Tales of Manhattan

Film

Six destins

Julien Duvivier

Année de production :  1941

Pays de production : Etats-Unis

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Date de sortie en France :

  • 13/10/1944

Description

Résumé

Composition de 6 sketches : l'acteur qui vient rompre avec son ancienne maîtresse et est tué par Ie mari de celle-ci ; le fiancé volage qui voit sa fiancée partir au bras d'un rival ; le compositeur qui réussit à surmonter le ridicule et triomphe ; le clochard qui se hisse à sa situation première ; le voleur volé ; enfin, le "miracle" noir qui nous vaut d'entendre la voix admirable de Paul Robeson. Le tout est relié par l'histoire d'un habit confectionné pour un artiste en vogue, habit qui porte malheur et chance à ses propriétaires successifs et finit en épouvantail à moineaux.

Date de tournage :

  • 22/10/1941

Générique

Réalisation :

Musique :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 118

Couleur/NB : Noir et blanc

Dans la presse

Panorama critique

Yves Desrichard :

C'est sur son « casting » impressionnant que le film a joué pour sa publicité, et la critique s'en ressent, qui reste sceptique quant au résultat. Ainsi, Variety, qui ne craint pas les superlatifs, se montre pour autant acrimonieux. « C'est probablement le film le plus ambitieux jamais produit à Hollywood. Il y a pour plusieurs millions de dollars de stars et de seconds rôles prestigieux, chacun faisant son petit numéro ; tous ces noms fameux au générique devraient générer de gros bénéfices. Pour autant, cette grosse machine ne suscitera certainement pas les mêmes acclamations de la part de la critique. En fait, avec une telle profusion de talents (acteurs, scénaristes, équipe technique), cette fantaisie qui brode autour d'un habit est, dans ses grandes lignes, proche du Bits of life de Marshall Neilan, comme l'était le film Paramount Si j'avais un million qui, tout comme elle, multipliait au générique stars et scénaristes. Six destins, comme Si j'avais un million, est un film aux sketches inégaux en qualité dont, pour les plus faibles, l'échec ne peut être imputé qu'au réalisateur, Julien Duvivier, et aux acteurs qui y figurent, puisque le générique ne précise pas à quel scénariste attribuer tel ou tel… Malheureusement pour le film, les sketches les plus faibles sont le premier et le dernier. Pour le premier, tant l'interprétation que la mise en scène sont particulièrement inintéressants. Boyer, Rita Hayworth et Thomas Mitchell font ce qu'ils peuvent pour sauver un sujet terriblement banal, mais n'y parviennent pas… C'est un sketch particulièrement désolant, et d'autant plus pour Miss Hayworth que la caméra ne lui rend pas justice… Conçu comme un apologue social, le dernier sketch, quant à lui, n'est pas non plus entièrement satisfaisant. L'interprétation est tout à fait naturelle [sic] et assurée, mais il se dégage de l'épisode un sentiment puissant de pauvreté et de détresse que même le "miracle" ne parvient pas à dissiper. La photographie, toute en clair-obscurs, et la propension de Duvivier à insister sur tant de misère assombrissent encore l'épisode. Devant une telle débauche d'acteurs et de scénaristes, Duvivier s'est comme mis en retrait, et sa réalisation comporte assez peu d'originalité ». Tous, pour autant, ne sont pas aussi circonspects, ainsi Film and radio discussion guide, qui indique à propos du procédé que « la figure littéraire en remonte aux 1001 nuits, mais, malgré cela, l'ensemble a un air de nouveauté des plus plaisants. Peut-être est-ce parce que le réalisateur a consciemment privilégié la subtilité, l'art des nuances, le pouvoir de suggestion, aux dépens de trop lourds effets mélodramatiques. Du coup, l'humanité du film, la sympathie qu'il suscite, sont bien plus importants que ce qu'on pouvait attendre ». D'aucuns vont même jusqu'à donner à ces fabliaux une portée quasi-philosophique, comme le New York Times : « Six destins est un de ces films rares qui, comme un pied-de-nez aux productions standards, et malgré son côté "grand cirque", produit une impression durable. Ni profond ni trop sophistiqué, le propos, néanmoins, reflète une compréhension amusée, distante, de l'ironie ou du tragique de l'existence. Chaque nouvel épisode nous touche. La grande surprise, c'est que les acteurs ne trahissent jamais les petites fables qu'ils ont à jouer, et que le film entier "tient", malgré la fragilité de sa construction… Du coup, derrière l'élégance du propos, on devine une réflexion sur les artifices de l'illusion, et sur la fragilité de la condition humaine. Si tous les sketches ne sont pas à cette aune… et si le dernier semble étrangement décalé par rapport à ceux qui l'ont précédé, sans doute faut-il en accuser le fait que tous les scénaristes qui ont contribué n'étaient pas forcément conscients de cette idée directrice. Mais la faiblesse de la construction n'empêche pas les épisodes d'être, chacun pour leur part, attachants, et l'on suit avec passion les tribulations de cet habit ». Tous, cependant, ne sont pas à ce point séduits, notamment David Lardner dans The New Yorker, qui n'hésite pas à la métaphore sportive. « Ce n'est sans doute pas sans réticence que Duvivier a abordé cette coûteuse production. En effet, dans chaque histoire, chaque acteur ou actrice, pendant qu'il ou elle est sur le terrain, n'a droit qu'à un seul lancer. Ce qui signifie que des personnalités aussi marquées que Ginger Rogers, Henry Fonda, Charles Laughton, Edward G. Robinson ou Paul Robeson doivent frapper à coup sûr, et, dans certains cas, la partie semble longue. Henry Fonda et Ginger Rogers, par exemple, sont encore à l'écran longtemps après qu'on ait perdu tout intérêt pour leur babillage ; quant à Charles Laughton, quoi qu'il n'ait pas grand chose à faire… il a à sa disposition un assortiment d'expressions amusantes bien supérieur à ce qu'il peut valablement montrer dans sa courte apparition. Combien son talent et celui des autres artistes présents ont été gâchés est clairement démontré par le fait que le film dure plus de deux heures (soit bien au-delà de la durée normale), alors même que, pour ce qu'il raconte, cinquante minutes auraient suffi (soit moins qu'un film normal). Les contributions de Ben Hecht, Donald Ogden Stewart, Alan Campbell, et de quelques autres - trop surprenantes pour qu'on les mentionne, se résument à un scénario qui conviendrait à peine à un court-métrage de Mickey Mouse ». Et il revient au dogmatique mais pertinent The New Republic de réserver un traitement de choix à l'épisode final, de fait le plus nauséeux : « Derrière la déformation romantique de la vie des noirs telle qu'elle est portraiturée dans Six destins, il y a une discrimination aussi vieille que Hollywood. La vie des noirs constitue le dernier sketch d'une production façon conte de fées qui suit les "pérégrinations" d'un habit de soirée… A première vue, cet épisode semble assez inoffensif. Les noirs y sont gentils, persévérants, personnages drôles et attachants qui aiment chanter des chants religieux dans une communion joyeuse. L'ambiance - comme dans tous les films sur les noirs - est intentionnellement bizarre, mais charmante. Naturellement, les noirs sont ISOLES. Il n'y a pas un seul homme blanc dans toute la séquence, puisque, comme toujours, il ne peut y avoir d'homme blanc là où les noirs ont les premiers rôles. Si un film veut montrer principalement des noirs, alors il ne doit montrer QUE des noirs. Dans Six destins, la ségrégation est complète. Le village dans lequel vivent les protagonistes est situé dans une région extrêmement hostile - pas un seul homme blanc à l'horizon. Au pays bienheureux du cinéma, les noirs ne peuvent être que des serviteurs, des faire-valoirs comiques ou les membres du Hall Johnson Choir. Cela dit, quand il a compris quelle est exactement sa place dans les films, le noir est traité avec une grande compassion. On lui donne toujours des rôles sympathiques. Nous leur enlevons tout, nous les ridiculisons, nous les réduisons à l'état de domestiques - mais toujours par amour. Dans Six destins, nous leur envoyons 50 000 dollars. Cela dit, si les cinq autres épisodes ne montrent que des blancs, ceux-ci ne sont guère mieux traités… Six [sic] des dix plus mauvais films de la semaine » [Comme pour confirmer cette assertion, Six destins sera le dernier film à mettre en vedette Paul Robeson : peu après la sortie du film, dans une interview au New York Times, celui-ci indiquera ne plus vouloir figurer à l’écran des rôles de « bons noirs », réglant tous leurs problèmes en chantant].

