Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 1973
Date de sortie en France :
- 24/05/1973
Langue : Dialogue : Français
Description
Résumé
Genre : Fiction
Lieu(x) de tournage : Nice, Nice
Date de tournage :
- 25/09/1972 - 15/11/1972
Studio de tournage :
- Studios de la Victorine (Nice)
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 115
Couleur/NB : Couleur
Dans la presse
Citations
L’Aurore
« La Nuit américaine est un film qui enchantera d’abord les cinéphiles et les gens de la profession, puisque c’est un film sur un film, qu’on y démonte la mécanique d’un tournage, et qu’on fait descendre les stars de leur firmament pour montrer que ce sont des hommes et des femmes comme les autres. Mais c’est aussi une merveilleuse comédie bourrée de gags délicieux et de notations émouvantes. C’est surtout le film d’un homme qui aime passionnément son métier, et qui ne peut nous en parler qu’avec une boule dans la gorge. »
Guy Teisseire, 15/05/1973
Le Canard enchainé
« Un film très public et très professionnel, un film réussi de bout en bout que je ne vous raconterai pas, mais qu’il faut aller voir. Un film français, enfin, réalisé avec esprit et légèreté. Le meilleur film de François Truffaut. »
M.D., 30/05/1973
Combat
« L’habileté de Truffaut, c’est d’avoir maintenant étendu la magie des deux côtés du viseur : on sera désormais aussi curieux de voir ce qu’on nous montre sur l’écran que ce qui a dû se passer pendant le tournage. A cet égard, Truffaut donne aux petits moments du cinéma et à tous ses grands et petits métiers des lettres de noblesse en parlant avec émotion et lyrisme de ses moindres aspects. Sa tendresse, comme d’habitude, dissimulée derrière l’humour, Truffaut l’exprime en évoquant les moindres anecdotes de la vie d’un film au point que l’effet comique en est irrésistible. »
Henry Chapier, 16/05/1973
La Croix
« Trompe-l’œil, donc ! Mais trompe-l’œil partout, de tout, de tous et de chacun. Emiettant ses séquences, les tournant dans un apparent désordre, le cinéma, par nature est faux-semblant. Mais de ce faux-semblant, bien entendu, surgit la vérité. Les masques trahissent les visages. Et "hors-champ", la vie continue, ou le jeu, on ne sait pas, on ne sait plus. Car ce qu’on appelle les caprices des vedettes n’est souvent que l’exacerbation de leurs états d’âme. L’habitude du jeu aidant, chacun lui donne simplement la dimension de la scène : semblant et réalité se confondent alors, s’épaulent et explosent de concert. »
Henry Rabine, 16/05/1973
Les Echos
« Présenté, à la demande du metteur en scène, hors concours à Cannes, il a rassuré ceux qui estimaient que la sélection française donnait une image "dégradante" de notre production. Rien de plus tendre, de plus pudique, de plus léger que cette comédie cinématographique. Avec, en prime, une promenade dans des "coulisses" qui, même pour les cinéphiles, restent souvent mystérieuses et dont Truffaut nous montre ici, tout simplement, la vraie vie. »
[S.N.], 04/06/1973
L’Education
« En fait tout ce film apparemment nonchalant, pittoresque, amusant, pose —sans avoir l’air d’y toucher— les grands problèmes de l’art, de la création, de l’amour du métier, de l’esprit d’équipe, et la magie du spectacle. Et il les pose autant pour la sensibilité que pour l’esprit, parce qu’il est l’œuvre d’un homme qui parle enfin de ce qu’il aime, après avoir longtemps évoqué les mauvais souvenirs dont il souffrait. Du coup, La Nuit américaine respire une sorte d’allégresse créatrice, et toutes les qualités de Truffaut s’y épanouissent : son goût, sa finesse, sa curiosité, son humour, sa tendresse pour ses personnages, et même sa fidélité à ses rêves d’enfant, qu’il évoque en quelques plans oniriques, et qu’il proclame en dédiant La Nuit américaine à Dorothy et Lilian Gish. »
Etienne Fuzellier, 27/09/1973
Le Figaro
« L’habilité de Truffaut tient à ceci qu’il n’accorde pas plus d’importance aux péripéties personnelles qu’aux péripéties inventées. Il ne cède jamais à la tentation de l’emphase. Il chasse les démons pirandelliens. Pour lui, tous les détails, vrais ou faux, s’identifient au même jeu, composent une seule histoire, grâce aux mystères de l’interférence.
