Carrière :
Héritier tardif du néo-réalisme italien, amoureux d'un cinéma authentique et humaniste, Ermanno Olmi est un conteur d'histoires dont la poésie transfigure la réalité pour rejoindre la fable sociale.
En 1961, avec son second long métrage, L'Emploi
(Il Posto
), Ermanno Olmi accède à la reconnaissance publique et critique. Le film décrit l'apprentissage amoureux d'un jeune milanais et ses débuts dans le monde du travail. En 1963, son troisième long métrage, Les Fiancés
(I Fidanzati
) rencontre aussi un beau succès. Le cinéaste porte un intérêt sincère aux classes populaires, ouvriers, paysans et employés, sans pour autant adopter un discours politiquement engagé. Sa recherche de l'authenticité lui fait d'ailleurs préférer des acteurs non-professionnels. Ermanno Olmi développe son activité de producteur en créant en 1961 une société indépendante, " 22 Dicembre ". L'année 1969 marque son retour à la réalisation avec un film pour la télévision italienne, L'or dans la montagne
(I recuperanti
) sur la vie des ramasseurs de surplus de guerre, et un long métrage pour le cinéma, Un certain jour
(Un certo giorno
). À la fin des années 1960, le cinéaste quitte Milan pour s'installer près de ses amis paysans, dans la montagne à Asiago en Vénétie, où il prépare, monte et parfois tourne ses films, travaillant avec de petits budgets en cumulant les fonctions de producteur, réalisateur, photographe et même acteur.
Ermanno Olmi, jusqu'ici connu comme un auteur de documentaires et de films d'entreprise, et totalement inconnu du grand public, est brusquement projeté dans la lumière lorsque son film L'Arbre aux sabots
(L' Albero degli zoccoli
) obtient la Palme d'or au Festival de Cannes en 1978. Considéré unanimement comme une oeuvre majeure, le film est aussi pour lui un aboutissement : très attaché à ses origines paysannes, le cinéaste a retranscrit des récits de sa grand-mère et des souvenirs d'enfance dans cette vaste fresque retraçant l'histoire de quatre familles de paysans pauvres dans une grande ferme en métairie près de Bergame, à la fin du XIXe siècle. Un an de tournage en décors naturels, des paysans dans leurs propres rôles et parlant leur dialecte, cette chronique est une bouleversante méditation lyrique sur le monde paysan du siècle dernier. Dans cet élan, Olmi crée en 1980 l'école-atelier " Ipotesi Cinema " à Bassano del Grappa, près de Milan, sur le modèle des " botteghe ", les ateliers de peinture de la Renaissance, prônant l'enseignement des métiers du cinéma par l'expérimentation, de façon non conventionnelle mais néanmoins professionnelle. Très affaibli par la maladie dans les années 1980, Ermanno Olmi espace ses long métrages. Il produit cependant plusieurs films pour la télévision italienne dont, en 1980, une parabole remarquée sur le pouvoir politique, tirée de l'histoire des rois mages de l'Évangile, À la poursuite de l'étoile
( Cammina, cammina
).
En 1987, Longue vie à la signora
(Lunga vita alla signora
) marque son retour auprès du grand public, poursuivi avec le très grand succès de La Légende du saint buveur
(La leggenda del santo bevitore
), Lion d'or à la Mostra de Venise en 1988. En 1994, il tourne Genesi : La creazione e il diluvio
, film dont le cinéaste dit être le plus fier. Il fait un passage remarqué au Festival de Cannes en 2001 avec Le Métier des armes
(Il Mestiere delle Armi
), sur Jean de Médicis, condottiere du XVIe siècle vaincu par l'usage déloyal du progrès technique. Il tourne ensuite En chantant derrière les paravents
(Cantando dietro i paraventi
), avec Bud Spencer, histoire de piraterie et fable de paix sur le renoncement à la force. En 2005, il co-réalise Tickets
, avec Ken Loach et Abbas Kiarostami. Après quelques documentaires et court métrages réalisés entre 2007 et 2009, Ermanno Olmi tourne en 2010 Le Village de carton
(Il Villaggio di cartone
), expérience cinématographique à visée métaphysique et politique, avec Michael Lonsdale et Rutger Hauer.