Carrière :
Dès 1936, Detlef Sierck se libère de son répertoire théâtral et signe Schlussakkord
, un mélodrame musical dont la Neuvième Symphonie
de Beethoven fait le contrepoint. C'est en 1937 qu'il remporte les plus grands succès de sa période allemande : Paramatta, bagne de femmes
et La Habanera
, tous deux avec Zarah Leander. Si son style s'affirme, il préfère fuir l'Allemagne nazie et tenter sa chance aux Etats-Unis. Il se fait remarquer par la critique grâce à ses deux premières oeuvres, Hitler's Madman
(1943), où il dénonce la folie de Heydrich, et Summer Storm
(1944), adaptation d'une nouvelle de Tchekhov. Dès lors, celui qui se fait appeler Douglas Sirk se partage entre le thriller où il donne des oeuvres intéressantes (Des filles disparaissent
, 1947 ; L'Homme aux lunettes d'écaille
, 1948 ; Jenny, femme marquée
, 1949) et la comédie (Slingtly French
, 1949 ; Qui donc a vu ma belle ?
, 1952), tout en réalisant un western honorable (Taza, fils de Cochise
, 1953) et un film étrange sur la compagnie de Jésus (The First Legion
, 1951). En 1953, All I desire
ouvre le grand cycle de mélodrames qui impose le réalisateur auprès de la critique française. Douglas Sirk aime à parer ses intuitions de la société américaine d'une atmosphère irréelle, impression renforcée par l'usage de couleurs criardes dans Le Secret magnifique
(1954) et dans Tout ce que le ciel permet
(1955). Travaillant avec des acteurs au registre limité (Rock Hudson, Jane Wyman, Lana Turner), il traite son genre de prédilection avec un certain recul et une ironie implicite. Sa répulsion pour le réel est peut-être cristallisée dans Ecrit sur du vent
(1956), portrait délirant d'une famille de milliardaires texans, plein d'images somptueuses et de couleurs baroques. Son lyrisme et son sens de la fatalité s'expriment avec une rare virtuosité dans La Ronde l'aube
(1957), une adaptation de Pylône
de William Faulkner, et dans Le Temps d'aimer et de mourir
(1958), d'après et avec Erich Maria Remarque. De retour en Europe, Douglas Sirk signe quelques courts-métrages qui peuvent être considérés comme la quintessence de son oeuvre, si singulière par son raffinement esthétique.