Et voilà pourquoi La Nuit américaine restera comme la mieux accomplie des œuvres du genre. Les bons films de Truffaut sont d’ailleurs ceux qui reçoivent le meilleur et le plus secret de lui-même. Celui-ci dispense une sorte d’enchantement par les moyens les plus humbles et sans le moindre artifice d’émotion. Miracle de l’art pur. »
Louis Chauvet, 15/05/1973
France-soir
« Pour La Nuit américaine il n’y a pas une note discordante. Tous ceux qui l’ont vu sont contents et le disent. Ils ont retrouvé le vrai Truffaut des 400 coups, de Jules et Jim et de Baisers volés, celui qui met son intelligence et son art au service de son cœur. Car La Nuit américaine est d’abord et surtout une histoire d’amour, avec le cinéma, pour Truffaut : entre plusieurs personnages, pour le film lui-même.
Il ne faut donc pas se laisser détourner de La Nuit américaine pour avoir lu qu’il s’agissait d’un film sur un film. Si cela est vrai, en partie, ça n’est pas l’essentiel et il ne s’agit à aucun moment, d’un documentaire romancé. François Truffaut sait, mieux qu’aucun autre, nous faire vivre avec des comédiens qui exercent leur métier mais qui sont surtout des êtres qui souffrent, qui aiment, ou se séparent. Des gens que l’on a plaisir à connaitre et qui deviennent des amis, l’espace d’un film, en attendant de rester d’excellents souvenirs. »
Robert Chazal, 19/06/1973
L’Humanité
« Comme une invitation à prendre ses distances, c’est l’envers du décor ainsi ouvert au public et mis en opposition avec l’image mythique qui en a été répandue, et que vient scander l’apparition d’un enfant surgi du passé de Truffaut, d’un enfant dérobant des photos de Citizen Kane à l’entrée d’un cinéma…
Le style employé renoue de façon heureuse, avec la liberté de ton des premiers films de François Truffaut, mais non, toutefois, sans une pointe d’ironie douce-amère, venue de l’usure du temps, des expériences acquises, et finalement assumées. »
François Maurin, 15/05/1973
Le Monde
« Film "à la première personne", La Nuit américaine l’est autant que Les Quatre cents coups. Lorsque le réalisateur de Je vous présente Pamela (rôle tenu par François Truffaut lui-même) revoit en rêve l’enfant qu’il a été, un gosse qui chapardait les photos d’acteurs affichées à la porte des salles, c’est évidemment un souvenir personnel qu’il évoque. Et lorsque Truffaut dit à Jean-Pierre Léaud : "Un film, c’est plus important que tout", on ne sait plus très bien si l’on est dans la fiction ou la réalité. Toute sa vie, François Truffaut a été fasciné par le cinéma. Ni les années ni la gloire n’ont altéré cette fascination. Elle vient de lui inspirer un de ses meilleurs films. »
Jean de Baroncelli, 16/05/1973
Le Nouvel observateur
« Truffaut a repris pour son compte la méditation que Jean Renoir avait développée sur le spectacle : il a réussi son Carrosse d’or. Tout en multipliant des trouvailles à la Lubitsch. C’est drôle, c’est juste, c’est vrai et c’est émouvant. L’intelligence du cœur triomphe, c’est la plus belle, et Truffaut est un grand monsieur. Quant à Jean-Pierre Léaud, j’en ai dit pis que pendre à propos de La Maman et la putain, je le regrette. Est-ce parce qu’il joue son propre personnage ? Est-ce le miracle de l’affectueuse et longue connaissance que Truffaut a de lui ? Il est parfait. »
Jean-Louis Bory, 28/05/1973
Politique hebdo
« (…) ce film est bourré de vie, d’enseignements justes sur le milieu de la production filmique (tournage, truquage, montage, financement). Mais la timidité politique (le lieu de production des films n’est pas situé n’importe où dans le système) le laisse glisser vers une gentille chronique sentimentale, où n’affleurent que rarement les vrais problèmes du cinéma. C’est d’autant plus regrettable que Truffaut est sans doute l’un des auteurs français qui possèdent le plus le don de perception du réel. »
[S.N.], 05/07/1973
Témoignage chrétien
« François Truffaut est-il un grand metteur en scène ? Au fil de son œuvre, pour le moins inégale, il nous est arrivé souvent d’avoir à poser la question. D’autant qu’à l’étranger son prestige est grand, qu’au Box Office il est bien coté, et qu’il a déjà donné lieu à quelques ouvrages d’analyses non négligeables.
L’honnêteté nous oblige à dire que nous croyons volontiers à ses mérites de petit maître, plus ou moins à son talent, pas du tout à son génie. Mais des petits maîtres, il en faut. Encore que le cinéma français en engendre un peu trop volontiers, lui qui aurait plutôt besoin de brigands de l’esprit pour sortir de ses ornières. »
Gaston Haustrate, 21/06/1973
Panorama critique
La presse généraliste accueille avec un enthousiasme quasi unanime le long métrage de François Truffaut, chronique d’un tournage de cinéma dont Truffaut lui-même interprète le rôle du réalisateur.
