Carrière :
Quand Marius
est porté à l'écran par Alexandre Korda en 1931, c'est naturellement Orane Demazis qui interprète Fanny, cette émouvante jeune fille éprise du beau Marseillais qu'attire malheureusement le grand large. Devant le succès du film, Marcel Pagnol écrit une nouvelle pièce, Fanny
, que Marc Allégret filme en 1932, remportant le même succès. Pagnol écrit alors César
, qu'il réalise lui-même en 1936. A chaque fois Orane Demazis, ne se départit pas de ce rôle - le
grand rôle de sa carrière : modeste, sage, d'une pudeur inégalée, elle incarne avec finesse la fragile femme de Marius.
Après avoir joué Eponime dans Les misérables
(1933) de Raymond Bernard, elle retrouve Pagnol pour Angèle
(1934) et Regain
(1937), adaptations de romans de Jean Giono. Les traits crispés, la main comprimant la poitrine, vierge déchue et punie, l'actrice souffre la passion d'Angèle. Dans Regain
, elle se statufie en Arsule, une pauvre fille servant de bête de somme à un rémouleur (interprété par Fernandel) avant sa rencontre avec un paysan avec lequel elle va faire revivre un village de Provence abandonné. Elle tourne encore sous la direction de Pagnol (Le schpountz
, 1938) avant de séparer de lui. La même année, elle joue dans Le moulin dans le soleil
de Marc Didier. Dans Feu de paille
(1939) de Jean-Benoît Lévy, elle incarne une nouvelle fois une femme sensible et romantique. La suite de sa carrière est en demi-teinte. On lui reproche de jouer avec une emphase qui convient peut-être au théâtre mais pas au cinéma, de ne pas être photogénique, et, sans doute, d'être pour l'éternité la " Fanny " de Pagnol. Plus tard, elle reconnaît s'être laissée étouffer par ce personnage : " Je me suis laissée envahir et c'est ma faute... J'étais trop timide. J'aurais dû me remuer d'avantage. Et puis la guerre a tout interrompu. Après, le cinéma avait beaucoup changé et je ne connaissais plus personne. " Elle ne tourne qu'un seul film pendant l'Occupation, Le mistral
(1942) de Jacques Houssin, puis réapparaît dans Bagarres
(1946) d'Henri Calef et dans quelques autres films (La caraque blonde
, 1952, de Jacqueline Audry ; Le cas du docteur Laurent
, 1956, de Jean-Paul Le Chanois ; Police judiciaire
, 1957, de Maurice de Canonge). Après une longue traversée du désert, elle revient dans Rude journée pour la reine
(1973) de René Allio. En 1980, cette actrice qui n'a pas voulu sacrifier sa vie privée pour sa carrière tourne une dernière fois pour le cinéma dans Bastien, Bastienne
de Michel Andrieu.