Panique

Film

Julien Duvivier

Année de production :  1946

Pays de production : France

Identité

Autres titres :

  • d'après le roman "Les Fiançailles de Monsieur Hire" (Titre de l’œuvre adaptée)

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 1947

Date de sortie en France :

  • 15/01/1947

Société(s) de production :

Description

Résumé

Un individu taciturne, M. Hire, détesté de tout son quartier, se laisse séduire par une jeune femme, Alice, qui sort de prison. Alice a été condamnée pour son ami. Alfred, personnage peu recommandable et assassin. M. Hire est seul à savoir qu'Alfred est criminel. Cependant ses relations avec Alice attirent l'attention sur lui ; il est bientôt nommément désigné, s'affole, s'enfuit par les toits sous les huées de la foule, tombe sur le sol et se tue. Sur la victime la police trouve le portrait d'Alfred qui est arrêté.

Genre : Fiction

Lieu(x) de tournage : Nice

Date de tournage :

  • 08/01/1946 - 06/08/1946

Studio de tournage :

  • Studios de la Victorine (Nice)

Générique

Réalisation :

Écriture :

Musique :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 100

Couleur/NB : Noir et blanc

Dans la presse

Panorama critique

Dans une époque troublée, un film aussi fort ne pouvait ni passer inaperçu ni susciter uniquement des critiques favorables. Le fidèle Henri Jeanson, dans Le canard enchaîné, célèbre cette originalité : « Pour sa rentrée en France, Julien Duvivier nous offre un film bien dans sa manière : un film tout cru, violent, implacable, un film pamphlet, un film dont on se souviendra. Duvivier s’est proposé de peindre la foule dans l’exercice de son abjection, de la prendre en flagrant délit de lâcheté, de lui dire ses quatre vérités. Le film qui justifie cette ambition confirme la classe de Duvivier... Cinéma français pas mort. Duvivier continue ».

Mais d’autres trouvent le propos conventionnel, voire d’avant-guerre, ainsi La Marseillaise : « Ce film, on le suit comme on lit un bon roman feuilleton, et ce qui accroît le plaisir qu’on prend à le voir, c’est son unité, son style. Duvivier a choisi délibérément une situation mélodramatique, des personnages à la psychologie un peu courte et que le cinéma a déjà rendus presque conventionnels. Les images sont souvent fort belles (je pense à ces mouvements de foule, à ces vues plongeantes), mais jamais elles ne distraient l’attention… Tout concourt à faire de ce film, non pas un chef-d’œuvre sans doute, mais une œuvre attachante, qui mettra à vif les nerfs des spectateurs ».

Rappelant que, si convention il y a, elle peut venir aussi du roman de Simenon, Henri Gérard écrit dans L’époque : « MM. Spaak et Duvivier se sont tirés honorablement des pièges que leur tendait le roman de Simenon… Le principal défaut de leur travail réside dans un air de déjà vu qui commence à lasser le spectateur le plus fidèle. Toujours des faubourgs, des hôtels miteux, des mauvais garçons, des meurtres crapuleux dans une atmosphère de délation et de lâcheté : ces poncifs "noirs" finiront par être aussi ennuyeux que ceux de la Bibliothèque Rose ».

François Chalais, dans Carrefour, renchérit : « M. Duvivier a construit son film comme on fabrique une grue en "meccano". Il ne manque pas un boulon. M. Charles Spaak s’est chargé de serrer les écrous… Panique est une œuvre solide, très prenante, d’une charpente magistrale, avec un goût de la satire qui touche, une certaine anarchie du sentiment qui ouvre enfin à M. Simenon une porte honorable sur le cinéma, une peinture de mœurs qui ne néglige pas les mœurs au bénéfice de la peinture, mais associe au contraire étroitement… l’intention et l’expression ».

Mais d’autres s’insurgent contre le sujet même - et son traitement : « Malgré quelques touches assez personnelles et un ton de dialogues toujours acceptables, nous sommes dans le poncif. La foule, le personnage le plus important sans doute, puisqu’on a voulu lui créer un climat "unanimiste", appartient à la convention, parfois à la pire. Psychologiquement, cette foule est fausse. Que dire de son utilisation plastique ! C’est incontestablement beaucoup mieux. Mais le genre n’est pas nouveau : il a valu ses meilleures pages au cinéma allemand pré-hitlérien, à l’époque des Lang et des Pabst : en France même, nous avons eu Hôtel du Nord. Il s’agit bien là d’un des domaines propres du cinéma, mais la facture n’est guère renouvelée. Il flotte là un petit parfum vieillot ».

Franc-tireur est beaucoup plus radical : « Un "biffin" loqueteux et un infâme roquet se disputent les déchets d’une poubelle. Cette image - l’une des premières du film - est comme un indicatif de ses auteurs, Charles Spaak et Julien Duvivier, sur l’ambiance morale du film, un défi lancé à tout ce qui pourrait s’y glisser de santé, d’humanité, de joie de vivre… Tout s’enchaîne ensuite pour enfoncer l’action toujours plus avant dans le pénible, le dégradant et le visqueux. Et si, par mégarde, nous étions tentés d’échapper à cette morne désespérance, quelques scènes brutales ou cyniques se chargeraient de nous rappeler à l’étouffement ».

Pol Gaillard, dans L’humanité, semble partager la même lassitude : « Nous ne sommes pas adversaire des films noirs lorsqu’ils sont vrais, et La bête humaine de Renoir, d’après Zola, par exemple, nous a toujours paru une grande œuvre. Mais Panique est un film faux et ignoble, qui se complaît dans la bassesse, qui soulève le cœur. Sauf une prostituée forte en gueule, rien que des personnages odieux. Un criminel lâche et salaud, une fille éperdue d’amour pour lui, qui joue de la cuisse et du sein, une espèce de vieux sadique astrologue qu’on voudrait nous faire plaindre ou admirer, des commerçants ridicules, une foule bête et méchante, voilà les héros de ce film ! Et l’histoire est digne d’eux : tous les poncifs du genre y passent… ».

Pourtant, presque tous se retrouvent pour saluer la performance de Michel Simon, comme Georges Charensol dans Les nouvelles littéraires : « Ayant accepté de tourner un scénario sans vraisemblance, Julien Duvivier s’est efforcé de rattraper son erreur en conduisant sa mise en scène avec une maîtrise remarquable et en dirigeant ses acteurs comme ils l’ont rarement été : Michel Simon démontre ici qu’il est, depuis la mort de Raimu, le plus grand comédien français ; Viviane Romance et Paul Bernard, que dix fois nous avons cru exécrables, font là des créations d’une force, d’une justesse de ton admirables. Si Panique peut être sauvé, il le doit à ses acteurs, qui réalisent ce tour de force de nous faire croire à des personnages sans épaisseur, sans consistance, à des créations littéraires auxquelles le cinéma ajoute encore son arbitraire particulier ».

Paris-Cinéma ne dit pas autre chose : « Dans un rôle particulièrement difficile, Michel Simon fait preuve de génie. L’humanité qu’il parvient à faire passer dans la réplique la plus indifférente, l’intelligence avec laquelle il rend sympathique un personnage disgracié physiquement, sont au-dessus de tout éloge. Il n’y a pas un autre acteur au monde qui aurait été capable de jouer Monsieur Hire comme lui ».

(Yves Desrichard, 2001)

Consultation

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