste d’une puissance, d’une autorité et d’une sobriété qui l’égalent aux plus grands ».

Jean-Georges Auriol dans la prestigieuse Revue du cinéma, même s’il le fait avec réticence, ne peut que constater que, pour une fois, la puissance de la forme égale le fond dramatique du sujet traité : « On retrouve dans l’atmosphère et la façon d’utiliser une certaine somptuosité, une légère parenté avec les grandes productions UFA, et il n’y a pas lieu de s’en plaindre. Où ça ne va plus du tout, c’est quand Duvivier veut utiliser le pays basque à la fois comme cadre sentimental et comme rappel de la saine réalité de la terre (…). Dans David Golder, ces vues ne font pas à nos yeux trop de tort au reste car elles siéent à ravir au caractère de “jeune diablesse capricieuse et mutine” absolument détestable qu’a animé Melle Jackie Monnier. Cette actrice, qui s’est toujours montrée parfaitement insupportable, a cette fois réussi à faire du meilleur personnage du roman un être révoltant de sot cabotinage, de coquetterie énervée, de cynisme exaspérant et truqué (…). Le sujet féroce (féroce donc puissant ?) de ce film ne me touche pas, mais Duvivier a certainement réussi le film qu’il espérait, film qui en outre porte sur le public et garde un intérêt dramatique presque constant… Duvivier laisse à la fin son film se perdre dans une suite superflue de chœurs slaves [sic], et son dialogue est dangereusement attaqué par le bruit des machines de la sirène du navire où meurt le père Golder ». Comme à regret, il ajoute en note : « Tel que nous l’avons vu, David Golder est un véritable réquisitoire contre le capitalisme, et nous serions étonnés qu’il ne produise pas son effet : c’est en somme l’histoire d’un spéculateur qui gagne des millions pour entretenir par ricochet une bande de noceurs et qui, après avoir découvert la comédie, ne s’en décide pas moins à saigner cyniquement un gouvernement prolétarien pour assurer une existence opulente à une fille frivole dont il n’est même pas le père ».

Hebdo-Film souligne combien la prestation d’Harry Baur est décisive dans la réussite du film - voire trop décisive : « David Golder est un admirable “monologue” écrit pour un admirable interprète, beaucoup plus puissant, à mon sens, et presque aussi émouvant que Jannings. Le reste de la distribution semble écrasé par la figure centrale. Aucun des personnages, voire même Golder, n’est sympathique. Ah ! je vous assure qu’aucune fissure, dans ce drame cruel, ne permet à un joli sentiment d’anoblir la passion de l’or qui sert de pivot à l’action (…). Seulement, dame, un monologue qui dure une heure et demie, quel que soit le génie de l’artiste, laisse percevoir des longueurs ; et quand, comme ce fut le cas, l’artiste se souvient trop qu’il est, avant tout, homme de théâtre, ces longueurs s’accentuent à en devenir pénibles… Avec David Golder nous avons eu plutôt du magnifique théâtre que du vrai cinéma. Cela n’empêche pas l’œuvre d’être de tout premier ordre. Mais on eût ajouté à sa puissance encore en la resserrant par l’élimination de “temps” trop prolongés (…). Toute la dernière partie du film, peut-être la plus belle, est abîmée fâcheusement par un excès de vérisme qui tourne à la lassitude (…). Ces critiques faites, il demeure ceci : le film est une splendeur, une œuvre forte et de belle classe, qui aura, je le pense et le dis, un retentissement énorme, pour la meilleure gloire de notre production ».

Pour vous souligne aussi la noirceur de l’intrigue et des personnages, qui n’est pourtant qu’une totale fidélité au roman éponyme : « Sans doute a-t-il [Duvivier] brusqué la scène violente où Gloria Golder révèle à son mari que Joyce n’est pas sa fille. Dans le roman, Golder était déjà convalescent. Dans le film, il vient à peine d’avoir sa crise que l’atroce vérité lui est lancée en plein cœur, afin qu’il n’y survive point (…). On ne peut guère reprocher à ce bon film, dont la facture et le sujet évoquent la bonne manière allemande, qu’une certaine lenteur dans le mouvement de scènes épisodiques et surtout la noirceur même de l’intrigue… Quoi, pas un être sympathique, pas un sourire, pas une éclaircie, par la moindre détente (é) ? Évidemment ce n’est pas la faute de M. Julien Duvivier et, après tout, cette peinture naturaliste nous change des films à l’eau de rose saturés d’un optimisme puéril ».

Certains critiques ne résistent pas à la tentation curieuse de comparer le film et la pièce de théâtre, notamment celui d’Hebdo-Film : « La figure de ce petit juif, échappé d’un ghetto lointain et devenu une redoutable machine à faire de l’argent, a véritablement la grandeur, ou plutôt la consistance, d’un César Birotteau, d’un Vautrin, d’un Goriot. C’est une sorte de Nucingen transposé sur un plan moderne, aussi faux d’ailleurs que ceux sur lesquels romança le géant de lettres que fut Balzac. C’est une brute d’affaires, incapable de pitié et qui est surpris à en crever qu’on ne lui en témoigne pas ; car, au fond, il reste le principal sacrifié de l’histoire, lui le féroce sacrificateur. Aucun bon sentiment, aucun bel élan chez lui ne force notre émotion ; il nous intéresse… simplement parce qu’il est, comme on dit, une “force de la nature” (…). Il a, ayant tant participé à se le créer, l’entourage qu’il mérite et qui, fichtre, n’a rien de reluisant ! (…). La pièce de Nozière est tout à fait différente du film de Duvivier et je ne cache pas mon heureuse stupéfaction de ce manque absolu de similitude dans la conception et les moyens de réalisation des deux adaptateurs. Cette dissemblance est d’autant plus curieuse et intéressante, que pièce et film ont bénéficié, quant aux personnages principaux, de la même interprétation (…). Le David Golder [du théâtre] (…) est beaucoup moins “Emil Jannings” que celui du film. Il est, en revanche, plus près de nous et nous devons, loyalement, constater, reconnaître la supériorité d’emprise sur nous de l’acteur en viande sur l’interprète en boîte de conserve… Contrairement au film, l’action débute par un prologue qui se passe vingt ans avant tout le reste ».

Curieusement, peu soulignent l’ambiguïté du film quant au choix de personnages juifs, et même Jean Robin, dans Cinémonde, traite le sujet avec une relative désinvolture : « Voilà un drame de la vie israélite traitée avec respect et conviction. Nous voici loin des histoires juives et autres grosses plaisanteries dont les frères sont Jacob, Isaac, Lévy et Cie. Il y a ici un drame - des âmes et des cœurs qui souffrent, il n’y a pas de place pour les gaudrioles à la Gaudissart (…) La figure centrale du drame est donc celle de l’Israélite qui n’a pas trouvé la Terre Promise ».

La postérité critique du film, quant à elle, renouera avec ces ambiguïtés. Pour Mitry, « David Golder n’est donc pas ce constat impitoyable du capitalisme et de ces ravages que d’aucuns y virent : ce qui pourrait être une critique du capitalisme est reporté sur un seul individu. Son comportement n’engage que sa morale et sa conscience d’homme sans scrupules. On se garde bien d’aborder à travers lui ce dont il n’est qu’un rouage et on élude le procès en le rendant seul responsable des misères et de l’ignominie qui l’entourent. Dès l’instant qu’il est abandonné par les siens (…) il n’est plus qu’un pauvre homme de fripouille suscitant la pitié et la compassion qui conviennent au mélodrame ».

Noël Burch en donne une interprétation plus savante : « Première représentation marquante dans le cinéma parlant d’une figure de Père sacrifié, ce film a (…) le mérite heuristique d’associer l’apologie du libéralisme spéculateur à un certain antisémitisme “culturel” et le fantasme (à peine désavoué) de l’inceste père-fille à une misogynie sans faille (…). En clivant l’objet traditionnel de l’antisémitisme français en un bon objet (juif assimilé/fructificateur de capitaux) et un mauvais (“métèque”/thésauriseur improductif) [Soifer], le film accomplit en deux séquences le grand glissement idéologique qui au cours d’un siècle a peu à peu détaché l’antisémitisme et ses racines anti-capitalistes… La seconde opération du film consiste à recouvrir cet antisémitisme par la “simple” solidarité masculine dressée contre la gent féminine universellement prédatrice (…). Cette façon de faire de Baur avant tout une victime des femmes a pour effet de banaliser, de naturaliser à la fois l’apologie de la spéculation (présentée comme un jeu excitant et productif) et l’opposition antisémite entre bon et mauvais juif (…). Leurs prédations parallèles montrent bien que Gloria n’est que l’avenir de Joyce, et que c’est la proximité du jeune corps de cette ennemie-malgré-elle qui sera en fin de compte fatale au Père, incapable de résister à ses charmes parce qu’homme ».

Pierre Sorlin tempère lui aussi l’antisémitisme du film : « Le mélange entre la religion, la nuit, la mer [dans la scène finale] suggère que Golder vogue vers ses origines sémitiques. Les hommes barbus qui chantent des chants yiddish représentent le Judaïsme, mais ne donnent aucune indication au spectateur quant aux pratiques religieuses juives. On en retient plutôt que les juifs polonais restent des étrangers, là où Golder est un juif français parfaitement assimilé ». Ce que conteste d’une certaine manière Pierre Billard en notant que, « vu d’aujourd’hui », le « film qui ouvre la voie royale du cinéma parlant, dans une période marquée par l’antisémitisme et qui va connaître le génocide de la Shoah, a pour héros un juif désigné comme tel et mis en cause comme tel (…). En dépit de son évidente “innocence”, David Golder laisse aujourd’hui un certain sentiment de malaise ».

(Yves Desrichard, 2001)

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : NEMIROWSKI (Irène). - David Golder. - LGF, 1993. - (Le livre de poche, n° 2372).
  • Périodique : AURIOL (Jean-Georges), La revue du cinéma, n° 20, 01/03/1931.
  • Périodique : BERNER (Raymond), Madame Irène Nemirovsky... nous écrit au sujet du conflit survenu autour de son .uvre, La cinématographie française, n° 632, 1930.
  • Périodique : BERNER (Raymond), Un extraordinaire conflit à propos de David Golder, La cinématographie française, n° 630, 1930.
  • Périodique : BOISSY (Gabriel), Comoedia, 28/12/1930.
  • Périodique : CAIREL (Annie), Mon film, n° 102, 02/01/1931.
  • Périodique : Ciné-journal, n° 1124, 13/03/1931.
  • Périodique : Cinémagazine, n° 1, 01/1931.
  • Périodique : Ciné-miroir, n° 305, 06/02/1931.
  • Périodique : Cinémonde, n° 99, 11/09/1930.
  • Périodique : Comoedia, 11/11/1931.
  • Périodique : Comoedia, n° 6434, 31/08/1930.
  • Périodique : COUTISSON (Jean-Paul), Comoedia, n° 6336, 23/05/1930.
  • Périodique : COUTISSON (Jean-Paul), Comoedia, n° 6544, 19/12/1930.
  • Périodique : Filma, n° 276, 12/1930.
  • Périodique : Hebdo-film, n° 36, 06/09/1930.
  • Périodique : Hebdo-film, n° 52, 27/12/1930.
  • Périodique : La cinématographie française, n° 633, 1930.
  • Périodique : La cinématographie française, n° 746, 18/02/1933.
  • Périodique : La petite illustration : cinéma, n° 523, 11/04/1931.
  • Périodique : LEHMANN (Maurice), Comoedia, n° 6543, 18/12/1930.
  • Périodique : LEHMANN (René), Pour vous, n° 119, 26/02/1931.
  • Périodique : Mon ciné, n° 477, 09/04/1931.
  • Périodique : REUSSE (André de), Hebdo-film, n° 1, 03/01/1931.
  • Périodique : REUSSE (André de), Hebdo-film, n° 51, 20/12/1930.
  • Périodique : ROBIN (Jean), Cinémonde, n° 114, 25/12/1930.
  • Périodique : SAUREL (Louis), Mon ciné, n° 461, 18/12/1930.
  • Périodique : SICLIER (Jacques), Le monde, 27/09/1993.
  • Périodique : SICLIER (Jacques), Télérama, 18/03/1977.
  • Périodique : VERHYLLE, La double carrière de David Golder, Cinédia. - Cité dans : Ciné-journal, n° 1120, 13/02/1931.
  • Périodique : VERHYLLE, La double carrière de David Golder, Cinédia. - Cité dans : Ciné-journal, n° 1120, 13/02/1931.

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