Le film est présenté au Festival de cannes 1973. Il est, pour beaucoup, l’heureuse surprise qui « efface d’un seul coup la morosité d’un festival qui s’était mis à ressembler dangereusement à une convention de marchands de chaussures » (Henry Chapier, dans Combat). L’œuvre est cependant présentée hors compétition, ce qui suscite remarques et interrogations. Les journalistes ont bien compris que « François Truffaut ne voulait pas concourir avec un film sur le cinéma » et qu’il « obtient [donc] le plus gros succès et le plus grand échec de sa carrière » (France-Soir), car privé au final d’une Palme qu’il aurait largement mérité. Henry Rabine, dans La Croix, « enrage » même que le film ne soit pas présent dans la compétition. Mais Le Canard enchaîné va beaucoup plus loin, interprétant les échos de la presse (Le Journal du Dimanche, Télé 7 jours) qui sous-entendent que les récompenses pouvaient être « arrangées d’avance » et que, cette année, la Palme était plus ou moins « promise » à un film de la Warner Bros., pour son cinquantième anniversaire. L’Humanité Dimanche résume sèchement la frustration de la presse française en affirmant que « le cinéma français ne manque pas de talent. Il manque de stimulant. »
La presse considère retrouver avec La Nuit américaine un grand François Truffaut : « ce film est un des plus touchants de sa carrière » et le « meilleur (…) depuis Jules et Jim », selon La Croix, « le meilleur film de François Truffaut » pour Le Canard Enchainé, « le plus beau » pour Combat, celui où « toutes les qualités de François Truffaut [s]’épanouissent » pour L’Education, « le vrai François Truffaut des 400 coups, de Jules et Jim et de Baisers volés, celui qui met son intelligence et son art au service de son cœur » (France-Soir). C’est le mot « amour » que l’on retrouve le plus souvent à propos de La Nuit américaine. « Le Truffaut ? J’ai aimé », déclare sans aucune réserve Guy Teisseire dans L’Aurore, parlant même de « coup de foudre » et de films qui « vous ôtent l’envie de critiquer ». « Pas de critique ! » non plus pour La Croix. « Film d’amour », pour Le Canard enchainé, Les Échos, Le Monde ou L’Humanité, l’œuvre est « d’abord et surtout une histoire d’amour » et Truffaut décrit comme ayant une « aventure passionnelle » (France-Soir) ou une « passion amoureuse » (Le Figaro) avec le cinéma.
Les critiques insistent bien sûr sur la peinture inédite des coulisses du cinéma, un des aspects principaux et originaux du film, en commençant par expliquer le procédé dit de la « Nuit américaine » qui a donné au film son titre, « procédé de tournage des scènes nocturnes en plein jour, à travers un filtre cendré » (définition d’Henry Chapier, dans Combat). Guy Teisseire, dans L’Aurore, considère que le film « démonte la mécanique d’un tournage », Le Canard enchaîné qu’il s’agit d’une « visite dans les coulisses pour les ignorants », Les Échos que c’est « une promenade dans des “coulisses“ qui, même pour les cinéphiles, restent souvent mystérieuses », L’Éducation que « jamais “l’envers du décor“ n’a eu un sens aussi évocateur qu’ici », tout en dévoilant pour ses lecteurs la quasi-totalité des techniques et péripéties de tournage que l’on peut voir dans le film. Pour autant, personne ne juge le film ni comme trop « technique », ni comme un documentaire. Il permet plutôt de mettre en lumière « quelques aspects de la mythologie des studios » (L’Humanité), ou est décrit comme « un hommage attendri à une façon de faire du cinéma qui appartient déjà au passé » (Le Canard Enchainé). Mais ce « n’est pas pour autant un film passéiste, il voulait simplement (…) un retour sur les splendeurs et les misères d’un art qui semble aujourd’hui s’orienter vers une fabrication trop industrielle. » (Combat). La Nuit américaine, un « film dans le film » dont les journalistes tentent par ailleurs d’expliquer le principe. La Croix parle de « trompe-l’œil » et de « faux-semblants », L’Humanité de mise en valeur de la « puissance de l’artifice », Témoignage Chrétien s’applique à expliquer cette mise en abîme de la création aux moyens d’une boîte de fromage « sur laquelle on voit une vache rigolarde qui porte en boucles d’oreilles une boîte de fromage sur laquelle on voit une vache rigolarde qui… (…) C’est un peu cela, La Nuit américaine. » Au-delà, le film est vu comme une réflexion sur le cinéma et la création, en référence à de grands maîtres. Le Figaro parle d’« opération plus ou