Carrière :
Photogénique sans être vraiment belle, dotée d'un port de tête altier et capable des émotions les plus intenses, Edwige Feuillère est un monstre sacré du cinéma d'après-guerre. C'est pourtant dans des rôles de femme légère et court vêtue (Une petite femme dans le train
, 1932, de Karl Anton ; Les Aventures du roi Pausole
, 1933, d'Alexis Granowsky) qu'elle débute au cinéma. Si elle est une vamp dans Topaze
(1932) de Louis Gasnier, c'est Lucrèce Borgia
(1935) d'Abel Gance, où elle s'expose dans le plus simple appareil lors d'une séquence, qui la transforme en vedette commerciale. Remarquée par ailleurs pour ses talents de comédienne sur scène, Edwige Feuillère se partage vite entre comédie hollywoodienne (J'étais une aventurière
, 1938, de Raymond Bernard) et le grand film romanesque (L'Emigrante
, 1939, de Léo Joannon). Mais sous l'Occupation, elle devient la " Grande Dame du cinéma français " avec La Duchesse de Langeais
(1941) de Jacques de Baroncelli, où, théâtrale à souhait, elle impose un personnage de stature. Dans un style sensiblement proche, Max Ophüls lui fait tourner De Mayerling à Sarajevo
(1939), un film à costumes dont l'ambiance internationale constitue son meilleur souvenir de tournage. Un autre drame, L'Idiot
(1945) de Georges Lampin, lui donne un éclat magistral grâce au talent de l'opérateur Christian Matras. Puis on la retrouve ivre et débridée dans L'Honorable Catherine
(1942) de Marcel L'Herbier. L'Aigle à deux têtes
(1947) de Jean Cocteau crée la légende d'Edwige Feuillère : selon Cocteau, elle incarne à jamais " la reine des neiges, du sang, de la volupté et de la mort ". A ses côtés, Jean Marais, dans le rôle de son amant jeune anarchiste, est le seul partenaire au cinéma qu'elle dit connaître réellement. Davantage férue de théâtre, vite oubliée des metteurs en scène, Edwige Feuillère se retire progressivement des écrans. En cas de malheur
(1957) de Claude Autant-Lara l'oppose à un vieux souvenir de jeunesse : Brigitte Bardot, vedette sexy comme elle-même le fut à ses débuts. Mais le grand art d'Edwige Feuillère l'emporte ici sur les mérites de la beauté. De rares coups de coeur la font réapparaître sur la pellicule tantôt pour un rôle de méchante qui la passionne (La Chair de l'orchidée
, 1974, de Patrice Chéreau), tantôt pour être la " dame en blanc ", inventée par Colette (Le Blé en herbe
, 1953, de Claude Autant-Lara).