Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1932
Date de sortie en France :
- 02/11/1932
Société(s) de production :
Description
Résumé
Genre : Fiction
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 80
Couleur/NB : Noir et blanc
Dans la presse
Panorama critique
Entre la comparaison avec la version muette du même et les interrogations renouvelées sur la « trahison » des scénettes de Jules Renard, la critique hésite, à l’image de Cinémagazine : « Avec Poil de carotte, Julien Duvivier nous a donné un film qui sort de l’ordinaire. Un peu froid sans doute et sensiblement trop lent dans sa première partie, mais où des fragments d’une fraîcheur étonnante ou d’une réelle puissance dramatique se font jour… ». Pierre Bost, dans Les Annales, est plus précis et plus analytique : « Les caractères de Poil de carotte sont si nettement dessinés que la finesse même de leurs traits les rend très propres au grossissement dramatique…. Si le film garde quelque chose de décousu, les morceaux en sont excellents. L’atmosphère des Lepic est recréée par petites scènes et petits dialogues, où les silences, si utiles dans les querelles, sont très habilement utilisés… L’utilisation du plein air (qui conduit parfois – attention ! … – à quelques recherches “artistiques” un peu carte postale) est pourtant, en général, habile. Le morceau de bravoure (il paraît qu’il en faut un dans tout film parlant), qui nous montre Poil de carotte et sa petite amie “jouant au mariage” dans les prés, est trop long et trop soigné, mais il est pourtant d’une bonne veine. Il est bien difficile, en France, de parler d’enfants sans jamais tomber dans le “mignon” ; j’en veux un peu à M. Duvivier d’avoir fait parfois quelques concessions à ce rite, mais je lui pardonne en pensant à tant d’autres scènes où il a été dur autant qu’il le fallait ». Alexandre Arnoux, dans une critique croisée de Poil de carotte et de Allô Berlin ? Ici Paris ! s’attache justement au soin technique apporté par Duvivier à sa réalisation : « Poil de carotte, ce serait, si l’on veut, une trame littéraire et psychologique rendue sensible à l’œil, tandis que Allô Berlin ? Ici Paris composerait en réplique un divertissement de l’œil dont le langage, rare et volontiers peu expressif, se contenterait d’expliquer les péripéties et de trancher les nœuds… Le parlant amené à ce point de perfection où il peut librement jouer à deux parties, les entrecroiser, porter l’accent tantôt sur le discours oratoire, tantôt sur le visuel, associe et conjugue l’objectif et le micro… Poil de carotte, sujet difficile, vétilleux, exigeait de la sûreté, de l’audace, la délicatesse et la fermeté de la main, de l’esprit, de l’invention, de l’humanité et du style. Rien n’y manque ». Toujours sur la technique, Pour vous montre combien elle apporte à l’expression du texte : « Il n’y a pas d’ellipses, de raccourcis dans ce que l’on montre à l’écran, mais il en subsiste dans le texte. Et ce que Poil de Carotte raconte dans la pièce, nous le voyons ici, dans un autre ordre certes, mais en fidèle amitié avec l’esprit même du sujet, simple et déchirant – procès, non de la famille, mais de la mauvaise famille, et inspiré par des souvenirs, comme le Jacques Vingtras de Vallès… Contrairement à ce qui se passe dans la pièce – qui est très serrée – Poil de Carotte… se trouve là en même temps que son frère et sa sœur… M. Duvivier invente des ombres quand le petit garçon a peur de “fermer les bêtes”, le soir, et c’est un ballet. Il se sert du procédé du silence derrière les vitres et de celui des deux voix d’un seul personnage, mais sans copier M. René Clair qui les a apportés au cinéma. Et il y a de l’air dans Poil de carotte, du mouvement, de la campagne qui n’est pas d’opéra-comique, car les vrais paysages n’y sont pas, comme ailleurs, accompagnés de chœurs qui devraient ne pas quitter le théâtre de chant des siècles passés ». C’est qu’il ne s’agit pas d’oublier que Poil de carotte, c’est, avant tout, l’histoire d’un enfant qui souffre – François : « D’un bout à l’autre de son film » rapporte Cinémonde, « le petit Poil de carotte souffre. Il souffre non pas parce que les grandes personnes sont, à son égard, foncièrement malveillantes, comme dans les romans de la Bibliothèque Rose, mais simplement du fait d’un décalage. Il a douze ans, ses parents en ont quarante et cinquante. Quel bon goût, quelle délicatesse, quelle méticuleuse honnêteté dans ces images ! Rien qui choque, rien qui soit du mélo… Duvivier se garde bien de faire, des parents et des grandes personnes, des monstres : il nous les présente tels qu’ils sont, avec leur vrai visage, ces bourgeois de province qu’une dignité mal comprise interdit de se pencher comme il faudrait sur les âmes tourmentées… des enfants. Il les excuse en quelque sorte, mais sans épargner une transcription hardie et juste de leurs tares ». Curieusement, La Revue hebdomadaire, proclamant la fidélité à Jules Renard, accentue jusqu’à l’excès cette tendance « relativiste » : « [Poil de carotte] devient néanmoins une histoire d’enfant martyr, ce qui n’était pas dans les intentions de Jules Renard. Du moins, dans le livre, cet enfant martyr, je ne dirais pas qu’on approuve qu’il le soit, mais il est si décourageant ! “La vilaine et sauvage tête de Poil de carotte”, dit Jules Renard, “sa laide figure à claques”. Et il ne place pas ces mots dans la bouche d’un personnage, il exprime là son propre avis d’auteur. Qu’on est loin du charmant Robert Lynen ! J’aurais aimé que M. Duvivier cherchât un Poil de carotte qui eût ressemblé aux dessins de Félix Vallotton, parus dans l’édition de 1902. Ou bien à un portrait de Jules Renard enfant… Tout cela… fait un autre Poil de carotte, un petit parisien déluré et sensible, comme madame Catherine Fonteney fait de madame Lepic une bigote de grande ville, compassée, prétentieuse, qui détonne au milieu des paysans dont monsieur Lepic va devenir le maire, alors qu’en réalité, elle est une nivernaise, cordon bleu, et vêtue autrement que de noir. Monsieur Harry Baur, lui, est le vrai Lepic, et ce rôle comptera dans sa carrière ». Car, une fois de plus, on célèbre le choix d’acteurs de Duvivier, et Robert Lynen reçoit, ailleurs, sa part d’honneur, ainsi dans Ciné-Miroir : « Le premier mérite de M. Julien Duvivier, et l’une des raisons de son vif succès, est d’avoir fait jouer le rôle de Poil de Carotte par un garçon… Le metteur en scène s’est méfié à bon droit des enfants acteurs… Dès qu’il a paru, Robert Lynen, comme César, a vaincu ; mais pas avec les mêmes moyens heureusement. Ses armes sont la sincérité et la simplicité ».
(Yves Desrichard, 2001)