01/01/2001

Bibliographie éditoriale

  • Périodique : 20th Century Fox news, 00/11/1941.
  • Périodique : BARBELLION (Paul), Carrefour, 07/10/1945.
  • Périodique : CROWTHER (Bosley), The New York times, 04/10/1942.
  • Périodique : DELEHARRY (Thornton), New York herald tribune, 26/10/1941.
  • Périodique : FARBER (Manny), The new republic, 12/10/1942.
  • Périodique : Film and radio discussion guide, 00/10/1942.
  • Périodique : Harrison's reports, 24 (32), 08/08/1942.
  • Périodique : Hollywood reporter, 04/08/1942.
  • Périodique : LEENHARDT (Roger), Les lettres françaises, 04/11/1944.
  • Périodique : MANNERS (Dorothy), Los Angeles examiner, 23/11/1941.
  • Périodique : Motion picture herald, 26/09/1942.
  • Périodique : SADOUL (Georges), Les lettres françaises, 04/11/1944.
  • Périodique : The New York times, 25/09/1942.
  • Périodique : The New Yorker, 26/09/1942.
  • Périodique : Time, 21/09/1942.
  • Périodique : Variety, 04/08/1942.
  • Périodique : Variety, 05/08/1942.

Consultation

Lieux de consultation du film et conditions d'accès :

  • La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre

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