Alekseï Guerman

Personnalité

Réalisateur, interprète, scénariste... : années 1960-2010

Nationalité :  URSS (Union soviétique)

Naissance :  20/07/1938 - URSS (Union soviétique) - Leningrad, Russie

Décès :  21/02/2013 - Russie - Saint-Petersbourg

Identité

Genre : homme

Naturalisation : Russie

État civil :

  • Alekseï Iourievitch Guerman

Fonctions : Réalisateur, Scénariste, Dialoguiste

Biographie

Formation :

Fils de l'écrivain Iouri Guerman, dont il adaptera deux romans, Alexeï Guerman débute sa carrière au théâtre, puis passe au cinéma en coréalisant avec Grigori Aronov Le Septième compagnon (1967), adapté du livre de Boris Lavrenev, Sednoï Spoutnik . Le film retrace le destin d'un général de l'armée du Tsar pendant la " terreur rouge ", en 1918, lors de la guerre civile russe. Emprisonné par le gouvernement bolchevik, celui-ci perd son honneur et ses biens. Cette première oeuvre annonce le caractère éminemment politique du cinéma d'Alexeï Guerman.

Carrière :

Figure centrale du cinéma russe, Alexeï Guerman est reconnu pour son style visuel inimitable, sa radicalité artistique et son intransigeance face à la censure soviétique, faisant de lui un symbole de la résistance intellectuelle au régime, mais aussi l’un des cinéastes majeurs — et les plus singuliers — du XXe siècle, avec une œuvre rare, engagée et profondément marquée par l’histoire russe.
Considéré comme l'un des plus grands réalisateurs russes de la seconde moitié du XXe siècle, Alexeï Guerman a été très longtemps frappé d'interdiction dans son propre pays, devenant un symbole de la résistance au régime soviétique. Sa faible notoriété à l'étranger tient en grande partie à la censure imposée par les pouvoirs politiques successifs de l'ex URSS. Peu prolixe, (il n'a réalisé que six films - dont un inachevé - en plus de quarante ans), son œuvre explore les quatre premières décennies de l'Union soviétique. Ces films ont été interdits dans son pays jusqu'en 1986, date à laquelle la politique d'ouverture menée par Gorbatchev autorise enfin leur sortie. Alexeï Guerman a tourné tous ses films dans les studios Lenfilm à Saint-Pétersbourg, sa ville natale, qui deviendra le symbole visible de la perestroïka à la fin des années 1980. C'est avec le premier film qu'il réalise seul, La Vérification, (1971), adapté d'une nouvelle de son père, qu'Alexeï Guerman affirme son style. Le cinéaste y questionne l'humanisme russe, à travers une histoire de trahison et de duplicité qui se déroule au cours de l'hiver 1942, sous l'occupation nazie. Le film est censuré et ne sort pas sur les écrans russes. Tourné cinq ans plus tard, Vingt jours sans guerre (1976), écrit partiellement par son père et inspiré de la vie du célèbre poète et correspondant de guerre Konstantin Simonov, est une chronique anticonformiste de la Seconde Guerre mondiale. Tourné en noir et blanc comme tous les autres films du cinéaste, (pour qui " les souvenirs n'ont pas de couleurs "), cette œuvre rompt avec la représentation héroïque du soldat soviétique, dogme absolu de l'URSS brejnévienne. La force et la subtilité du cinéma de Guerman s'y expriment pleinement, dans la description d'un désespoir latent et contenu. Le film est présenté en 1977 à la Semaine de la Critique à Cannes, sans que Guerman soit autorisé à s'y rendre. Le cinéaste y utilise déjà beaucoup le procédé du " regard-caméra ", qui devient le principe de construction de Mon ami Ivan Lapchine, tourné en 1982, une enquête policière sur le thème de la mémoire se déroulant en 1935, au début des grandes purges staliniennes. Le film est présenté en compétition au Festival international du film de Locarno et assoit la réputation de Guerman à l'étranger. En URSS, sa sortie sera bloquée pendant plus de deux ans. Fruit d'une gestation de plus de dix ans et sélectionné pour le Festival de Cannes en 1998, son film suivant, Khroustaliov, ma voiture ! (1997), est considéré comme son chef-d’œuvre. Dans ce film-fresque, Guerman décrit la descente aux enfers d'un médecin-chef et général de l'Armée rouge, Youri Glinski, victime du " complot des blouses blanches ", une machination montée de toutes pièces par le régime stalinien contre certains médecins, presque tous juifs, accusés d'avoir assassiné des dirigeants soviétiques. Youri Glinski est arrêté et envoyé au goulag. Ironie de l'histoire, il sera libéré par le KGB pour tenter de sauver Staline agonisant. L'expression traduite du russe qui donne son titre au film se réfère à la phrase qu'aurait prononcée Beria, chef de la police politique, alors que Staline venait de décéder, en commandant sa voiture à son chauffeur Khroustaliov, comme on dit : " sauve qui peut !". Alexeï Guerman y dresse un tableau cauchemardesque de la fin du règne de Staline, à la fois réquisitoire politique et expérience sensorielle éprouvante et inoubliable, grouillante de personnages et de situations burlesques. En 1986, suite à l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev qui met en œuvre une politique de libéralisation économique, culturelle et politique, Alexeï Guerman est réhabilité avec d'autres réalisateurs censurés durant l'ère brejnévienne. La diffusion de ses films interdits est enfin autorisée. Alexeï Guerman devient l'un des cinéastes soviétiques les plus en vue. Paradoxalement, il ne tournera plus qu'un seul film jusqu'à sa mort en 2013. En 1999 commence le tournage de ce sixième et dernier film, Il est difficile d'être un dieu, à partir d'un scénario écrit en 1968. C'est l'adaptation d'un classique de la littérature russe de science-fiction, écrit en 1964 par les frères Arkadi et Boris Strougatski, et que le cinéaste intitule d'abord Chronique du carnage d'Arkanar. Le tournage est difficile et interminable, en raison de la santé défaillante de Guerman, mais aussi de ses méthodes anticonformistes (il travaille avec de nombreux comédiens non professionnels ou handicapés mentaux, ensuite doublés en studio). Le tournage ne prend fin qu'en 2006, ouvrant une longue période de postproduction. Le montage final est terminé après la mort du cinéaste par son fils Alexeï Guerman Jr., également réalisateur. Le film sortira en France en 2015. Fidèle au noir et blanc, il propose une réflexion philosophique sur la marche de l'Histoire et les rapports de pouvoir. Dans cette œuvre posthume, Alexeï Guerman semble s'être détaché enfin de l'histoire de la Russie : le scénario, apocalyptique, se situe dans un monde moyenâgeux et sur une autre planète.

