Carrière :
Lina Wertmüller saisit sa chance en 1963, lors de sa première rencontre avec Federico Fellini : séduit par sa fougue, ce dernier l'engage comme assistante sur le tournage de Huit et demi
. Un tremplin qui lui permet, la même année, d'obtenir les crédits d'un producteur et de réaliser son premier long métrage I basilischi
, qui remporte un grand succès. Tout de suite remarquée par le grand public, elle est une des rares femmes à s'imposer dans un milieu cinématographique italien encore très machiste. Elle ne tarde pas à réaliser un second film, Cette fois-ci, parlons des hommes
, où elle fait la satyre de l'union conjugale à l'italienne. Elle s'affirme alors nettement comme une militante de la cause féministe ("Lorsque je fais quelque chose, c'est la chose qui importe et non mon sexe"
). La télévision s'intéresse bientôt à elle et, en 1965, lui passe commande pour une série de téléfilms. En 1972, Lina Wertmüller donne un nouvel élan à sa carrière ; elle rencontre alors celui qui deviendra son acteur fétiche : Giancarlo Giannini, employé par la suite par les plus grands réalisateurs italiens. Elle le fait tourner dans Mimi Metallo blessée dans son honneur
, premier film d'une longue série de comédies provocatrices où elle passe en revue tous les travers de la société des hommes. Vient ensuite Film d'amour et d'anarchie
(1973) qui vaut à Giannini un prix d'interprétation à Cannes. La critique l'encense avant de retourner sa veste : on lui reproche de ne pas faire dans le détail. Et pour cause ; là où le cinéma italien installé coupe, Lina Wertmüller montre, jusqu'au bout. Elle dérange, force à voir. Illustration en 1976 avec Pasqualino, settebelleze
, trois fois nominé aux Oscars, l'histoire d'un séducteur napolitain pendant la Seconde Guerre Mondiale, déserteur enfermé dans un camp de concentration qui comblera son besoin effréné de conquête en séduisant l'ignoble Kapo qui le garde. On lui reproche de descendre dans l'horreur et de prendre le spectateur à témoin. Wertmüller ne fait qu'inventer le cinéma subjectif et battre en brèche les poncifs les plus tenaces. Cinéaste engagée, celle pour qui bon goût et politesse ne sont que tromperie affine encore son art avec Fatto di Sangue
, oeuvre majeure de la fin des années 70 qui provoque un tollé dans la presse spécialisée. Nul n'y trouve grâce à ses yeux ; elle y dénonce ce qu'elle appelle "le faux développement du peuple", thème commun à tous ses travaux. Reconnue à l'étranger par ses pairs, elle continue d'exercer son talent dans les années 80 et 90, essentiellement grâce à des producteurs américains. Elle écrit et réalise encore une dizaine de fictions et, en 1986, un documentaire sur la "Camorra" napolitaine (Histoire des femmes, des rues et des crimes
). Jusqu'au bout, elle continue obstinément à mettre en péril la bonne conscience du spectateur.