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Les débuts dans le court métrage d’Henri Verneuil
09/02/2026
Connu pour avoir réalisé plusieurs grands succès du cinéma populaire, parmi lesquels "La Vache et le prisonnier", "Mélodie en sous-sol", "Le Clan des Siciliens", "Peur sur la ville", Henri Verneuil (1920-2002) est considéré comme le réalisateur français ayant réuni le plus de spectateurs dans les salles françaises avec plus de 91 millions d’entrées cumulées. Cet immigré arménien a fait ses armes derrière la caméra entre 1947 et 1951 en signant une vingtaine de courts métrages, dont la plupart ont été restaurés par le CNC.
Les premiers pas d’un immigré à Marseille
Fuyant le génocide arménien avec ses parents, Henri Verneuil, de son vrai nom Achod Malakian, débarque à Marseille en 1924. Il y passe ses jeunes années, se destinant dans un premier temps au métier d’ingénieur-mécanicien. En 1944 il bifurque vers le journalisme et travaille pour le mensuel « Horizons » et pour « La Marseillaise », un ancien journal de la Résistance.
Il devient par ailleurs critique de cinéma à « Radio-Marseille », mais cette activité ne dure qu’un temps. En 1947, il signe la réalisation d’un court métrage dont il a lui-même écrit le scénario, les dialogues et le découpage. Marcel Sicard, Fernand Millaud et Jean Fourel le secondent pour les textes du commentaire. Le film, intitulé Escale au soleil, est sélectionné au festival de Cannes. Il dépeint Marseille loin des clichés et du pittoresque habituels.
Fernandel prête bénévolement son concours à cette représentation de la ville, ayant travaillé à plusieurs reprises avec le producteur, Ayres d’Aguiar.
La carrière de réalisateur d’Henri Verneuil est lancée. Verneuil choisira trois orientations pour affûter sa technique : le film de music-hall, la fiction et, dans une moindre mesure, le documentaire.
Fernandel et Henri Verneuil
Le goût du spectacle : les films de music-hall
A partir de 1948, Verneuil met en scène une série de films dits « de première partie » dans lesquels apparaissent bon nombre d’artistes de l’époque : le musicien cubain Eduardo Castellanos dans Cuba à Montmartre (1948), Jacques Hélian dans Rythmes de Paris (1948) et Une journée avec Jacques Hélian et son orchestre (1949), Dario Moreno et André Claveau dans La Kermesse aux chansons (1949), Eddie Constantine dans Les Chansons s’envolent (1950) ou encore Jacques Pills dans Compositeurs et chansons de Paris (1951). Dans ce dernier titre, Henri Verneuil apparaît lui-même dans le rôle du metteur en scène !
Les sœurs Étienne dans Les Chansons s’envolent (1950) / Patrice et Mario dans La Kermesse aux chansons (1949)
Avec cette série de courts métrages, auxquels s’ajoutent Fantaisies pour clarinette, Musique tropicale et Variétés, Henri Verneuil rejoint la petite cohorte de réalisateurs comme Antoine Toë, Henri Cerutti, Jean-Jacques Delafosse ou encore Stany Cordier qui, dans l’immédiat après-guerre, proposent aux salles de cinéma des intermèdes musicaux avant la projection du grand film. Par exemple, La Kermesse aux chansons, produit par Jason-Latino Consortium Cinéma, est projeté avant Plus de vacances pour le Bon Dieu de Robert Vernay, produit également par Jason-Latino Consortium Cinéma.
Compositeurs et chansons de Paris (1951)
Apprentissage du récit : les fictions courtes
Henri Verneuil peaufina son sens de la narration dans le domaine de la fiction. Après avoir été l’assistant de Robert Vernay sur le long métrage Véronique, il tourne successivement, pour le compte de la jeune société de production Roy Film, Un juré bavard, 33e chambre et Les Nouveaux Misérables (1949). Il s’agit de trois sketches bon-enfant dans lesquels des comédiens habituellement cantonnés aux petits rôles, comme Paul Demange et Pauline Carton, se trouvent propulsés au premier plan. La même année, Verneuil propose un autre sketch : A la culotte de zouave, pour Gray Film cette fois. C’est une petite fantaisie qui égratigne les techniques de vente en montrant un vendeur incompétent interprété par Rellys.
Toujours dans le registre de la comédie, Henri Verneuil tourne À qui le bébé ? (1950), interprété par Pauline Carton, et deux films avec Jean Carmet dans le rôle d’Onésime Ballotin, un personnage créé à la radio par Max Régnier et Pierre Ferrary : On demande un bandit et L’Art d’être courtier.
Il adapte également Henri Troyat, un auteur qu’il retrouva des années plus tard sur des longs métrages avec Fernandel dans Maldonne (1950). Il met en scène un veuf confronté à toutes sortes de tracas administratifs lorsque sa femme revient sur terre. Verneuil poursuit avec Pipe-chien (1951), histoire d’un chien de cirque dont le commentaire est assuré par François Périer. Notons qu’une adaptation de ce récit de Francis Jammes avait été déjà envisagée par Jean de Limur en 1939.
Enfin, en 1951, Henri Verneuil réalise Un curieux cas d’amnésie, autre sketch de Max Régnier, interprété cette fois par le duo comique Pierre Dac-Francis Blanche, qui venait de remporter un immense succès sur scène dans le spectacle « Sans issue ». Les deux hommes se livrent ici à un échange verbal particulièrement loufoque, l’un interprétant un médecin et l’autre un patient totalement amnésique.
Au centre : Paul Demange dans Un juré bavard (1949)/ Jean Carmet dans On demande un bandit (1950)/ Pipe-chien (1951)/ Francis Blanche et Pierre Dac dans Un curieux cas d'amnésie (1951)
Entre fiction et réalité : les documentaires
Même lorsqu’il se consacre au genre documentaire, Henri Verneuil ne s’éloigne jamais très loin de la fiction. Escale au soleil, consacré à la ville de Marseille, est ponctué de scènes où Fernandel interpelle des touristes parisiens et, dans Entre deux trains (1949), des voyageurs ratent leur train en gare d’Annemasse, prétexte à découvrir les beautés de la région. Verneuil profita d’ailleurs de ce séjour en Haute-Savoie pour tourner, dans les environs de Sixt et de Passy, La Légende de Terre-Blanche, illustration d’un conte de Noël.
Notons enfin que, l’année précédente, le cinéaste, sous son nom de naissance Malakian, avait consacré un reportage à Avedis Aharonian, homme politique arménien en exil à Marseille dont la mort était survenue en avril 1948 : Avedis Aharonian, dernier président arménien, également restauré par le CNC.
Photos de tournage du film Escale au soleil (1947)
Vers le long métrage
Après ces années d’apprentissage, Henri Verneuil est en mesure d’entreprendre son premier long métrage La Table aux crevés, adaptation d’un roman de Marcel Aymé. Il y retrouve Fernandel, son interprète d’Escale au soleil, devenu entretemps son ami et avec lequel il tourna encore sept autres films.
Henri Verneuil sur le tournage de La Légende de Terre-Blanche (1949)