moins pirandelienne », Guy Teisseire convoque Fellini, en considérant que La Nuit américaine dépasse de loin tout ce qu’on a tenté de montrer sur le cinéma, Huit et demi y compris » (L’Aurore). Henry Rabine dans Le Nouvel Observateur, tout comme La Croix, cite aussi Pirandello, mais également Lubitsch et Jean Renoir, « celui de La Règle du jeu, et plus encore celui du Carrosse d’or ». Cette entreprise de « démystification » du cinéma est toutefois jugée positivement par la critique, qui considère, comme le réalisateur lui-même (interviewé dans Le Monde et France-Soir), que celui-ci a réussi à dépasser cette problématique. Ainsi, Le Figaro parle d’œuvres comparables qui « donnent presque toujours un récit prétentieux, marqué d’une philosophie primaire ou d’une métaphysique douteuse. François Truffaut vient d’accomplir un exploit contraire (…) ». Et Henry Chapier de considérer aussi qu’« à partir de cet artifice (…), on pouvait craindre une démystification du cinéma. Or, étrangement, c’est tout le contraire qui arrive, la poésie s’installant au beau milieu du carton pâte des faux décors, des scènes mal jouées et reprises à l’infini. » (Combat) Les critiques sont donc beaucoup à crier à un « miracle de l’art pur », comme Louis Chauvet dans Le Figaro, et finissent aussi par considérer que « Truffaut préfère le cinéma à la vie », formule reprise plusieurs fois – par le réalisateur lui-même – et faisant notamment échos à des dialogues révélateurs du film (« un film, c’est plus important que les femmes, plus important que tout » ; « Pour un film, je pourrais quitter un type, mais pour un type, je ne quitterai jamais un film »).
Enfin, les journaux mettent à l’honneur des acteurs « visités par la grâce » (Combat). Car le film est considéré aussi comme « une histoire de comédiens » (La Croix), avec une mention spéciale à Jean-Pierre Aumont et Jacqueline Bisset (« acteurs marqués par Hollywood » pour Monique Pantel dans France-Soir), Valentina Cortese, mais aussi bien sûr à Jean-Pierre Léaud, souvent considéré comme le double de Truffaut à l’écran, mais qui, peut-être avec la présence de ce dernier dans le film, devient « supportable » pour Le Canard Enchaîné. « Est-ce parce qu’il joue son propre personnage ? Est-ce le miracle de l’affectueuse et longue connaissance que Truffaut a de lui ? Il est parfait. » (Jean-Louis Bory dans Le Nouvel Observateur). Impression partagée par l’enthousiaste Henry Rabine, qui pense que « même Jean-Pierre Léaud, dont le jeu le plus souvent irrite au plus haut point, trouve le moyen d’y être excellent. Il faut dire que Truffaut, roublard, utilise ses moindres défauts, faisant de lui ce qu’il est, un comédien horripilant. » (La Croix).
Deux journaux seulement émettent des réserves. Politique Hebdo considère malgré tout que, dans le film, « la complaisance prend le pas sur l’observation et l’intelligence des situations, le mélo (fût-il modernisé) n’est pas loin. Dommage. (…) », parlant plus loin d’une « gentille chronique sentimentale où n’affleurent que rarement les vrais problèmes du cinéma ». Sans trop d’indulgence eu égard à de précédents films jugés consternants (Une belle fille comme moi, notamment), Gaston Haustrate, pour Témoignage Chrétien en profite pour s’interroger : « François Truffaut est-il un grand metteur en scène ? », préférant finalement lui accoler le qualificatif de « petit maître » nous proposant avec La Nuit américaine un « exercice de style non négligeable, à valeur quelque peu pédagogique et qui nous convainc qu’à défaut d’imposer un véritable univers d’auteur, Truffaut sait au moins parler avec justesse d’un métier qu’il aime (…) ».
Récompenses et nominations
- 1973 - Meilleur film étranger - AMPAS - Academy of Motion Picture Arts and Sciences - Obtenu
- 1973 - Meilleur réalisateur - NSFC Award - National Society of Film Critics Awards - Obtenu
- 1973 - Meilleur réalisateur - New York Film Critics Circle Awards - Obtenu
- 1973 - Meilleure interprétation féminine dans un 2nd rôle - NSFC Award - National Society of Film Critics Awards - Obtenu
- 1973 - Meilleure interprétation féminine dans un 2nd rôle - New York Film Critics Circle Awards - Obtenu
Exploitation
Exploitation Paris : 35 salles, 14 semaines, 4 181 entrées la première semaine, 298 507 entrées totales
Bibliographie éditoriale
Consultation
Lieux de consultation du film et conditions d'accès :
- La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre