Carrière :
La carrière de Ginette Leclerc - jeune femme brune aux yeux noirs et aux lèvres pulpeuses - est marquée par des rôles de " petites femmes ", au charme coquin, souvent à moitié dénudées : son physique la destine tout naturellement aux rôles de vamp. Après une série de films aux titres évocateurs (L'Hôtel du libre échange
, 1934, de Marc Allégret ; Minuit, place Pigalle
, id.
, de Roger Richebé ; Et moi j'te dis qu'elle t'a fait de l'oeil
, 1935, de Jack Forrester), Pierre Chenal lui propose un rôle moins caricatural. Elle incarne alors Romilda à la sensualité insidieuse dans L'Homme de nulle part
(1936). C'est Prisons sans barreaux
(1937) de Léonide Moguy, qui révèle véritablement son talent : elle est remarquable en détenue au regard pervers et touchant à la fois. En 1938, elle joue Aurélie dans La Femme du boulanger
(1938) de Marcel Pagnol, l'épouse infidèle mais tendre de Raimu. Ces deux rôles lui collent l'image de la femme provocante, garce qui sème le malheur autour d'elle. En 1939, elle remporte un franc succès en fille des Flandres dans L'Empreinte du Dieu
de Léonide Moguy. Elle nous offre une de ses plus émouvantes compositions dans Le Corbeau
(1943) d'Henri-Georges Clouzot : Denise, une femme boîteuse et voluptueuse à la réputation douteuse, est elle aussi victime des agissements du corbeau. Partenaire de grands acteurs, Ginette Leclerc tourne au côté de Jean Gabin dans Le Plaisir
(1951) de Max Ophuls, où elle est parfaite en pensionnaire de la maison Tellier, et dans Gas-oil
(1955) de Gilles Grangier. En 1968, elle réalise son premier nu intégral dans Goto, l'île d'amour
de Walerian Borowczyk. Son dernier film, La Barricade du point du jour
(1977), est signé René Richon. Ginette Leclerc n'a pas joui de l'aura de sa contemporaine Viviane Romance, et l'agressivité que laissent supposer ses rôles est pourtant loin de la réalité de la femme sensible qu'elle est.