Autres activités :

En octobre 1988, avec Iouri Pavlov, Alexandre Dontchenko et Nelly Arjakova, Alexeï Guerman crée à Leningrad un studio, " L'Atelier du premier film ", pour former de jeunes réalisateurs indépendamment de la société cinématographique d'État " Mosfilm ". Le studio produit une quinzaine de films entre 1989 et 1992 et devient l'un des hauts lieux du jeune cinéma russe, sans être une école cinématographique.
Alexeï Guerman a été secrétaire de l'Union des cinéastes de Leningrad-St Pétersbourg.
Dans les années 1980 et 1990, il a joué dans plusieurs films produits par les studios Lenfilm de Saint-Pétersbourg.
Il a fait de la mise en scène théâtrale au début de sa carrière.

Filmographie

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : Festival de La Rochelle, 14, 1986 : XIVe Festival de La Rochelle, 27 juin-8 juillet 1986 / Festival de La Rochelle. - [Fontenay-sous-Bois : Impr. Quotidienne], 1986.
  • Ouvrage : La pellicule et les ciseaux : la censure dans le cinéma soviétique, du dégel à la Perestroïka / Martine Godet. - Paris : CNRS éd., 2010.
  • Ouvrage : Lenfil'm URSS 1978-1988 / Mostra internazionale del nuovo cinema. - Pesaro : Mostra internazionale del nuovo cinema, 1988.
  • Ouvrage : Leningradocinema : materiali sulla Lenfilm e la scuola di Leningrado, 1978-1988 / curata da Giovanni Buttafava. - Roma : Di Giacomo, 1988.
  • Ouvrage : Rencontres de la Seine-Saint-Denis, Seine-Saint-Denis, 19, 2008 : du 14 au 23 novembre 2008 / Cinémas 93. - [S.l] : [s.n], 2008.
  • Ouvrage : Semana internacional de cine, Valladolid, 32, 1987 : 32 semana internacional de cine de Valladolid, 23 - 31 de octubre de 1987 / Semana Internacional de Cine de Valladolid. - [S.l.] : [S.n.], 1987.
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 427 [suppl.], janvier 1990, M. Gorchkova, "Les temps sont durs pour l'inspiration".
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 529 Supplément, novembre 1998, Antoine de Baecque, "Alexeï Guerman".
  • Périodique : Cahiers du cinéma (Les), n° 531, janvier 1999, Charles Tesson ; Serge Toubiana, "L'exorciste : entretien avec Alexeï Guerman".
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 531, janvier 1999, Serge Toubiana, "Guerman : avec lui, le déluge".
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 542, janvier 2000, Erwan Higuinen ; Olivier Joyard ; Jerôme Larcher ; Nicolas Saada, "1990-2000, une décennie en question".
  • Périodique : Cahiers du cinéma (Les), n° 663, janvier 2011, "Bons baisers de Russie".
  • Périodique : Cahiers du cinéma (Les), n° 674, janvier 2012, Eugénie Zvonkine, "Pendant ce temps-là, à Saint-Pétersbourg".
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 688, avril 2013, Eugénie Zvonkine, "Alexeï Guerman, l'oeuvre au noir".
  • Périodique : Cineforum XXVI : 258, octobre 1986, Umberto Rossi, "Intervista a Aleksej Gherman".
  • Périodique : Cineforum, XXXIX : 387, septembre 1999, Alberto Crespi, "Un artista enigmatico che rifiuta i compromessi".
  • Périodique : Cinéma 72, n° 372, 15 octobre 1986, Françoise Navailh, "Alexeis Guerman".
  • Périodique : Cinématographe, n° 124, novembre 1986, Bruno Villien, "Du côté de Guerman".
  • Périodique : EPD Film IV : 3, mars 1987, Klaus Eder, "Die Einsamkeit jener Jahre. Ein Gesprach mit dem Leningrader Regisseur Aleksej German".
  • Périodique : Film a Doba XLVIII : 4, Winter 2002, Antoine de Baecque, "Exorcismus./ Exorcista".
  • Périodique : Film Comment , XXXV : 1, janvier-février 1999, J. Hoberman, "Alexei Guerman among the Long Shadows".
  • Périodique : Film und Fernsehen, XIX : 4, avril 1991, German, Aleksej, "Gestörte Harmonie".
  • Périodique : Framework, n°29, 1985, N.P. Condee, "Recent Soviet cinema and public responses : Abdrashitov and German".
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 178, janvier-février 1987, M. Portal, "Regarder l'histoire en face : Alexei Guerman".
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 219, janvier 1993, Natacha Laurent, "Le studio Guerman".
  • Périodique : Kinoizkustvo XLI : 11, novembre 1986, Aleksej German, "Fragmenti".
  • Périodique : Positif, n° 308, octobre 1986, Éric Desrobert, "Alexei Guerman".
  • Périodique : Positif, n° 310, décembre 1986, Vincent Amiel, "Entretien avec Alexeï Guerman".
  • Périodique : Positif, n° 627, mai 2013, Éric Derobert, "Alexeï Guerman, 1938-2013 : entre délire et réalisme".
  • Périodique : Revue du Cinéma (La), n° 421, novembre 1986, Danièle Parra, "À Moscou, du nouveau".
  • Périodique : Sight & Sound, XXIV:3, mars 2014, Jonathan Romney, "Alexei Guerman".
  • Périodique : Soviet Film, n° 6, juin 1987, "Alexei Gherman on his trip to France".
  • Périodique : Soviet Film, n° 8, août 1988, S. Dobrotvorskij, "The challenge of freedom".
  • Périodique : Studies in Russian & Soviet Cinema VI : 2, 2012, Alexander Graham, "Immersion in time : history, memory and the question of readability in the films of Aleksei German".
  • Périodique : Vertigo, n° 20, avril 2000, Victor Ede, "Le dernier film soviétique".
  • Périodique : Vertigo, n° 20, avril 2000, Victor Ede, "L'ingestion du chaos".

Récompenses et nominations

  • 2013 - Prix pour l'ensemble de l'oeuvre - Festival Internazionale del Film (Roma) - Obtenu
  • 2009 - Prix pour l'ensemble de la carrière - Nika Awards - Obtenu
  • 2000 - Meilleur réalisateur - Nika Awards - Khroustaliov, ma voiture ! - Obtenu