Identité
Autres titres :
- d'après le roman "Le Petit roi" (Titre de l’œuvre adaptée)
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1933
Date de sortie en France :
- 21/11/1933
Société(s) de production :
Description
Résumé
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 90
Couleur/NB : Noir et blanc
Dans la presse
Panorama critique
Venant après une aussi brillante série de films, Le Petit Roi, quoi que de facture nettement inférieure, bénéficie de la part de la critique d'une mansuétude qu'on s'accordera à trouver surprenante, et dont témoigne Hebdo-Film : « Le Petit Roi est une production assez inégale qui comprend deux parties très distinctes, dont l'une, la première, n'est qu'une suite de belles, très belles images, mais rien d'autre, tandis que la seconde est remarquable d'émotion et de sensibilité… Un mot de la photographie, due… à l'excellent opérateur Thirard, pour dire qu'elle est remarquable et qu'elle contribue, pour une grande part, à créer les deux atmosphères si dissemblables que l'on trouve dans ce film ». Pour Les Nouvelles littéraires… c'est exactement le contraire : « Toute [la] première partie est très bonne, sobrement traitée. M. Duvivier a eu le tact d'éviter l'inutile magnificence et le mélodrame, a crayonné ses personnages à traits larges et précis, composé une atmosphère poignante de brouillards et de murailles, a traduit par l'image l'étouffement graduel de son pathétique héros. Je dis bien par l'image, et je souligne à dessein, quoique cette expression puisse paraître superflue et tautologique quand il s'agit d'un ouvrage de cinéma. Par le temps qui court, c'est un grand éloge et qu'on a rarement l'occasion d'adresser à un metteur en scène. Ici, l'auteur a travaillé dans un sens résolument visuel ; il ne s'est pas fié aux seules vertus de la parole ; il a respecté les traditions de son art… La seconde partie, qui est habile et un peu larmoyante, me séduit moins. Après un intermède pastoral où M. Duvivier promène son appareil sur la mer, les pins et les collines, sorte de liaison et de repos qu'il goûte fort et qui caractérisent son style… nous retrouvons le Petit Roi dans le Midi… On voit que cette fort agréable comédie sentimentale, ensoleillée de la fin doit avoir quelque mal à équilibrer le sombre et fantastique récit légendaire du début. C'était la difficulté, peut-être insoluble, d'un sujet de cette nature, qui ne comporte pas de continuité de ton. Mais le spectateur n'y regardera pas de si près ». Certes, et le critique non plus apparemment, comme en témoigne, dans Cinémagazine, les étonnantes dispenses que s'accorde à lui-même un certain G. Cohen : « La haute technicité d'un metteur en scène tel que Julien Duvivier est indiscutable. Ce n'est pas de ce côté que doivent se diriger les critiques. Pas plus d'ailleurs que du côté de l'interprétation… Dispensons-nous donc des légères critiques de détail que mériterait ce film ». À tout prendre cependant, on préfère cette « pudeur » aux hyperboles du Figaro : « L'audace est le propre du talent de Julien Duvivier ; en plein milieu de ce film, il passe, sans heurts, de l'ombre à la lumière, du pays des cauchemars en celui des rêves heureux : après avoir interprété Lichtenberger à la manière de Shakespeare, il le traite dans le style d'un Guide bleu. Michel 1er, roi de Ponanie, est un Hamlet de douze ans – un Hamlet sans Ophélie : en ce pays lugubre, la douce folie était le choix entre beaucoup d'étangs pour se noyer, par “spleen” et sans attendre les déceptions de l'amour… Robert Lynen personnifie avec une singulière majesté cet enfant grave et pâle, prisonnier par raison d'État en le plus terrifique décor… » Seul Jean Vidal, dans Pour vous, d'habitude plus indulgent, vient contrarier ce finalement presque unanime concert : « Je suppose que l'idée d'adapter au cinéma le roman de André Lichtenberger est née du succès remporté dans Poil de carotte par le petit Robert Lynen… C'est généralement dans le choix du sujet que consiste la plus grave erreur d'un film, la seule parfois… Quels que soient les dons et la sensibilité du petit Robert Lynen, il était peut-être imprudent de lui faire supporter, à lui tout seul, un aussi lourd fardeau. C'est pourquoi, en dépit du talent déployé par M. Julien Duvivier pour animer cette touchante histoire, son film présente des trous, des longueurs qui délayent l'émotion et provoquent un déséquilibre un peu gênant ». Pourtant, l'objectivité oblige à conclure sur l'étonnante critique que, dans le prestigieux Le Temps, fait le non moins insoupçonnable Émile Vuillermoz : « Voici un film d'une qualité très particulière. Il faudra suivre avec curiosité sa carrière commerciale et observer avec attention les réactions du public en face de cette réalisation. Car si la foule contresigne cette forme de spectacle, la plupart des dogmes réputés infaillibles de nos studios vont s'écrouler. Nous saurons enfin s'il est exact que le public français ne peut pas s'intéresser à une action sans outrance, à une intrigue développée dans la demi-teinte, à des sentiments délicats et attendrissants, à des dialogues qui ne sont pas à l'emporte-pièce et à une psychologie de bonne compagnie. En un mot, nous saurons si l'“esprit Lichtenberger” peut vraiment se substituer sans péril à la grosse dramaturgie en série que l'on nous présente comme une condition absolue de succès. Le Petit Roi, en effet, malgré l'ambiance, pas trop effrayante, d'une révolution dans un pays d'opérette, est surtout l'histoire d'un enfant, d'un “petit d'homme”, chez qui l'instinct du bonheur entre en lutte avec l'auguste destinée que lui impose sa naissance… Le rythme est, sans doute, un peu lent et pourrait aisément être resserré, mais la mise en scène est toujours extrêmement soignée. La scène de la procession dans la cathédrale est réalisée dans un excellent style cinégraphique. Les images, d'ailleurs, sont toujours d'une belle qualité. Toute la partie qui se passe sur la Riviera présente des détails d'éclairage et de composition qui enchanteront les regards des honnêtes gens avides d'air pur et de soleil. D'un bout à l'autre, Julien Duvivier affirme la solidité de son métier et la pondération de son goût. Si le mot “style français” a un sens, c'est ici qu'on peut en avoir la notion la plus objective ».
(Yves Desrichard, 2001)