Carrière :
Homme de théâtre, Lucian Pintilié est également un cinéaste averti. Son premier long métrage, Dimanche à six heures
(1965), retrace une histoire d'amour tragique en pleine dictature fasciste. Avec La Reconstitution
(1968), dénonciation de l'irresponsabilité collective à travers une reconstitution criminelle, le réalisateur se fait un nom sur le plan international, mais connaît parallèlement des problèmes avec la censure de son pays. En 1973, il quitte la Roumanie à la suite de l'interdiction de son spectacle Le Revizor
, d'après Gogol. Exilé à Paris, Lucian Pintilié se consacre dès lors au théâtre. Il ne renoue avec le cinéma qu'en 1978 avec Pavillon 6
, d'après Tchekhov, tourné en Yougoslavie. En 1981, les autorités roumaines l'autorisent à réaliser Pour qui sonne le glas, Mitica ?, adaptation de la pièce de Ion Luca Caragiale Une nuit orageuse, mais le film ne sortira qu'après l'insurrection en 1990. Avec la chute de Nicolae Ceausescu, le réalisateur obtient une plus grande liberté, qui lui permet notamment de traiter de la réalité contemporaine; ce qu'il fait dès 1991 avec Le Chêne. Il y raconte le combat d'un homme et d'une femme opposés au totalitarisme qui, sous un chêne, se promettent de poursuivre la lutte. Après Un été inoubliable (1993), romance sur l'insoumission d'un capitaine de garnison dans les années 1980, Lucian Pintilié réalise Trop tard (1995), visant à dénoncer le nouveau pouvoir en place à travers une enquête policière dans une mine des Carpates. Après avoir participé à l'un des 40 courts métrages de Lumière et compagnie (id.), il tourne en 1997 Terminus paradis, récompensé du prix spécial du Jury au festival de Venise en 1998, l'histoire d'une passion amoureuse entre Noria la serveuse et Mitou un jeune militaire, surtout l'histoire de ce dernier, l'intransigeant, le jusqu'au-boutiste Mitou. L'Après-midi d'un tortionnaire (2001), est le récit d'une confession ratée d'un ex-tortionnaire des prisons communistes, qui avoue ses crimes à une journaliste débutante et à un ancien détenu politique. Présenté lors de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2003, Niki et Flo (2002), repose sur la longue dépossession de Niki par Flo : dépossession de ses maigres biens matériels, de ses souvenirs, de sa dignité militaire. Tertium non datur (2006), moyen métrage est une parabole tragi-comique qui analyse le fonctionnement psychologique de l'homme. A travers ses films, Pintilié développe un regard critique sur la société roumaine, il interroge la façon dont un peuple, un être humain peuvent vivre dans un monde apocalyptique usant d'un humour noir qui dédramatise les situations les plus tragiques.