Carrière :
En 1920, quand le régime des soviets hongrois vacille à son tour, Bela Lugosi s'exile en Allemagne. Il y tourne son premier rôle important avec Der Januskopf
de Friedrich Wilhelm Murnau, un film inspiré du Dr Jekyll and Mr Hyde
de Robert Stevenson. Ce premier film d'envergure lui enseigne l'art de la transformation terrifiante. Pourtant, ses débuts à Hollywood, en 1921, sont loin d'être glorieux. C'est non sans peine qu'il réussit à imposer sa présence dans des films d'aventures (Women of all nations
, 1931, de Raoul Walsh). La plupart du temps relégué dans des emplois qui conviennent à son exotisme vieille Europe, Lugosi ne parle pas un mot d'anglais. Il apprend ses répliques selon la méthode phonétique : il en résulte une diction non dénuée de séduction, frappée, insistante, dans un registre baryton qui en impose. En 1930, Universal, en panne de célébrités, le désigne pour reprendre à l'écran un rôle qu'il connaît déjà très bien : celui du comte Dracula, éprouvé à la scène, et soumis pour l'occasion de ce film éponyme au talent du réalisateur Tod Browning. Bela Lugosi acquiert alors une renommée internationale. Mais en 1931, il refuse de porter un masque pour incarner la créature de Frankenstein, et le rôle échoit à Boris Karloff. L'image de Dracula chevillée à son corps, l'acteur ne peut plus faire marche arrière. Il accumule les rôles de savants, de monstres, de cadavres ou de fous. A Murders in the rue Morgue
(1932) de Robert Florey succèdent L'Ile du docteur Moreau
(id.
) d'Erle C. Kenton puis Le Chat noir
(1934) d'Edgar G. Ulmer, un de ses meilleurs films. Lugosi reste maître d'un jeu remarquable de subtilité. Pour lui, le sang ne s'obtient pas par la violence mais par la séduction. A cet égard, La Marque du vampire
(1935) de Tod Browning signe un Dracula de la maturité : Lugosi crée une harmonie, un mystère, puis révèle sa vérité mortelle. Encore diabolique dans Le Corbeau
(1935) de Lew Landers, on le voit sous les traits d'un bossu dans Le Fils de Frankenstein
(Rowland V. Lee, 1939). Ernst Lubitsch est bien le seul réalisateur à le sortir de son registre noir en lui offrant le rôle d'un commissaire soviétique d'opérette pour Ninotchka
(id.
). Covedette avec Boris Karloff de Black friday
(1940) d'Arthur Lubin, Bela Lugosi accepte de jouer le rôle du monstre qu'il avait refusé quelques années plus tôt et nous offre Frankenstein meets the wolf man
(1942) de Roy William Neill.