Ming-liang Tsai
Personnalité
Réalisateur, scénariste, producteur... : années 1980-2020
Nationalité : Malaisie
Naissance : 27/10/1957 - Malaisie - Kuching, Sarawak
Identité
Genre : homme
Naturalisation : Taïwan
Fonctions : Réalisateur, Acteur, Scénariste, Producteur
Biographie
Formation :
Elevé par des grands-parents cinéphiles, Tsai Ming-liang part suivre des études d'art dramatique et de cinéma à l'Université de la Culture Chinoise, à Taipei. Formé à la dramaturgie ainsi qu'à la mise en scène, il poursuit son apprentissage dans une société de production télévisuelle, où il commence à écrire des scénarios. Parallèlement à son activité théâtrale, il dirige plusieurs téléfilms, dont les très remarqués Tous les coins du monde (1989) et Les garçons (1991). C'est sur ce dernier tournage qu'il fait la rencontre de son acteur fétiche, Lee Kang-sheng.Carrière :
Tsai Ming-liang, poète du temps suspendu et maître du plan fixe, est l’un des cinéastes les plus influents du cinéma contemporain, célébré pour son esthétique minimaliste et ses réflexions sur la solitude, le désir et l’éphémère, couronnées par les plus grands festivals internationaux. Figure de proue du cinéma taïwanais, le cinéaste Tsai Ming-liang déploie, depuis 1992, un univers singulier et remarquable, empreint de solitude, d’incommunicabilité et de désir.
Bien plus qu’un premier film, Rebels of the Neon God représente une véritable profession de foi. Tous les ingrédients esthétiques et discursifs sont en effet en germe : longs plans-séquence, vision frontale, hors champs signifiants, narration interstitielle... C’est aussi l’émergence de son personnage pivot et récurrent, Hsiao Kang, sorte d’ « Antoine Doinel », que l’acteur Lee Kang-sheng façonnera au gré de l’œuvre du cinéaste. Tsai Ming-liang affirme son style, souvent qualifié par la critique de « néo-antonionesque », dans Vive l’amour (1994) et La Rivière (1997). A la manière d’un entomologiste, le réalisateur capture ses personnages dans de longs plans fixes et les observe dans leur recherche éperdue de l’amour. Ces deux opus remportent respectivement le Lion d’Or à Venise et l’Ours d’Argent à Berlin, propulsant Tsai Ming-liang sur la scène internationale. Celui pour qui le cinéma n’est pas un spectacle mais bien un art de l’observation, pointe dans The Hole (1998) l’absurdité de la condition humaine. Sur fond d’Apocalypse, de déluge, et aux confins du fantastique, Tsai Ming-liang filme en champ contre-champ vertical deux survivants qui communiquent via un trou dans le plancher pour l’un, et du plafond pour l’autre. Le film est nommé pour la Palme d'Or à Cannes. En 2001, le réalisateur met un pied en France avec Et là-bas, quelle heure est-il ?. Distordant la thématique du temps qui passe, de l’attente, de l’amour, et du deuil, sur deux continents, Tsai Ming-liang rend hommage au cinéma de la Nouvelle Vague. Hommage encore au cinéma, de son enfance cette fois, avec Good bye, Dragon Inn (2003), et la dernière séance d’un cinéma de quartier qui ferme définitivement ses portes. En 2005, Tsai Ming-liang signe une comédie musicale « érotique » et burlesque, qui le démarque de ses précédentes œuvres : La Saveur de la Pastèque. Le film est jugé scandaleux et le réalisateur quitte Taïpei. I don’t want to sleep alone (2006) est le premier film qu’il tourne en Malaisie. Le réalisateur y revisite les thématiques qui le singularisent : la solitude, le désir, l’eau... En 2009, le Musée du Louvre donne carte blanche au cinéaste pour réaliser un film dans ses murs. Visage est une mise en abyme, un film dans le film sur le mythe de Salomé, qui réunit les égéries de François Truffaut (Jeanne Moreau, Nathalie Baye et Fanny Ardant) autour de Jean-Pierre Léaud et Laetitia Casta. Avec Les Chiens errants, Grand Prix du Jury de la Mostra de Venise en 2013, Tsai Ming-liang va encore plus loin dans l’épure et signe sans doute son film le plus radical. Le Voyage en Occident (VOD) marque un tournant l’année suivante : le réalisateur abandonne presque toute intrigue pour se concentrer sur des moments de pure observation, où le moine Xuanzang, interprété par Lee Kang-sheng, traverse des paysages urbains et naturels avec une lenteur hypnotique. Ce film, présenté en compétition à Berlin, illustre son attachement à l’éphémère et à la beauté des gestes anodins. Avec le documentaire Afternoon (2015), Tsai Ming-liang explore à nouveau la solitude et le temps qui s’étire, à travers une rencontre fortuite entre le réalisateur et son acteur fétiche Lee Kang-Sheng dans un appartement. Le film, plus court et encore plus dépouillé, est une méditation sur l’attente et les connexions humaines fugaces. En 2019, Days poursuit cette quête de simplicité radicale. Composé de seulement deux plans-séquence, le film capture la routine d’un homme solitaire et d’un jeune migrant, entrelaçant leurs existences dans une chorégraphie silencieuse. Présenté à Berlin, il est salué pour sa poésie visuelle et son absence de dialogue. Enfin, Abiding Nowhere (2023, inédit), son dernier long-métrage à ce jour, plonge le spectateur dans une expérience sensorielle, où la lumière et l’ombre deviennent les seuls protagonistes. Tsai Ming-liang y réaffirme son génie : transformer l’ordinaire en une œuvre d’art intemporelle, où chaque image est une invitation à la contemplation.